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À Taunoa, un projet de résidence contesté pour « sauver la vie du quartier »

Le projet de « résidence Naia », un immeuble de 49 logements en R+6 qui doit être construit le long de l’avenue Chef Vairaatoa, provoque des contestations à Puea. Soutenu par l’Église protestante maohi, un collectif s’est formé, et met en garde contre cet immeuble de standing qui pourrait nuire à la vie communautaire et religieuse du quartier. Ses membres craignent que les chants du fare amuira’a tout proche ou les activités de rue, comme la musculation ou les jeux d’enfants, finissent par être interdits pour « nuisance sonores ». La promotrice, Mélinda Wane, estime au contraire que la résidence va « redynamiser et valoriser le quartier » et propose de venir discuter avec les riverains.

À Taunoa, le projet de construction de la « résidence Naia » fait débat. Le collectif Puea, rassemblant des habitants des quartiers voisins, a même formalisé, ce lundi, son opposition à cet immeuble en R+6 avec 49 logements et 86 places de stationnement, prévu à l’angle de l’avenue du Chef Vairaatoa et la rue du Pasteur Moreau. Un collectif qui est soutenu par François Pihaatae, le président de l’Église protestante maohi, et qui dénonce un projet jugé incompatible avec la vie communautaire, culturelle et religieuse du secteur. Aucun doute pour ces riverains : cette résidence de standing, c’est « la mort de notre vie de quartier ».

« On va nous dire : ‘Vous ne pouvez plus chanter là. Vous ne pouvez plus faire votre culte là' »

Après avoir découvert le projet « grâce à des affiches collées sur les poteaux électriques », le collectif s’indigne de ne pas voir été consulté par la mairie « en amont », même si une consultation publique est justement en cours et que le permis de construire n’a pas encore été validé. Leur crainte : que bruits ambiants qui font « partie intégrante de la vie du quartier »,– « les jeunes qui font de la musculation dans la rue, les enfants qui jouent et crient, et les chants religieux du fare amuira’a » –, dérangent les futurs locataires. Et que ces derniers, à force de plainte pour « nuisances sonores », n’éteignent ces activités. Une hypothèse corroborée par le président de l’Église protestante maohi, qui voit le soutien à ce genre de contestations comme une partie intégrante de sa mission. « L’Église est  comme une sentinelle vigilante qui veille à ce que le peuple maohi ne soit pas anéanti, sa culture ne soit pas ignorée, et que la vie communautaire ne soit pas détériorée par tout ce qui se passe au niveau du développement », explique-t-il.

Avec trois établissements religieux dans les alentours qui « rassemblent près de 1200 membres » qui vont prier et chanter le dimanche matin, pour le pasteur, aucun doute, cette construction « va nuire à la vie de la commune, parce que les gens qui vont venir habiter ce sont des gens de l’extérieur qui n’ont pas l’habitude ». Quand les tuhaa pae chantent, les habitants de Pirae peuvent les entendre, du coup ça va déranger le sommeil de ceux qui sont à côté. On commence le culte à 5 heures du matin, rappelle François Pihaatae. Ça va forcément rentrer dans les nuisances sonores, puis, on viendra nous dire : ‘Vous ne pouvez plus chanter là. Vous ne pouvez plus faire votre culte là’. Alors que ça a été mis en place pour que chaque quartier ait un endroit pour adorer Dieu. »

François Pihaatae, le président de l’Église protestante maohi

« Pourquoi la commune n’a pas conçu un vrai logement social »

Les riverains s’inquiètent que leurs habitudes soient restreintes mais ne sont, en revanche, pas fermés à de nouvelles infrastructures. Pour l’association, le problème ne vient pas de la vente du terrain ou de la construction d’un nouveau projet, mais réside dans le standing de la résidence. « On nous aurait dit de monter un logement social pour faciliter l’habitation pour les gens de Vaininiore ou de Puea, ça aurait eu un autre impact, explique Richard Deane, vice-président du collectif. Je pense pas que les gens auraient rouspété. La mairie aurait pu se saisir de l’occasion pour acheter cette parcelle et faire des aménagements. Par exemple, les jeunes font du sport à l’extérieur, parce qu’il n’y a pas de salle de sport. On aurait aussi pu instaurer un conseil de quartier. La population a aussi demandé pourquoi la commune n’a pas conçu un vrai logement social pour eux. »

Richard Deane, vice-président de l’association

1 200 signatures pour lutter contre le projet

Pour mettre en place leurs revendications – qui sont que la mairie rachète les parcelles concernées pour construire soit « une maison de quartier » ou « une salle omnisports » –, le collectif a organisé la semaine dernière une réunion de quartier rassemblant une centaine de personnes. Ils ont aussi mis en place une pétition regroupant 1 200 signatures (dont seulement 71 ne sont visibles sur leur site internet) sur les 3 500 attendues, pour lutter contre le projet. Deux avocats ont également été consultés pour accompagner la démarche. Cependant, à ce stade, le collectif n’a toujours pas rencontré ni la promotrice du projet, Mélinda Wane, ni le tavana de Papeete pour discuter.

« Je pense que ça va redynamiser et valoriser le quartier »

Nous avons contacté la promotrice, Mélinda Wane, qui explique tout d’abord qu’il s’agit d’un projet personnel et non pas d’un projet familial. Avec une étude d’impact déjà réalisée et « conforme aux règles d’urbanisme », elle est actuellement en attente du permis de construire (aucune date n’a été communiquée sur l’arrivée du permis et le début des travaux). Loin de s’offusquer des revendications du collectif, la promotrice reconnait qu’il peut y avoir plusieurs points de vue et prévoit (depuis le début du projet) d’aller à la rencontre des riverains pour « discuter en toute bienveillance et respect », bien qu’aucune date n’ait encore été fixée. « C’est encore un peu prématuré par rapport à l’avancée du projet », explique-t-elle.

« Je pense que ça va redynamiser et valoriser le quartier. Après, eux, ils le voient d’une autre manière et encore une fois, je respecte. Mais je ne pense pas que ça va tuer, comme ils disent, leur quartier. Au contraire, les projets immobiliers qui se font dans Papeete rentrent dans une stratégie de développement économique, urbain et sociétal aussi. Parce qu’effectivement, des projets immobiliers se sont aussi une source de revenus pour la commune, pour le pays, qui permettraient de développer d’autres choses derrière, dont pourraient bénéficier les riverains. »

Par rapport aux inquiétudes mentionnées plus haut, Melinda Wane l’assure : « On ne va pas venir perturber les cultes. Je ne pense pas que ce soit incompatible avec les nouveaux locataires. » En revanche, pour ce qui est des activités sportives en bas de la résidence : « Ça pourrait probablement déranger les nouveaux habitants, reconnait-elle. Je ne peux pas dire à aujourd’hui comment les choses vont évoluer. Mais il faudrait en discuter avec l’ensemble des riverains. » 

 

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