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Perplexe devant les choix d’Oscar Temaru, Tony Géros trace sa ligne face à A Fano Tià


Les élus Tavini et autonomistes ont jusqu’à vendredi pour négocier une motion de renvoi qui ferait chuter le gouvernement Brotherson. Tony Géros reste discret sur ses intentions mais compte, quoi qu’il arrive, maintenir une ligne ferme du Tavini à l’égard de Moetai Brotherson et son parti naissant, placé, dans le discours, à même distance que le Tapura… Une ligne qui semble aller à l’encontre des préconisations d’Oscar Temaru, dont son vice-président ne « comprend pas » les choix récents. Le président de l’assemblée a visiblement le groupe de son côté : ni lui, ni aucun élu de l’assemblée n’étaient présents, ce lundi, à la réunion convoquée par le « metua » à Faa’a.

Lire aussi : Collectif budgétaire rejeté : et maintenant ? 

Une motion sous cinq jours, et donc « avant vendredi », sinon quoi le collectif 2, « sauf recours », sera réputé adopté. C’est l’analyse de Tony Géros, et de l’administration de l’assemblée qu’il préside, sur le calendrier de l’application de l’article 156-1, tout juste engagé par l’exécutif. Après le deuxième rejet, vendredi, du collectif budgétaire n°2 portant report des crédits de paiement du Pays, Moetai Brotherson avait annoncé avoir transmis à l’assemblée une lettre signifiant l’engagement de la responsabilité de son gouvernement. Une procédure qui doit lui permettre de faire passer sans vote les deux projets de délibération doublement retoqués par l’assemblée, mais indispensables au paiement des prestataires du Pays et à la poursuite de nombreux chantiers. Une adoption au forceps qui sera acquise à l’issue de ce délai de ce cinq jours, et à moins qu’une majorité de 35 des 57 représentants ne s’accordent sur un autre texte… Et surtout sur un autre nom pour diriger l’exécutif. Tony Géros, lui assure n’avoir « rien d’autre à faire que d’attendre que le renvoi atterrisse sur son bureau » et éventuellement de « convoquer l’assemblée » neuf jours après.

« Il ne laisse pas de place à la discussion, ni à la négociation »

En réalité, le vice-président du Tavini va jouer un rôle beaucoup plus actif dans les discussions de ces prochains jours. Car, comme il l’avait dit dès vendredi, Tony Géros n’exclut plus aucune possibilité et est ouvert à la discussion avec les autonomistes pour renverser le gouvernement Brotherson. Sera-t-il lui-même candidat à la présidence ? Est-il prêt à accepter l’idée d’un chef du gouvernement de transition, qui demanderait à l’État un retour aux urnes ? Préfère-t-il attendre un prochain round – à l’occasion du débat sur le collectif 3, plus politique, ou sur le budget 2027, en fin d’année – pour agir ? Le président de l’assemblée ne s’avance sur rien, précisant seulement que le Tavini, qui en a les moyens avec ses 22 élus, ne déposera pas de motion sans avoir la certitude qu’elle trouvera les 35 voix nécessaires.

Tony Géros estime en tout cas avoir donné sa chance à Moetai Brotherson et l’occasion, dans l’étude du collectif, de « faire amende honorable », preuve « d’humilité », pour « rencontrer les partis d’opposition » et les écouter sur leurs propositions budgétaires. « Il aurait fait ça, il n’y aurait pas eu de problème. Il n’a pas fait ça. Aujourd’hui, tout groupe confondu, y compris le nôtre, on est remonté contre lui, à cause de son entêtement – certains ont dit orgueil – à vouloir imposer un document. Parce que dans sa manière de gouvernement le Pays, c’est comme ça que ça doit se faire et pas autrement. Il ne laisse pas de place à la discussion, ni à la négociation ».

Des accusations auxquelles le président du Pays a déjà répondu vendredi, en disant « ne pas connaître » la personne butée et fermée à la discussion décrite par ses opposants, et renvoyant Tony Géros à son propre refus du dialogue dans les trois premières années de la mandature. Surtout, le chef du gouvernement dit vouloir créer le débat budgétaire autour du collectif 3, par nature plus politique et pas sur le texte technique au centre des débats actuels.

Incompréhension devant le vote d’Oscar Temaru 

Encore faudra-t-il aller jusqu’au collectif 3. Car si Tony Géros n’affiche jamais clairement sa volonté de faire tomber Moetai Brotherson, il n’est plus question pour le « fils aîné » d’Oscar Temaru de laisser son cadet prendre ses aises, avec son nouveau parti, dans le bloc indépendantiste. D’où la « démission d’office », annoncée jeudi soir, du président de A Fano tià, quelques heures après que sa signature figure sur le premier communiqué du mouvement. « On l’a pas exclu, il s’est exclu lui-même », insiste Tony Géros, qui avait signé « pour le bureau exécutif » mais reconnait avoir avant tout agi « en tant que vice-président ».

