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Accident du Vanuatu Cargo : 4 personnes jugées pour homicide involontaire

Quatre personnes comparaissaient ce mardi pour homicide involontaire et travail dissimulé. Un docker du port de Papeete avait perdu la vie, le 15 septembre 2016, lors du transbordement de plaques d’acier. Des peines de prison avec sursis et des amendes ont été requises à l’encontre du cariste, du capitaine et des armateurs. Le délibéré sera rendu le 15 avril.

Le 15 septembre 2016, un docker de la société Tuhaa Pae transporte sur un chariot élévateur des plaques de cales en acier de 5 a 8 tonnes chacune. Elles doivent être chargées sur le Vanuatu Cargo, propriété de la société Vanuatu Ferry Limited  qui appartient au groupe Degage. Après rénovation, le navire doit être inauguré dans la journée puis partir le lendemain au Vanuatu pour y être exploité.

Jean-Charles B, qui conduit l’engin, doit déposer les plaques empilées parallèlement au cargo de façon à ce que la grue du navire puisse les charger à bord. Alors qu’il est guidé par deux dockers de la société Vanuatu Ferry, les fourches du chargeur provoquent la chute de deux plaques ainsi que celle des deux hommes. Si l’un des deux dockers tombés à l’eau parvient à éviter les plaques qui tombent du quai, Heifara H., 42 ans, est emporté au fond de l’eau par l’une d’elles. Une enquête est ouverte pour homicide involontaire. De son côté l’inspection du travail ouvre également une enquête pour déterminer la responsabilité pénale des employeurs.

À la barre, Jean-Charles B. semble toujours marqué par les faits. Lui qui voulait rendre service, appelé à la rescousse par le capitaine du cargo, est poursuivi pour homicide involontaire. Il s’avère que son permis de catégorie C, qui nécessite un renouvellement tous les cinq ans, n’était pas à jour, pas plus que son attestation de formation, et qu’il n’avait pas demandé l’autorisation d’utiliser le chargeur de sa société. Un engin qui ne possédait d’ailleurs ni autorisation administrative, ni immatriculation. « Ce n’est pas la première fois que je l’utilisais pour filer un coup de main. Vous savez, là-bas on s’entraide. »

« J’ai cru qu’il me disait d’avancer »

©CV/Archives Radio1

Sur les circonstances de l’accident, il explique ne pas avoir compris les gestes d’un des marins à bord du bateau qui lui disait de stopper. « J’ai cru qu’il me disait d’avancer. » L’empilage de plaques faisait près de deux mètres de haut et lui masquait la vue, et il n’a pas vu les deux hommes situés entre les plaques et le bord du quai. Il a avancé. « J’y pense toujours à cet accident, je connaissais bien Heifara, on s’entendait bien, on mangeait souvent ensemble (…) J’ai été mis dehors après l’accident et depuis je suis chauffeur. »

Interrogé à son tour, Dany S.K., le capitaine armateur du Vanuatu Cargo qui s’occupe de l’équipage, du chargement et de la planification des voyages, explique avoir été chercher Jean-Charles pour un coup de main car « on se connaît bien et je l’ai déjà vu manipuler de lourdes charges. Je lui ai demandé de m’aider comme à un copain. Le boulot était simple.» S’il explique avoir laissé comme consigne de ne pas empiler plus de trois plaques les unes sur les autres, il reconnaît avoir quitté les lieux du chargement par deux fois alors qu’il aurait dû superviser l’opération, comme le règlement le précise. C’est lors de sa deuxième absence que l’accident s’est produit. « Quand je suis revenu j’ai vu des bulles sortir de l’eau et un casque de chantier flotter dans l’eau. J’ai compris. » Un expert qualifiera cette opération « de tâche effectuée en dépit du bon sens sans assurer une sécurité élémentaire. »

De la victime, Heifara, tout le monde retient que c’était « un gars bien, un travailleur qui aimait bien son travail. » Il était employé depuis juin 2016 par Vanuatu Ferry Limited, dont la représentante légale est la fille d’Eugène Degage, mais que la justice soupçonne d’être gérée  « de fait » par le patriarche, ce qu’il a nié lors de ses auditions devant le juge d’instruction. Ils sont pourtant tous deux poursuivis pour travail dissimulé et homicide involontaire, la justice estimant qu’ils ont failli au niveau de la sécurité des travailleurs. Elle considère que la participation à la manœuvre de Jean-Charles, même s’il était employé par une autre société, fait de lui un travailleur non déclaré : « un contrat de travail tacite » affirme la procureure.

Une accumulation de manquements importants au niveau de la sécurité

L’avocat qui représente la famille de la victime estime qu’il y a eu une accumulation de manquements importants au niveau de la sécurité. Il argumente : « le conducteur du chargeur n’avait pas les compétences et n’était pas habilité pour conduire le chargeur (…) On a voulu faire vite car le bateau devait être inauguré dans la journée et cela aux dépens des petites mains salariales ». Il assure que si l’on avait changé le cargo de place pour en faciliter le chargement, l’accident aurait pu être évité. Il demande le renvoi pour intérêts civils.

« C’est un accident tragique » relève la procureure qui affirme : « Jean-Charles B. à sa pleine responsabilité dans le décès de Heifara H. » Elle requiert quatre ans de prison avec sursis à son encontre.

Concernant Dany S.K. le capitaine armateur du cargo, « c’est lui qui a fait appel à Jean-Charles B. un cariste qui travaillait pour une autre société et cela sans se demander s’il avait l’autorisation de conduire l’engin, et cela sans balisage du chantier, et sans suivi. » Elle réclame quatre ans de prison avec sursis.

Quant à Eugène Degage elle estime qu’il est « présent à tous les stades » même si sa fille est gérante en titre. « Jean-Charles B. a travaillé au noir pour Degage. Leur responsabilité pénale doit être sanctionnée. » Elle requiert huit mois de prison avec sursis et un million d’amende contre Eugene Degage et une amende de 1,3 million pour sa fille, ainsi que 5  millions d’amende pour la société Vanuatu Ferry Limited.

Le délibéré sera rendu le 15 avril.

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