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Agir contre le Sida veut « secouer » Tarahoi « avant qu’il ne soit trop tard »

Maire Bopp-Du Pont a cofondé Agir contre le Sida voilà plus de 25 ans. Elle a aussi été longtemps militante ou élue Tavini. En 2022, elle démissionnait du conseil municipal de Moorea et du parti, en désaccord avec la vision et le fonctionnement du mouvement bleu ciel.

L’association, de nouveau présidée par Maire Bopp-Du Pont, va rencontrer des élus ce lundi, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida. Il s’agit d’appuyer sur la gravité des derniers chiffres de contaminations au VIH, qui ont doublé depuis 2024, mais aussi d’interpeller sur le risque d’une évolution de la consommation d’ice vers les injections intraveineuses. La pratique du « Bluetoothing » a fait de Fidji, en quelques mois, un point chaud mondial de l’épidémie de Sida. Pour le collectif, la situation peut aussi « glisser » au fenua, et il faut agir vite, en encadrant l’utilisation des seringues, et surtout en relançant les campagnes de prévention, passées au second plan depuis une quinzaine d’années.

Lire aussi : Les contaminations au VIH ont doublé depuis 2024

Réunion stratégique, ce dimanche, à Heiri. L’association Agir contre le Sida prépare son 1er décembre, journée mondiale de lutte contre la maladie depuis plus de 35 ans. Une édition qui s’inscrit dans un contexte inquiétant en Polynésie : comme le soulignait vendredi le centre des maladies infectieuses de la Direction de la Santé, les chiffres des contaminations au VIH ont doublé ces deux dernières années. 26 nouveaux cas ont été recensés en 2024, 25 autres depuis le début 2025, alors que le pays n’en comptait que 10 à 15 par an depuis une décennie.

Et ces chiffres ne reflètent « qu’une partie de la réalité », comme le soulignait Anne Teata vendredi au micro de Radio 1, notant que beaucoup, notamment chez les plus jeunes, ne se protègent plus lors de rapports sexuels et que les nouveaux modes de rencontre en ligne rendaient très difficile le traçage des contaminations.

Pas de grandes campagnes depuis des années

Face à ce constat, l’association a des messages « urgents » à faire passer, auprès du grand public, mais surtout auprès des élus. Elle a invité, ce lundi après-midi, et pour la première fois « depuis de longues années », les 57 représentants de l’assemblée, ainsi que certains membres du gouvernement, à une rencontre sous le fare pote’e de Tarahoi. Un « moment d’échange », et de « pédagogie »… Mais aussi l’occasion de « secouer » les législateurs en plein débats budgétaires, reconnait Maire Bopp-Du Pont, cofondatrice du collectif dont elle vient de reprendre la présidence après plusieurs années en retrait. « On espère qu’une partie d’entre eux pourra se libérer, pour venir s’instruire, appuie-t-elle. Parce que je sais qu’il y en a qui ne connaissent pas grand chose sur le sujet au sein même de l’hémicycle. Et toute personne qui siège là a vraiment besoin d’avoir une connaissance assez approfondie pour prendre des décisions efficaces, et non discriminatoires ».

Pour cette figure du combat contre le Sida, si de nombreux facteurs peuvent expliquer la recrudescence des cas – l’évolution des pratiques sexuelles, les avancées médicales qui ont atténué le risque dans l’esprit de certains… – c’est avant tout le « relâchement » de la prévention qui est en cause. « Il n’y a pas eu de grandes campagnes depuis trop longtemps », insiste-t-elle. D’autres militants pointent que les difficultés grandissantes des services de santé du Pays pèsent sur leur capacité à sensibiliser. Pour l’association, il en tout cas est urgent de réagir : « Il faut rééduquer la population qu’elle soit consciente de la situation et des risques qu’ils prennent, reprend l’enseignante et militante, qui avait elle-même découvert sa contamination au VIH voilà 26 ans, alors que la maladie était déjà développée au stade de sida. Ça passe par beaucoup de communication, des messages efficaces, qui ne soient pas basés sur du jugement mais vraiment des faits, qui sont encourageants. Ça passe aussi par des mesures d’augmentation du dépistage qui soit fait auprès de la population. Et de regarder ce qu’il en est de l’accès aux seringues dans notre pays ».

Le « Bluetoothing » d’ice fait exploser les contaminations à Fidji

Cette question de l’accès aux seringues est plutôt neuve dans le débat en Polynésie. Et elle naît de la situation de Fidji, qui avait déjà attiré l’attention de Moetai Brotherson il y a quelques mois. « Entre janvier et juin, ils ont connu 1200 nouvelles contaminations, explique Maire Bopp-Dupont. Ce ne sont que les cas recensés, et la moitié de ces personnes ne sont pas revenus se faire soignés », dans un pays où la capacité de prise en charge ne dépasse pas les 500 malades. En cause : la prise de métamphétamine par injection intraveineuse, et le « Bluetoothing », pratique parfois tarifée qui consiste à se transfuser le sang d’une personne sous ice pour profiter à son tour des effets de la drogue.

« En quelques mois, Fidji est devenu la plus grande épidémie du monde, et c’est juste à côté, alerte la présidente d’Agir contre le Sida, qui a beaucoup travaillé avec Suva. Nous avons tous les facteurs chez nous pour répéter la même situation : de l’ice qui circule en grande quantité, chez des jeunes… Il suffit simplement que l’on glisse vers un usage intraveineux. Et là on va atteindre ce que Fidji atteint aujourd’hui, c’est à dire une situation épidémique incontrôlable en fait ».

Rien n’indique, à l’heure actuelle, que des addicts polynésiens ont franchi le pas de l’usage intraveineux de l’ice. « Mais ça pourrait virer rapidement », estime la militante qui pointe que Fidji vient d’adopter un texte pour limiter drastiquement l’accès aux seringues. Un choix qu’ont fait d’autres pays touchés par des épidémies basées sur des contaminations intraveineuses, comme la Chine. D’autres, confrontés aux mêmes problèmes, ont au contraire choisi au contraire de faciliter l’accès aux seringues neuves, en distribuant gratuitement dans des lieux sécurisés, pour limiter la réutilisation des ustensiles contaminés. « Quoiqu’il en soit, il faut se poser la question rapidement », insiste Maire Bopp-Du Pont, qui appelle avant tout les élus à rétablir un comité territoriale de lutte contre le Sida, très actif dans les années 2000, mais qui n’a plus été réuni depuis 15 ans.

« 1000 kits pour 1000 vies »

Côté grand public, Agir contre le Sida a retisser des liens avec les établissements scolaires, notamment une dizaine de collèges et l’université qui ont accepté de mettre en place de nouvelles opérations de prévention. L’association s’apprête aussi à mettre en vente un millier de « packs solidarité », des petits kits assemblés par les bénévoles et contenant une dizaine de rubans rouges et deux autocollants affichant un QR Code. « Il permet à n’importe qui de pouvoir accéder à un QCM pour mesurer sa propre connaissance sur le VIH et le Sida, et bien sûr à correction du questionnaire, donc à des explications », explique la présidente. L’idée est de vendre ces « packs solidaires » à 2000 francs l’unité à ceux qui veulent soutenir l’association. Les bénéfices, environ 1,5 millions de francs, seront « réinvestis tout de suite dans une campagne entièrement numérique » et adressée principalement au moins de 30 ans :

 

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Jt Vert 01/12/2025

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