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Addictions : au CHPF, on s’organise, et on met en garde contre les « amalgames »


Le service des urgences du Taaone met en place ce mois-ci une « filière dédiée » à l’accueil des patients atteints de troubles psychotiques, que ce soit pour des raisons psychiatriques, ou addictives. Un infirmier spécialisé sera chargé de mener une évaluation rapide des besoins de ces patients, et notamment ceux qui sous l’influence de l’ice, et de les « sécuriser » au travers, d’une salle dédiée, à l’écart d’un service qui reçoit beaucoup d’enfants et de matahiapo. Pour le chef des urgences Tony Tekuataoa, il s’agit d’un « premier pas », avant la mise en place d’une « équipe de liaison et de soins en addictologie » plus complète, et qui travaillera à terme avec le Pôle de santé mentale.

L’idée était née pendant le Covid, quand le corps médical craignait une cascade de « décompensations » sous la pression des confinements. Une ébauche de filière dédiée avait été alors créé pour éviter, comme c’était le cas auparavant que des patients « agités » ne soient pris en charge « au milieu des matahiapo et des enfants » accueillis au sein du service des urgences. Cette filière est en voie de se formaliser, avec la création d’un poste supplémentaire d’infirmier spécialement formé, et chargé d’assurer une évaluation rapide et une « sécurisation » des patients atteints de troubles psychotiques. Un poste qui fait l’objet d’un recrutement en ce moment même, et qui sera pourvu « 12 heures sur 24 » dans un premier temps. « Il sera dédié à la fois aux troubles psychiatriques et aux troubles psycho-addictifs », explique le chef du service, Tony Tekuataoa, et il participera aussi participer aux soins ».

Derrière une porte, qui accueillait, un temps, le bureau d’une secrétaire et d’un cadre de santé, entre l’entrée des urgences et le service lui-même, le médecin montre une chambre épurée mais qui peut être sécurisée, et qui sert déjà à isoler ces patients potentiellement problématiques. La filière ne demande qu’à être complétée. « C’est un dispositif qui avait été pensé depuis quelques années et qui une avance de phase sur le projet Elsa« , équipe de liaison et de soins en addictologie qui doit toujours être mise en opération en fin d’année, précise le chef de service. « L’infirmier dédié demain sera intégré dans cette équipe. C’est un premier cliquet. Le deuxième, c’est cette équipe avec un médecin addictologue, une assistante sociale, une psychologue, et deux infirmiers psychiatriques… Le troisième cliquet c’est l’intégration dans le PSM, donc c’est une mise en place progressive, et cohérente ».

Le « PSM », pour Pôle de santé mental, promis depuis bientôt 15 ans, et qui, après de longues intrigues techniques et juridiques, doit être livré d’ici le début d’année prochaine. À chaque stade de la démarche, le CHPF et les autorités du Pays, qui financent les postes supplémentaires, espèrent « faciliter l’orientation » des patients, « limiter les réadmissions », et « mieux coordonner les actions » des soignants.

« Tous les psychotiques ne sont pas toxico »

La création de cette filière représente une annonce opportune au moment où le fenua se prépare à une mobilisation citoyenne importante contre l’ice. La Fédération de lutte contre les drogues et la toxicomanie, qui organise un grand rassemblement dans les rues de Papeete samedi, doute que ce dispositif aurait abouti sans « pression » sur les autorités. « Faire des annonces comme ça à trois jours de la marche, c’est un peu fort de café », lance sa présidente Kathy Gaudot, employée administrative de l’hôpital, mais qui de son propre aveu, n’est « pas la bienvenue aux urgences ». Il faut dire que la communication de la fédération n’a pas toujours plu au corps médical, qui reproche au collectif de faire du sensationnalisme, de propager des informations erronées ou confidentielles sur des cas médicaux, et surtout de « s’improviser » soignant dans certaines interventions.

Tony Tekuataoa, lui, veut éviter la polémique, mais il tient tout de même à apporter des « précisions ». Sur certains reproches adressés à l’hôpital d’abord : « on ne peut pas exiger, lors qu’il y a une agitation psycho-addictive, de voir tout de suite le psychiatre. On ne peut pas évaluer de façon correcte psychiatriquement un malade quand il est sous l’emprise. D’abord il faut le calmer, le sécuriser, et puis après, s’il le faut, on fait une prise en charge hospitalière ». Ensuite, sur les « amalgames » trop fréquents sur réseaux sociaux et « parfois dans la presse » : « On a toujours trop pensé que les psychotiques sont tous toxico et les toxico sont tous psychotiques. Il faut faire attention à ces propos qui sont parfois relayés sur les réseaux, ça stigmatise énormément cette population là », appuie l’urgentiste.

Le médecin est toutefois loin de nier que l’hôpital est confronté à une augmentation des prises en charge en urgence de patients « agités ». « Je dirais que l’augmentation des agitations c’est probablement aussi des substances qui font décompenser les gens qui sont déjà atteints de troubles psychotiques », précise le médecin. Addictions et santé mentale sont, sans surprise, des sujets intrinsèquement liés.

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