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L’OPH vise l’emprunt pour construire plus vite et moins dépendre des fonds publics

Deux ans après son arrivée aux commandes de l’OPH, Mike Ah Tchoy dit voir certains voyants virer au vert dans les comptes de l’établissement public à la situation longtemps considérée comme « catastrophique ». Parmi les efforts entrepris, la mise en place d’une comptabilité analytique, la réduction des dépenses de fonctionnement avec une baisse notable de la masse salariale, la réorganisation des services, les conventions de mission passées avec le Pays… Le travail est encore loin d’être terminé : la production de logements est toujours loin des besoins, les accessions à la propriété se font encore au compte-gouttes, et surtout les investissements de l’office reposent toujours massivement sur les subventions du Pays. Pour le directeur il s’agit, un fois cet assainissement terminé, de recourir à l’emprunt privé pour multiplier les chantiers… Et soulager les comptes publics.

« L’OPH va mieux. » C’est son directeur, Mike Ah Tchoy, qui l’assure. Le rapport d’activité de l’année 2025 a été rendu public il y a quelques semaines, l’occasion de faire un point sur l’établissement dont « l’état des lieux était assez catastrophique ». Rapport de la chambre territoriale des comptes en 2012, en 2019, celui de la direction de la modernisation et des réformes de l’administration en 2024, tous étaient « très critiques ». Mike Ah Tchoy liste « le résultat déficitaire de plus d’un milliard de francs », « une trésorerie extrêmement dégradée », « des dettes fournisseurs d’élevant à 4,5 milliards de francs » et donc « des difficultés à livrer et entretenir des logements et des délais d’attente importants pour les familles polynésiennes ». Un constat qui a poussé le directeur, nommé en mars 2024, à mettre en place une nouvelle feuille de route sur trois ans pour retrouver l’équilibre budgétaire, de la qualité de service et améliorer « l’impact sociétal » de l’OPH.

« C’est tout l’enjeu d’aujourd’hui : ce besoin en foncier »

Pour retrouver l’équilibre budgétaire, la direction a mis en place « une comptabilité analytique » pour connaitre la situation financière activité par activité. De la maîtrise d’œuvre des fare OPH à l’aide en matériaux, en passant par la construction et la gestion de résidences, la gestion des hébergements étudiants, la viabilisation de parcelles et la vente de kits de fare tropical. Des efforts ont aussi été faits par la direction de l’OPH pour améliorer les recettes, notamment côté recouvrement : « Les pratiques qui autorisaient l’accès au parc OPH à des personnes ne disposant d’aucun revenu étaient jusqu’à présent la norme. Désormais, c’est devenu l’exception. » Un plancher fixé à 0,75 Smig lors des commissions d’attribution permet désormais de sélectionner des ménages avec une capacité financière minimale.

L’OPH a également réduit ses dépenses de fonctionnement, notamment sur la masse salariale, avec « des mises à la retraite d’office et le non-remplacement des départs et des CDD ». Les effectifs sont passés de 271 agents en 2023 à 221 en 2025 grâce à la mise en place d’une nouvelle organisation et notamment d’« un guichet unique ». « On a fusionné l’ensemble des directions et des services pour permettre à nos demandeurs, dès lors qu’ils entrent dans une des agences OPH, de solliciter un fare ou un habitat groupé, ou bien de faire des réclamations s’ils sont déjà locataires. Un seul et même endroit pour tout », résume Mike Ah Tchoy.

Moins de salariés mais avec toujours l’objectif d’augmenter la production de logements. « Cet objectif est de 1 400 logements par an et, en gros, l’OPH doit en porter 800, tous logements confondus », précise Mike Ah Tchoy. Trouver du foncier reste l’enjeu principal : « Quand on a du foncier, c’est souvent des terrains à flanc de montagne où il faut sécuriser les lieux. Ce qui implique des coûts de construction et donc des loyers plus élevés. C’est tout l’enjeu d’aujourd’hui : ce besoin en foncier. »

Davantage de « méthode » pour les accessions à la propriété

Autre enjeu : augmenter le nombre de familles qui accèdent à la propriété. Aujourd’hui dix familles seulement par an accèdent finalement à la propriété, « très peu quand on regarde les 1 300 familles qui attendent aujourd’hui. Donc pour augmenter la mise en accession, il faut mettre en place une méthode. Et c’est clairement ce qu’on a essayé de faire dans l’ensemble des activités : davantage de méthode, de rigueur et de suivi », explique Mike Ah Tchoy qui veut réussir à atteindre 50 accessions à la propriété en 2026. Entre les personnes qui n’arrivent pas à payer le prix de vente et les vieilles résidences héritées de l’ancien parc géré par l’OTHS et la Sétil, parfois vétustes, non-conformes et même sans permis de construire, difficile de rendre les familles propriétaires. « Il faut mettre en place une méthode pour avancer de manière cadrée, identifier les principaux freins et avancer. »

De l’emprunt plutôt que des fonds publics

Si les recettes de fonctionnement ont augmenté, c’est toujours le Pays qui finance « quasiment à 100% » les investissements OPH, avec notamment 12 milliards de francs pour la construction de logements groupés et de fare OPH. Mike Ah Tchoy est décidé à changer cette situation en recourant à l’emprunt, une fois que l’OPH sera redevenu sain financièrement. « Sans trésorerie, on n’arrive plus à payer nos fournisseurs, ni à entretenir notre parc. » L’idée est donc de parvenir à l’équilibre budgétaire, renforcer les fonds propres et avoir une trésorerie saine pour pouvoir ensuite lever de l’emprunt. Pas seulement pour « démobiliser les fonds publics », mais surtout pour avoir un « effet de levier » : « Quand le Pays met 100 francs sur la table, on pourrait arriver pourquoi pas, nous aussi à lever 100 francs via l’emprunt ».

Le directeur de l’OPH souhaite désormais ne plus parler de « subventions » du Pays mais plutôt de financements par opération avec des conventions qui cadrent parfaitement les prestations. Et c’est justement ce qui a été mis en place concernant la maîtrise d’œuvre des fare OPH. L’activité était en déficit et pour Mike Ah Tchoy, c’était au Pays de régulariser la situation : « Un fare coûte en moyenne 15 millions de francs, 2 % sont pris en charge par les attributaires et le reste par le Pays. On perdait 1,6 million de francs par fare, une somme qui n’était pas couverte pas la subvention du Pays. » Le forfait a donc été revu à la hausse. Pour 2026, l’Assemblée a voté en début d’année un budget de 6 milliards de francs, soit l’équivalent de 450 fare. En 2025, le budget était de 7,5 milliards de francs pour 600 fare et les constructions ont bel et bien été engagées, assure le directeur.

 

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