ACTUS LOCALESJUSTICE Jugée pour des violences sur son mari, elle affirme avoir aussi été la victime Alexandra Perrini 2026-06-23 23 Juin 2026 Alexandra Perrini Une femme était jugée ce mardi pour des violences habituelles sur son mari, à l’état de santé dégradé après un AVC. Les photographies du visage tuméfié de la victime, projetées à l’audience, témoignent de la gravité des faits, signalés par deux infirmières. La prévenue a reconnu les coups tout en affirmant avoir elle-même été longtemps victime de violences psychiques et physiques de la part de son compagnon avant son accident. « Cela n’excuse rien » a estimé le procureur, qui a requis 3 ans de prison avec sursis. Une peine finalement ramenée à 15 mois par les juges. À la barre du tribunal correctionnel ce mardi, ce n’est pas un homme qui est poursuivi pour violences conjugales, mais une femme. Loin d’être la norme : d’après les statistiques du ministère de l’Intérieur, seuls 16% des plaintes pour ce type de violences, concernent des victimes masculines. La prévenue est poursuivie pour des suspicions de coups, de griffures sur le visage et d’étranglement. Sur les écrans de la salle d’audience, les photographies du visage tuméfié de la victime suscitent quelques réactions. Selon l’enquête, les violences ont débuté en décembre 2024, après que l’homme a été victime d’un AVC. Son état de santé s’est progressivement dégradé, nécessitant l’intervention régulière d’infirmières au domicile du couple, ensemble depuis 2019. En janvier dernier, ce sont précisément deux professionnelles de santé qui donnent l’alerte après avoir constaté sur leur patient des ecchymoses, des griffures et des marques pouvant correspondre à une strangulation. Violences réciproques « Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? », interroge la présidente. La prévenue acquiesce. Elle confirme « tout ». D’une voix calme, elle assure toutefois que ses gestes ne sont pas liés à l’état de santé de son mari. Elle affirme ne jamais avoir rechigné à s’occuper de lui et précise même qu’elle dort à même le sol dans leur chambre afin de pouvoir veiller sur lui durant la nuit. Mais rapidement, son récit prend une autre direction. Elle explique qu’elle est régulièrement la cible d’insultes et de crachats au visage de la part de son époux. Des violences qui, selon elle, existaient déjà bien avant l’AVC. Elle évoque alors des années de coups, d’humiliations et d’épisodes de strangulation. Elle se souvient notamment d’une scène survenue alors que le couple vivait dans les Australes, avant son installation à Tahiti. À la sortie d’une messe, son mari l’aurait saisie par la nuque devant plusieurs personnes. « Je n’ai jamais été une femme soumise dans la vie. Pourtant, je ne l’ai jamais autant été qu’avec mon mari », confie-t-elle à la barre. « Est-ce que vous avez agi ainsi dans une forme de vengeance par rapport à ce que vous aviez subi auparavant ? », lui demande alors le représentant du ministère public. « Peut-être », répond-elle après un silence. « Je suis en train de m’en rendre compte. » La prévenue raconte également des épisodes de violences lorsqu’elle refusait des rapports sexuels. Elle évoque des coups de pied reçus alors qu’elle était assise au sol. Pourtant, affirme-t-elle, son mari n’avait jamais été violent au début de leur relation. « Il m’a dit que si je portais plainte, j’étais morte » Selon son récit, la situation s’est dégradée lorsque le fils de son époux, adopté lors d’un précédent mariage, est venu vivre au domicile familial avec sa compagne. « Les choses ont changé », assure-t-elle. Son mari supportait difficilement cette cohabitation et aurait alors commencé à devenir violent, deux ans après« Pourquoi ne pas avoir déposé plainte ? », poursuit la présidente. La prévenue raconte avoir tenté de le faire une fois, après une nouvelle altercation. « J’ai couru hors de la maison à Are. Il n’y avait pas de gendarmerie pour déposer plainte, alors je suis allée vers la mairie. Mais il m’a rattrapée », explique-t-elle. Puis elle ajoute : « Il m’a dit que si je portais plainte, j’étais morte. » L’avocate de la partie civile revient sur l’absence de plainte. Elle rappelle que la victime souffre aujourd’hui d’importants troubles de la vue et de l’audition depuis son AVC et que la partie gauche de son visage est paralysée. L’homme a été hospitalisé en décembre dernier après les signalements effectués par les soignants. Placée sous contrôle judiciaire, la prévenue n’était depuis autorisée à voir son mari qu’en présence d’un tiers. L’avocate souligne également que la victime a été prise en charge dans un état de dénutrition et qu’elle souffrait d’une pneumonie au moment de son hospitalisation. « Je l’aime » De son côté, le procureur estime qu’« il n’y a aucun doute sur l’existence de violences habituelles ». Pour autant, il considère qu’il serait impossible « de balayer d’un revers de main » la difficulté de s’occuper quotidiennement d’une personne dont l’état de santé est fortement dégradé. Il estime également qu’il ne peut être exclu que la prévenue ait elle-même subi des violences dans le passé. « Peut-être que tout cela a fait ressurgir certaines choses chez elle. Mais cela n’excuse rien », souligne-t-il. Le ministère public a requis une peine de trois ans d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime. Avant de lever l’audience, la présidente interroge une dernière fois la prévenue sur les sentiments qu’elle éprouve aujourd’hui à l’égard de son mari. La réponse tombe, simple et immédiate : « Je l’aime ». Elle a été condamné à 15 mois de prison avec sursis.