Le président du parti aurait-il dû être consulté ? Tony Géros botte en touche, explique qu’il en aurait été de même pour lui s’il se mettait à « siéger au Tapura ». L’élu semble plus généralement se détacher des décisions d’Oscar Temaru, seul élu Tavini à avoir voté pour le collectif présenté par le gouvernement, sur fond d’appel continu au rassemblement du bloc indépendantiste. Son vice-président, et fidèle lieutenant depuis quatre décennies, ne veut pas « interpréter » ce choix, que beaucoup, dans le groupe Tavini, lient à des rapports affectifs entre le metua indépendantiste et son gendre plutôt qu’à une réelle stratégie politique.

Le président de l’assemblée réfute au passage, et encore une fois, avoir « reçu une consigne » ou donné un accord de soutien au gouvernement sur le collectif, lors de la rencontre avec Oscar Temaru, ainsi que Moetai Brotherson et Tematai Le Gayic mercredi dernier : « Ils ont cru me donner une consigne, mais lorsque je les ai rencontrés, ça n’était pas pour ça. Maintenant s’ils ont voulu m’embobiner dans une rencontre pour parler de ça, non, non, non. J’ai été clair : on m’a posé deux fois la question, je n’ai pas répondu ». Aujourd’hui, il dit « ne pas comprendre » le vote de son président, qui ne se conforme pas à la « discipline de groupe » du Tavini pour soutenir un président « qui n’est plus Tavini » :

S’aligner sur Moetai ? « Je ne pourrai pas »

Cette incompréhension peut-elle être dépassée par la discussion entre le président et le vice-président du parti ? Tony Géros dit croire que oui, et dit vouloir régler « le problème à l’intérieur de notre parti, vis-à-vis de notre président » avant d’avancer. Et pourtant ce lundi Oscar Temaru avait invité, sur le thème très large de « l’indépendance de Maohi Nui », les cadres du Tavini, de la mairie de Faa’a, certains responsables indépendantistes jusqu’aux membres du gouvernement Minarii Galenon et Vannina Crolas. D’après nos informations, les ministres sont venues, quelques cadres, aussi, mais Tony Géros était absent, comme les élus du groupe Tavini à l’assemblée.

Une absence qui montre que le vice-président n’entend pas se faire dicter sa stratégie face A Fano tià, classé, dans le discours, dans le même camp, ou en tout cas à la même distance, que les autonomistes. Devoir s’aligner sur Moetai Brotherson, « en ce qui me concerne je ne pourrai pas, c’est pas possible, dit-il. C’est comme si on me disait, c’est Fritch qui est président, suis la consigne du Tapura… A Fano Tià, c’est pas le Tavini. Une absence qui montre aussi que le vice-président à l’adhésion de ses troupes à l’assemblée. Une force, à l’heure des discussions sur la motion de renvoi.

Réception par le vigile et recours potentiel

Tony Géros a pris soin de détailler publiquement ce lundi matin la procédure de l’article 156-1, confirmant d’abord que la lettre a bien été déposée à Tarahoi vendredi en fin d’après-midi. « Il l’a fait déposer en catastrophe et en catimini », « énervé » par le rejet de son texte, après la fermeture des bureaux de l’assemblée, assure le président de l’assemblée, pointant plusieurs erreurs dans le texte de cette lettre, notamment sur les seuils d’élus nécessaires pour déposer une motion. La missive a donc été réceptionnée par un vigile, qui « n’avait pas autorité » pour le faire : « mal lui a pris de trouver un tampon par là et de le tamponner », s’agace le chef de l’institution. Reste que l’assemblée n’a officiellement enregistrée et notifiée, auprès de la présidence et des élus, la réception de la lettre que ce lundi matin.

Ce point de départ du délai de 5 jours pourrait être contesté, et ce n’est pas le seul contentieux possible sur ce sujet. Lors d’une réunion tenu ce lundi matin entre Tony Géros, des représentants du Tapura, de Ahip, tous accompagnés de leurs juristes, a été discuté le délai de dépôt de la demande de relecture par la présidence. Une question qui a déjà fait l’objet d’une passe d’armes vendredi entre Moetai Brotherson et Édouard Fritch appelé à « apprendre à lire et à compter » par son successeur à la présidence. « Chacun voit midi à sa porte, commente Tony Géros. Il y a des juristes qui disent que le dépôt n’a pas respecté le délai institutionnel, qu’il serait arrivé en retard, et qu’on a vicié toute la suite de la procédure ». Une analyse qui n’est pas partagée par le secrétariat général du gouvernement. « Pour l’instant il n’y a pas de recours, donc on poursuit », reprend le président de l’assemblée, qui note que le Haut-commissariat, en charge du contrôle de légalité, n’a pour l’instant « rien signalé ». La procédure suit son cours, donc, et une motion de renvoi, déposée avant vendredi avec la signature de 19 élus, pourrait être votée, 9 jours après, par une majorité qualifiée de 35 représentants.

 

 

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Jt Vert 15/07/2026

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