ACTUS LOCALESSANTÉSOCIÉTÉ

Sida : les contaminations ont doublé depuis 2024

Alors qu’on comptait en moyenne 12 nouvelles infections par an au virus du Sida, il y en a eu 26 en 2024, et la tendance se confirme en 2025 avec déjà 25 nouvelles contaminations. Les chiffres, qui ont doublé, inquiètent beaucoup les autorités sanitaires du Pays. La Journée mondiale de lutte contre la VIH, c’est tous les 1er décembre et cette année, la Direction de la santé alerte sur cette tendance, mais aussi sur la faible participation aux dépistages et l’impression de certaines personnes de ne pas être concernées malgré leur conduite à risque. Aujourd’hui, 210 personnes, âgées de 16 à 80 ans, vivent avec le VIH en Polynésie.

Depuis deux ans, les chiffres des contaminations au VIH ont doublé en Polynésie. De 12 nouvelles infections par an, on en a compté 26 en 2024 et déjà 25 en 2025, avec « des contaminations locales trois fois plus nombreuses que les cas importés, ce qui confirme que le virus circule activement sur le territoire ».

On retrouve cette tendance à la hausse ailleurs dans le monde. « Ça flambe un peu partout, constate l’infirmière Anne Teata qui travaille au centre des maladies infectieuses et tropicales de la direction de la santé. À Fidji ça a énormément augmenté, c’est devenu une urgence de santé publique. Ça augmente en Nouvelle-Calédonie, dans les Philippines. Dans l’Hexagone, c’est stable mais ça augmente chez les 15-25 ans. » Une augmentation que les autorités avaient « senti » venir avec le retour de la syphilis qui avait pourtant quasiment disparu.

Des chiffres qui ne reflètent « qu’une partie de la réalité »

Sur ces nouveaux cas, 23 sont des hommes et deux des femmes. Ils ont entre 22 et 67 ans. « La hausse observé ne reflète probablement qu’une partie de la réalité », explique la Direction de la santé car les participations aux dépistages sont faibles. Plusieurs personnes ont découvert leur séropositivité à l’occasion de don du sang ou d’examens médicaux alors qu’elles « étaient persuadées être hors de danger ».

Anne Teata donne plusieurs explications à cette situation : les gens prennent moins de précautions, ils ont plus de relations à risque, sans protection, et ils font beaucoup de rencontres avec les réseaux sociaux sur des pages où l’objectif est clair : avoir des relations sexuelles. Si jamais une personne est dépistée positive, impossible pour la Direction de la santé de trouver les contacts. Ces personnes échangent sous de faux noms.

Les personnes sont difficiles à joindre car elles n’apparaissent pas sous leur vrai nom et bloquent aussi parfois les contacts possibles. Ce qui complexifie le travail des autorités sanitaires et surtout « favorise la transmission silencieuse ».

Anne Teata évoque aussi d’autres explications à l’augmentation des cas : le VIH fait moins peur. « Dans les années 1980, on voyait des gens mourir, aucun traitement n’existait. Aujourd’hui on peut vivre normalement avec la maladie et les gens ont moins peur. » Mais l’infirmière rappelle qu’on ne guérit pas et qu’on doit prendre un traitement à vie.

Certaines personnes séropositives en Polynésie ne prennent même pas leur traitement en continu. Elles arrêtent, considérant qu’elles vont bien et reprennent si ça ne va pas, mettant leur santé en danger. « À chaque arrêt du traitement, les gens détruisent leur immunité. Quand tu es atteint par un virus, ton état, ton système est en état de défense tout le temps. C’est dans un état inflammatoire, donc oui, tu abîmes tes organes. » Pire, certaines personnes qui se savent contaminées continuent d’adopter des conduites à risque, explique la Direction de la santé. Et de nombreuses personnes agissent aussi comme si elles n’étaient pas concernées et ne s’exposaient pas à la maladie. Le Sida n’est plus vraiment pris au sérieux. Anne Teata insiste : « Personne n’est à l’abri. Dès qu’il y a un contact sexuel non-protégé, il y a un risque de contamination. »

Dépistages gratuits lundi 1er décembre

Les campagnes de prévention commencent donc dès le collège même si certains parents s’inquiètent de ces interventions : « On entend parfois qu’on vient apprendre aux enfants à faire l’amour. Ce n’est pas du tout le cas. On les informe sur les risques, c’est de la prévention. Et il vaut mieux être informé avant de passer à l’acte. Et nous choisissons bien nos mots, on s’adapte en fonction du public. » Cette augmentation des cas positifs au VIH est inquiétant aussi d’un point de vue financier car le traitement coûte très cher. « Tant qu’on contient le nombre de contaminations, on peut gérer. Il faut se poser la question de la gestion financière si ça venait à flamber. »

Pour cette Journée mondiale de lutte contre le Sida, le centre des maladies infectieuses et tropicales sera présent à l’université lundi 1er décembre, de 8h30 à 15h et proposera des tests rapides, gratuits et anonymes.

Aujourd’hui, 210 personnes, âgées de 16 à 80 ans vivent avec le VIH en Polynésie.

Article précedent

Assises : 18 ans de réclusion pour le meurtre de sa mère

Article suivant

À Afa'ahiti, de nouveaux mouvements de terrain sous l'oeil des experts

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Sida : les contaminations ont doublé depuis 2024