ACTUS LOCALESJUSTICE Pas de fermeture pour la fosse de la Punaruu, une « solution plus moderne » à l’étude Charlie Réné 2026-06-14 14 Juin 2026 Charlie Réné ©GoogleEarth Recours rejeté pour l’association « La Planète Brûle », qui exigeait du Pays la fermeture de la fosse à ciel ouvert de la Punaruu. Un site où la société Tahiti Vidange déverse chaque année 10 000 m3 de résidus des fosses septiques de Tahiti, sur la base d’une autorisation de 1977, bien loin du cadre de la législation environnementale actuelle. Le tribunal administratif a considéré que la mise en demeure adressée par la Diren, même si elle n’a pas abouti à une régularisation, suffisait à écarter la requête. De quoi laisser le temps à l’exploitant, aussi visée par une enquête pénale, mais qui note qu’aucune pollution n’a été démontrée autour du site, pour développer une « solution plu moderne » de traitement. Quant au Pays, devant l’absence actuelle d’alternatives, il dit vouloir « l’accompagner » plutôt que de fermer le site. Lire aussi : Environnement : le Pays annonce du renfort et une réforme sur le contrôle des ICPE Les gendarmes de l’environnement enquêtent sur la fosse à ciel ouvert de la Punaruu Une fois n’est pas coutume, le tribunal administratif n’a pas suivi les conclusione de son rapporteur public, concernant le recours déposé par La Planète Brûle. Après avoir mis sous pression les autorités sur la décharge de Mumuvai, à Faa’a ou la station d’épuration de Tiapa, à Paea, l’association a demandé au Pays, en avril 2025, de faire cesser l’exploitation illégale de la fosse à ciel ouvert de Multiservices – Tahiti Vidanges à la Punaruu. Une fosse ouverte dès 1977, sur la base d’une autorisation personnelle accordée à Richard Brotherson, le père de l’actuel gérant Rexford Brotherson, bien avant le développement de la réglementation environnementale polynésienne. Cette autorisation, ni la société, leader du marché des vidanges de fosses septiques à Tahiti, et qui déverse les résidus polluants de ces vidanges dans la fosse, ni l’administration du Pays, pourtant chargée de l’application de la règlemention sur les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), n’ont cherché à mettre à jour avant 2025. Un article de Radio 1 sur les problèmes sanitaires et environnementaux liés à l’assainissement non-collectif avait interpellé sur cette exploitation, provoquant un signalement de la mairie de Punaauia auprès du parquet, l’ouverture d’une enquête pénale toujours menée par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). Et alimentant le recours de la Planète brûle déposé le 4 juin, sur la base d’un rejet implicite de ses demandes par l’administration. Dossier incomplet, mais dossier quand même Un an plus tard, le 12 mai 2026, le rapporteur public du tribunal avait penché dans le sens de l’association. Constatant que Tahiti Vidanges exploitait « sans droit ni titre au regard du régime ICPE » cette fosse fonctionnant « dans des conditions manifestement dégradées » et en « méconnaissance des prescriptions environnementales applicables », il avait proposé aux juges de laisser au Pays trois options. À savoir « faire procéder d’office, aux frais de l’exploitant » à une mise aux normes, « obliger l’exploitant à consigner une somme répondant du montant des travaux à réaliser », ou suspendre par arrêté l’exploitation du site, le tout sur six mois. Le tribunal, qui a, signe de débats entre les magistrats, retardé sa décision de 15 jours dans ce dossier, a finalement estimé cette semaine que la requête de La Planète brûle était irrecevable car « dépourvue d’objet ». Car le 2 juin 2025, deux mois après la demande de l’association au Pays, et à la veille de la date à laquelle le manque d’actions du Pays aurait pu être considéré comme un rejet implicite, la Diren a mis en demeure Tahiti Vidanges de régulariser l’exploitation litigieuse. Dans cette lettre, la Direction de l’environnement, note, comme le rappelle le tribunal, que la fosse à ciel ouvert est « réputée être exercée sans titre régulier pouvant constituer une infraction aux dispositions du code de l’Environnement », et indique aux dirigeants de la société qu’en l’absence de régularisation, ou au moins de dépôt d’un dossier complet de demande d’autorisation pour une exploitation aux normes, des sanctions seraient engagées, « pouvant comprendre la cessation de l’activité et, le cas échéant, le signalement aux autorités judiciaires compétentes ». Ce