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Folie meurtrière aux assises

Depuis ce lundi matin, la cour d’assises examine le meurtre de Régis C. 48 ans, décédé le 25 janvier 2023 des suites de 13 coups de couteau. L’accusé, Moeterauri T., 45 ans au moment des faits, jugé pour meurtre avec préméditation ou guet-apens, affirme avoir agi en état de légitime défense. À l’origine une querelle de voisinage démarrée à cause de chiens errants. L’enjeu de ce procès est de déterminer si l’accusé a agi sous le coup de la colère, en état de légitime défense ou s’il y a eu préméditation, comme le suggère l’accusation. L’état psychique de l’accusé sera également au centre des débats. Son discernement était-il aboli ou altéré ou était-il en pleine possession de ses moyens au moment des faits ? Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le 25 janvier 2023, Régis C. 48 ans, décédait suite à 13 coups de couteau après une altercation avec Moeterauri T. Une bagarre à laquelle aucun témoin direct n’a assisté. Les deux hommes ne se fréquentaient pas, mais entretenaient de mauvais rapports. L’accusé ainsi que d’autres habitants du quartier reprochaient à la victime de laisser errer ses chiens, ceux-ci ayant tenté de le mordre lorsqu’il y circulait à pied ou en scooter. D’ailleurs, au cours des mois précédant les faits, il avait jeté des pierres sur les chiens, menacé de les tuer et insulté Régis.

Ce matin du 25 janvier, aux alentours de 6 heures, Régis C. était chez son ami et voisin Joinville pour boire un café et lui confiait qu’il en avait marre de se disputer avec Moeterauri et voulait mettre un terme à leur différend en discutant avec lui. Peu de temps après, l’accusé arrive en scooter dans la servitude pour se rendre chez un ami et passe devant les deux hommes. Régis l’interpelle pour régler leur histoire, mais Moeterauri ne s’arrête pas et poursuit sa route en l’insultant. Sur ce point, il y aurait eu au passage un échange de coups. L’ami de Régis affirme que celui-ci avait reçu un coup de pied au genou, alors qu’un autre témoin indiquait que Régis avait donné un coup de poing sur le haut du bras de l’accusé.

« Tu m’as cherché, je te plante »

Quoiqu’il en soit, Régis, contrarié par ce qui venait de se passer, se met à courir derrière le scooter. Un témoin déclara l’avoir vu jeter une pierre en direction du fuyard, sans le toucher. Deux autres personnes déclaraient : l’un l’avoir vu arriver « l’air fâché », le second « pas plus fâché que ça », et leur dire qu’il était à la poursuite de Moeterauri. S’inquiétant qu’une bagarre n’éclate entre les deux hommes, un des témoins le suit. Selon lui, une minute après, il voit Régis revenir dans sa direction en se tenant la poitrine, couvert de sang et criant : « Appelle l’ambulance ! Il m’a piqué avec le couteau ! » Il l’emmène dans sa cour, l’installe sur un transat et appelle les pompiers. Pendant ce temps, l’accusé est vu par plusieurs témoins quittant la servitude à vive allure sur son scooter, en direction de son domicile. En passant devant Joinville, le voisin de Régis, il le pointe du doigt et le menace : « ce sera toi le prochain ». La victime, malgré une prise en charge par les secours, décédera sur place d’un choc hémorragique par plaie vasculaire. L’autopsie révélera treize lésions par arme blanche. Veuf, il était père de quatre enfants.

Identifié par tous les témoins, l’accusé était rapidement rejoint à son domicile par la police. À leur arrivée, il déclare spontanément « avoir poignardé le gars, avoir patia le couteau » mais assurait que c’était Régis qui avait commencé en le tapant avec un caillou et qu’ils s’étaient battus et qu’il n’avait fait que se défendre. Il déclarait également : « Voilà ce qui se passe quand on vole ma montre (…) tu m’as cherché, bah je te plante (…) il aurait du pas me prendre pour un con. »

À noter que le ou les cailloux que la victime aurait utilisés pour le frapper n’ont jamais été retrouvés sur les lieux de l’altercation. Par contre, au domicile de l’accusé, deux couteaux de boucher étaient découverts ensanglantés, ainsi que trois livres religieux recouverts d’annotations et de calculs.

Passage par Tokani

Blessé à la tête, Moeterauri a été examiné à l’unité médico-judiciaire où le médecin précisa qu’il n’avait pas conscience de la gravité des faits. Au CHPF, un psychiatre conclut à l’incompatibilité de la mesure de garde à vue et décida de l’hospitaliser en psychiatrie à Tokani, au regard de ses antécédents médicaux. À noter que l’accusé présente depuis 2015 des troubles bipolaires et qu’il a été interné plusieurs fois à sa demande en psychiatrie. Concernant son état le jour des faits, les experts se prononçaient l’un pour une abolition du discernement, deux autres pour une altération du discernement.

Présenté au juge d’instruction en mars 2024, il déclare qu’à l’origine, il partait à la recherche d’un homme surnommé « Satan » qui lui aurait volé sa montre, mais qu’avant il voulait boire un café chez un ami, là où le drame s’est déroulé. Les couteaux étaient là pour faire peur à Satan. L’accusé avait envoyé trois SMS à Satan dans lesquels il réclamait sa montre. Contacté par les gendarmes, Satan confirme connaitre l’accusé, mais nie lui avoir volé sa montre. À noter que l’homme est connu des services de police. À l’issue de son entretien avec le juge d’instruction, il sera mis en examen pour avoir volontairement donné la mort, avec préméditation ou guet-apens. Pour assassinat.

