ACTUS LOCALES

À New York, les autonomistes en rangs serrés avant une séance « palpitante » à l’ONU


Le Tapura a déplacé une demi-douzaine de pétitionnaires pour la réunion de la quatrième commission des Nations Unies qui doit se tenir ce mardi à New-York. Avant même la séance, et alors que le camp indépendantiste reste largement majoritaire parmi les 26 prises de parole annoncées sur le dossier polynésien, les autonomistes dénoncent les discours « hors-sol » qui seront tenues par le Tavini et ses alliés, qui veulent développer de nouveaux thèmes comme l’ice ou les transferts financiers. C’est surtout le discours de Moetai Brotherson, déjà attaqué la semaine dernière après sa demande de rencontre multilatérale à l’Élysée, qui sera scruté.

Lire aussi : Le Tavini veut renouveler ses thèmes devant l’ONU

Ils ne sont « pas aussi nombreux que les indépendantistes », mais « plus que d’habitude » à New York cette année. Au micro de la Quatrième commission de l’ONU, ce mardi à partir de 9 heures (heure de Tahiti), après la prise de parole du président Moetai Brotherson et entre le président de l’église protestante Ma’ohi et une foule d’élus ou de responsables associatifs proches du Tavini, les autonomistes devraient effectivement prendre un peu plus de place qu’à l’accoutumée parmi les 26 pétitionnaires annoncés. Se relaieront ainsi, entre autres, l’ex président Édouard Fritch, l’élue Tapura Tepuaraurii Teriitahi, le député Moerani Frebault ou la conseillère municipale de Punaauia Dylma Aro. La sénatrice Lana Tetuanui ou encore William Vanizette et Brigitte Pauriac, respectivement inscrits au nom des associations Te Utuafare ete no te here et Solidarité pour la vie, sont aussi au programme officiel. « Tout le monde n’a pas pu venir », mais l’idée est le même : ne pas laisser le Tavini « raconter des histoires », être dans le « déni » de la réalité du fenua d’aujourd’hui, comme le martèle Édouard Fritch à la veille de la séance, dans une vidéo tournée dans un parc new-yorkais.

Ce n’est pas la première fois que le chef de file du Tapura fait le déplacement aux Nations-Unies, loin de là. Mais cette fois, l’ancien président s’attend à des prises de parole « palpitantes ». D’abord parce que le Tavini, dans la lignée des dernières réunions du C24 au Timor Leste, entend obtenir cette année un regain de pression de l’organisation international contre l’État. Et veut pour ça faire varier ses discours, en parlant du problème de l’ice en Polynésie, en demandant des comptes précis à l’État sur les questions financières, ou en faisant des propositions « concrètes » de programme de discussion sur la décolonisation… Autant de sujets sur lesquels, le parti bleu ciel, ne manquera pas d’avoir, devant le concert des nations, des propos « hors-sol », dénonce d’avance le Tapura. « À New York ou récemment à Dili, on entend à chaque fois les indépendantistes décrire une Polynésie qui ne ressemble absolument pas à celle dans laquelle on vit, pointe Tepuaraurii Teriitahi. C’était indispensable de rétablir la vérité et de porter la voix de notre population qui est majoritairement autonomiste, il faut toujours le rappeler ».

Une demande de « multilatérale » après les débats

Mais c’est surtout le discours du président Moetai Brotherson, qui a fait le déplacement depuis la métropole, qui sera scruté ce mardi. Le camp autonomiste a lancé l’assaut, dès la semaine dernière, sur le « double discours » du président du Pays, qui s’était présenté, lors d’un dîner des Outre-mer à l’Élysée, comme un « indépendantiste républicain », avant d’appeler Emmanuel Macron à dépasser l’autonomie, et à lancer un dialogue de décolonisation. « On ne peut pas vouloir quitter la République tout en s’en revendiquant », avait rétorqué le Tapura, après que Gaston Flosse et son Taho’e Tatou demandent au président de clarifier sa ligne.

Moetai Brotherson « a demandé au président de la République, à la suite de nos interventions devant la quatrième commission, d’organiser une réunion multilatérale sous l’égide de l’ONU pour démarrer l’accession à l’indépendance, appuie le député Moerani Frebault. C’est plein de contradictions, entre ‘l’indépendantiste républicain’, le ‘début de chemin vers l’indépendance’… Nous verrons bien ce qu’il adviendra à la suite des réunions. On vient prendre confirmation des propositions du président, est ce qu’il est toujours en phase avec son parti, on le verra ce mardi ».

Comme tous les ans, l’attitude de l’ambassadeur de France à l’ONU sera aussi très observée. Depuis la réinscription de la Polynésie en 2013, et jusqu’en 2023, le représentant de l’État quittait la commission au moment de l’étude du dossier polynésien, alors qu’il participe au débat sur la Nouvelle-Calédonie, réinscrite sur la liste des territoires non-autonomes dès 1986. En 2023, cette politique de la chaise vide avait été abandonnée au profit d’une courte allocution de l’ambassadeur, qui précisait que la Polynésie n’avait « aucune place » sur la liste des territoires à décoloniser, et qu’aucun processus entre l’État et le territoire ne prévoit un rôle pour les Nations-Unies. Un changement de méthode, donc, mais pas de ligne. Pas sûr que les nouvelles demandes de Moetai Brotherson à l’Élysée, dans un contexte de crise politique nationale qui concentre toute l’attention des responsables parisiens, la fasse varier cette année.

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Jt Vert 07/10/2025

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