dossier, Tahiti Vidanges l’a bien déposé, à la veille de l’expiration du délai, le 10 décembre 2025. La demande d’autorisation d’une ICPE a plus tard fait l’objet d’un avis négatif de la mairie de Punaauia, et en février, la Diren indiquait que le dossier, incomplet, « ne pouvait permettre la poursuite normale de l’instruction ». Pas d’autorisation en vue pour un site aux normes, donc. Mais la mise en demeure de l’exploitant suffit à disqualifier le recours de La Planète Brûle, qui pourrait tout de même choisir de revenir devant le tribunal pour attaquer le manque d’avancées dans ce dossier. « Un service indispensable pour une grande partie de la population de Tahiti » Or l’exploitant comme l’administration ont tous deux assurés vouloir avancer. D’abord Tahiti Vidange, qui dans une publication sur les réseaux sociaux en date du 21 mai, explique que l’administration est parfaitement au courant de l’exploitation de cette fosse, qui « permet depuis près de 50 ans d’assurer un service indispensable pour une grande partie de la population de Tahiti », et tout aussi au fait de la transmission de l’activité aux enfants de Richard Brotherson, seul titulaire de l’autorisation de 1977, depuis son décès en 2018. La direction actuelle assure aussi que l’installation, n’était concernée par « aucune des rubriques des ICPE » jusqu’à la fin 2024 et que les « analyses d’eau ont été effectuées par des professionnels » en 2025 n’ont démontré, « à ce jour, aucune dégradation de la qualité bactériologique ou chimique imputable à notre activité ». Surtout Tahiti Vidange explique travailler « avec deux bureaux d’études spécialisés » pour « proposer une solution plus moderne de traitement des effluents ». Un « très gros investissement » en perspective et des études menées jusqu’à aujourd’hui sans aide publique, précise la société, pour qui la vidange des fosses septiques de Tahiti ne représenterait qu’une « petite partie du chiffre d’affaires ». « C’est avant tout un service essentiel rendu à la population, aux restaurants, aux collectivités, aux lotissements et aux familles qui dépendent de l’assainissement autonome, continue la direction. Il faut regarder la réalité du territoire en face : plus de 80 % des habitations de Tahiti ne sont pas raccordées à un réseau collectif d’assainissement. Les fosses septiques et bacs à graisse doivent pourtant être vidangés régulièrement. Aujourd’hui il n’existe pas d’installations capables de recevoir ces effluents ». Le risque, en cas de fermeture de la fosse de la selon la société dirigée par Rexford Brotherson : « voir apparaître une situation sanitaire extrêmement compliquée avec des fosses qui débordent, des établissements bloqués et des coûts qui deviendraient inaccessibles pour de nombreuses familles modestes et petits professionnels ». Le Pays « pragmatique » Un discours qui raisonne avec celui qui a été livré par le ministre des Finances Warren Dexter – au nom de son collègue de l’Environnement Taivini Teai, alors absent – devant l’assemblée ce même 21 mai. Interrogé sur les moyens accordés aux contrôles des installations ICPE, visiblement défaillants pour certains élus vu le cas de la fosse à ciel ouvert de la Punaruu, le membre avait assuré que la Diren n’était pas restée inactive dans ce dossier, transmettant « dès 2013 » un procès verbal de contrôle au parquet, qui n’y avait pas donné suite. Il avait surtout expliqué préférer à une procédure de fermeture, un « accompagnement de la société », pour aboutir à la création « d’une nouvelle installation de traitement des matière de vidange », avant la fermeture de la fosse actuelle. Une question de « pragmatisme » et de « responsabilité » pour l’exécutif qui estime que la fosse à ciel ouvert accueille chaque année 10 000 mètres cubes de matière de vidanges que les stations d’épuration de Punaauia, de Papeete, les installations de la TSP ou celle de Fenua ma à Paihoro « n’ont pas la capacité d’absorber ». Fermer la fosse, alors qu’aucune commune polynésienne n’a – malgré des projets à Tereheamanu ou à Rurutu, notamment – à ce jour mis en place un Service public de l’assainissement non collectif, et des installations adaptées, reviendrait à « aggraver les rejets sauvages et les atteintes à l’environnement », confirme le ministre. Un propos qui rime avec celui de Tahiti Vidanges : « Si demain une filière publique adaptée et opérationnelle est mise en place, nous utiliserons naturellement cette solution ».