« Je n’ai pas volontairement donné la mort »

Ce lundi matin, Moeterauri est dans le box. Costaud, cheveux grisonnants, il a un visage avenant, le regard doux et fixe. Il semble perdu dans ses pensées. La première impression qui s’en dégage est que l’on a du mal à se l’imaginer lardant de treize coups de couteau la victime.

La présidente de la cour d’assises, avant de lire l’ordonnance de mise en accusation, l’interpelle : « Quelle est votre position ? » « Je n’ai pas volontairement donné la mort. » Sa voix tranche avec sa corpulence, c’est celle d’un ado qui mue. Après avoir relaté les faits, la juge l’interroge sur son parcours de vie.

Sur son enfance, il raconte avoir trois sœurs et qu’il est le dernier de la fratrie. Il évoque un père avec une fâcheuse tendance à s’alcooliser et violent quand il a bu. « Un jour il a cassé le bras de ma maman et depuis je ne m’entends plus avec lui. » Un père maçon, avec qui il travaillera après les cours, ce qui le conduira à arrêter sa scolarité en quatrième, « c’était fatiguant ». Il exercera divers métiers, menuisier et agent de maintenance.

« C’est un traitement qui m’empêche de voir le chiffre 7 »

À l’évocation de sa vie affective, sa voix se fissure. Il raconte avoir vécu en couple à l’âge de 22 ans avec une jeune femme de 17 ans. Cette dernière est tombée enceinte, mais a succombé des suites d’un accident de voiture, avec le bébé pas encore né. Il confie : « c’était le jour de la finale de foot France-Brésil en 1998, on était partis voir le match à Mahina chez un ami. On est repartis et tout ce que je me souviens, c’est que j’ai ouvert la portière et que je me suis retrouvé à l’hôpital. » Il restera 15 jours dans le coma. À son réveil, il apprendra que sa concubine et l’enfant qu’elle portait étaient décédés. Selon ses proches, il a progressivement perdu la raison suite à ce drame, tenant des propos décousus, se prenant pour « le dieu du seigneur, le dieu de l’éternel » prédisant l’avenir, notamment la fin du monde. Plus tard il rencontra une jeune femme, mère d’une enfant de quatre ans. Il adopte la gamine et quand, au bout de six années de vie commune, sa compagne le quitte pour partir en France avec un militaire, elle lui laissera l’enfant. Il en obtiendra la garde exclusive.

Sur sa bipolarité pour laquelle il a été interné plusieurs fois à sa demande ou à celle de sa grande sœur, il déclare que « lorsque je prends pas mon traitement, je suis exalté, je n’ai plus faim, je ne dors pas et je suis en forme. J’aime bien. Les médicaments, eux, me ralentissent, m’affaiblissent. J’ai l’impression d’être un légume. » Interrogé sur le traitement qu’il suit en détention, il s’en déclare satisfait, précisant : « C’est un traitement qui m’empêche de voir le chiffre 7. » Il s’explique : « Le jour des faits, on était le 25 janvier 2023. 2+5=7 et 2+0+2+3=7. Le chiffre de Dieu. »

« Il est très bien, la dose qu’on lui prescrit est bien »

Appelée à la barre, sa grande sœur témoigne. Elle explique qu’elle s’occupait de tout le monde à la maison et que son frère ne lui avait jamais causé de problèmes : « Avec sa fille, c’était un bon papa, il était très bien, il s’occupait bien d’elle et l’aidait à faire ses devoirs. » Elle précise que c’est en 2015 qu’on avait diagnostiqué son frère comme étant bipolaire et qu’il « avait été interné plusieurs fois ».

Selon elle, le jour des faits, son frère avait l’air « normal, souriant et conscient. » Elle, qui lui rend visite régulièrement en prison, déclare qu’il regrette ce qu’il a fait. « Il me dit : Ne t’inquiète pas ma sœur, je vais porter mon fardeau. » Puis la voix hachée de sanglots : « Il est bien, on s’occupe bien de lui, il est soigné. Il est très bien et je suis heureuse. La dose qu’on lui prescrit est bien et je suis contente pour lui. »

La présidente de la cour lui demande alors : « Vous pensez qu’il faut l’interner ou le mettre en prison ? » « Il préfère la prison, il veut assumer et il me dit, t’inquiètes pas, je suis très bien ici, c’est ma petite maison.»

Après ce témoignage, la présidente de la cour a fait procéder au visionnage des photos prises le jour des faits. Sur celles-ci l’accusé inspire la crainte, il a le regard égaré. Il vient de tuer un homme. Rien à voir avec son aspect dans la salle d’audience. Le traitement médicamenteux qu’il suit en prison y est sûrement pour beaucoup, d’autant qu’il semblerait qu’au moment des faits, l’accusé l’avait interrompu depuis quelques temps.

L’audience se poursuivra demain avec l’intervention des experts psychologues et psychiatres et l’interrogatoire de l’accusé.

 

 

 

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