ENVIRONNEMENTINTERNATIONALPACIFIQUE

Grands fonds : Trump veut vendre des droits miniers dans la ZEE des Samoa américaines

L’administration Trump avance vers une première vente de droits miniers dans les eaux fédérales au large des Samoa américaines, malgré l’opposition du gouvernement local et des militants culturels et environnementaux du Pacifique. Présentée comme un moyen de sécuriser l’approvisionnement américain en minerais critiques face à la domination chinoise, l’initiative remet au premier plan les incertitudes environnementales entourant l’exploitation des grands fonds et ravive, comme en Polynésie, le débat sur la répartition des compétences entre Washington et ses territoires autonomes.

La Polynésie n’est pas la seule à débattre des grands fonds et de ses nodules polymétalliques qui jonchent le plancher océanique d’une bonne partie du Pacifique. L’administration américaine a franchi une nouvelle étape vers leur exploitation aux Samoa américaines.

Le 16 juillet, la Marine Minerals Administration a publié un avis de mise en location proposé concernant deux blocs situés dans les eaux fédérales du territoire, comme l’ont rapporté les agences AP et Reuters. Cette procédure prépare une éventuelle vente aux enchères de droits miniers, prévue le 19 novembre, mais ne garantit encore ni sa tenue, ni le début d’opérations minières et a fait l’objet d’une consultation publique. Un avis définitif devra être publié au moins trente jours avant la vente si Washington décide de poursuivre.

Les contours du projet américain

Les secteurs visés représentent un peu plus de 125 000 km²  divisés en deux blocs, situés entre 1 400 et 6 000 mètres de profondeur dans l’Ouest de la ZEE des Samoa américaines, principalement au sud de Tutuila et des îles Manuʻa, en dehors du sanctuaire marin national.

Nodules polymétalliques présents dans un échantillon de fonds marins prélevé le 14 avril 2026 dans les eaux américaines au large des Samoa américaines. Photo fournie par l’U.S. Geological Survey (USGS).

Les droits miniers sur chacun des deux secteurs seront attribués pour 20 ans à l’issue d’une vente aux enchères. Les offres, d’après la note du « Bureau of Ocean Energy Management », débuteront à trois millions de dollars. Le titulaire du bail sera ensuite soumis à une redevance de 2 % de la valeur de la production pendant les cinq premières années d’exploitation, puis de 5 %. Il devra également faire « tous les efforts raisonnables » pour employer des habitants du territoire, travailler avec des entreprises locales et utiliser le port de Pago Pago.

Washington présente ces minerais – du manganèse, du nickel, du cobalt, du cuivre, mais aussi des métaux et terres rares, au centre de tensions mondiales d’approvisionnement – comme un levier de sécurité économique et nationale. L’administration invoque notamment la domination chinoise sur l’approvisionnement de matériaux essentiels aux industries américaines de l’énergie, de la défense et de la fabrication. Les surface proposés à l’exploitation sont considérés par les autorités américaines comme présentant un potentiel en ressources minérales des grands fonds, notamment en nodules polymétalliques, sans préjuger de la quantité ou de la faisabilité de l’exploitation commerciale.

Une opposition écologique et politique

Sans surprise, cette décision a réveillé un débat. D’abord sur les rapports institutionnel entre Washington et les Samoa américaine, territoire « non incorporé et non organisé », qui dispose d’un parlement et d’un gouvernement autonomes, mais répond à certaines législations fédérales. C’est bien le gouvernement fédéral qui est juridiquement compétent pour conduire la procédure dans les eaux concernées, mais l’exécutif du territoire et les communautés locales contestent la légitimité d’une décision qui pourrait engager durablement leur environnement maritime. Le gouverneur des Samoa américaines, Pulaali‘i Nikolao Pula, qui s’est déjà opposé à plusieurs reprises à l’exploitation minière en haute mer, a 60 jours pour répondre au bail proposé. Au delà des institutions territoriales, des voix issues de Guam, des Mariannes du Nord et de Porto Rico, d’autres territoires autonomes liées aux États-Unis sans y être « incorporés », dénoncent une décision préparée à Washington où ces territoires, contrairement aux états fédérés, n’ont pas de représentation parlementaire.

La question environnementale cristallise également les critiques. Parmi les principales figures de cette mobilisation, Sabrina Suluai-Mahuka, docteure en sciences de l’éducation et fondatrice de l’organisation environnementale Finafinau, qui a lancé  la campagne « Stand with the Moana » pour mobiliser les communautés du Pacifique contre ce projet et plus généralement, contre l’exploitation minière des grands fonds. De plus, selon RNZ, près de 70 000 contributions ont été déposées dans le cadre de la consultation publique organisée par les autorités fédérales, témoignant d’une forte opposition au projet.

Aux inquiétudes scientifiques s’ajoute une contestation plus fondamentale de la manière dont l’océan est considéré. Pour les organisations mobilisées, les fonds marins ne constitue pas seulement un gisement potentiel : il est lié aux moyens de subsistance, aux cultures et à l’identité des populations du Pacifique. « Ils peuvent organiser une vente de droits miniers. Ils ne peuvent pas louer notre identité », affirme la militante samoane Sabrina Suluai-Mahuka.

Un dossier qui résonne en Polynésie 

Des prises de position qui font écho au débat bien installé en Polynésie ces dernières années. Alors que la France milite pour un moratoire international sur l’exploitation des grands fonds, le gouvernement de Moetai Brotherson, fermement opposé à cette activité, l’a fait interdire jusqu’à nouvel ordre au sein du parc Tainui Atea qui couvre l’ensemble de la ZEE polynésienne. Une position au cœur des tensions entre le président du Pays et le Tavini, qui pointait, voilà quelques jours encore que le discours du chef du gouvernement dans ce dossier n’avait « aucune valeur » statutairement, si Paris décidait un jour de classer les minerais polynésiens parmi les « matières premières stratégiques ».

Le cas samoan témoigne en tout cas d’une accélération de la compétition internationale sur le sujet, où se croisent enjeux environnementaux, souveraineté des territoires et accès aux ressources.

Article précedent

Bakou et les "colonies" : Frébault et Sanquer réclament une « réponse ferme » de Paris

Article suivant

"La protection de l'enfance ne doit pas être un champ de bataille" entre institutions

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Grands fonds : Trump veut vendre des droits miniers dans la ZEE des Samoa américaines