ACTUS LOCALESJUSTICE Assises : 18 ans de réclusion pour le meurtre de sa mère Pascal Bastianaggi 2025-11-28 28 Nov 2025 Pascal Bastianaggi Me Isabelle Nougaro, avocate des parties civiles. La dernière journée du procès pour matricide s’est tenue ce vendredi. Après trois jours d’audience où se sont succédé à la barre des témoins à charge et à décharge, des experts psychiatre et psychologue dans une ambiance plus que tendue, le verdict est tombé. Christian F. qui risquait la réclusion criminelle à perpétuité a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle, une peine moins sévère que celle requise par l’avocat général. Lire aussi : « Il devait la tuer pour se libérer, reprendre son autonomie » Matricide aux assises : »J’ai ôté la vie à Maman, celle qui m’a donné la vie La journée a débuté par les plaidoiries. La première à s’avancer à la barre est Me Isabelle Nougaro, l’avocate des parties civiles. Elle évoque celle dont on a peu parlé durant ce procès, celle que l’on le connaît le moins, l’absente, la victime. « Elle s’appelait Tiare et c’est elle la victime, celle dont on parle. On ne connaît pas énormément de choses d’elle. Juste les rancœurs entre ses enfants. » Elle laisse le temps aux jurés d’assimiler ce fait et poursuit : « Elle avait 78 ans, une femme, une mère, une grand-mère et une arrière-grand-mère. Elle a eu huit enfants avec son seul et unique époux. Elle était maternante, elle avait cela en elle. » Puis, « sa référence c’était son mari et à sa mort, elle avait du mal à rester seule. » Une fois la partie émotion passée, elle rentre bille en tête dans l’accusé en évoquant les faits. Elle fait vivre aux jurés les derniers instants de la victime. « Il a pris un coussin pour l’étouffer une première fois. Elle se débat, il lâche prise. Elle se lève, elle demande qu’elle le laisse partir. Elle ne veut pas mourir. Elle le supplie d’arrêter. Il l’étrangle de ses mains puis il vérifie si elle respire encore. » « Comme le dit la psychologue, il a repris sa vie. Mais à quel prix… Il a tué sa mère. » Elle questionne : « Son discernement était-il altéré ? Ou c’était bien lui ? » Elle rejette l’argument du psychiatre, « la dépression, c’est une hypothèse de l’expert et cela ne fait pas une altération du discernement. » Elle poursuit, s’avançant dans le domaine de la psyché : « il y a deux crimes majeurs. L’infanticide et le matricide. Dans le matricide, il y a des causes. Le conflit sexuel et incestuel. Entre mère et enfant, il y a fusion et à un moment donné cette fusion il faut qu’elle cesse pour que la mère prenne sa place et l’enfant prenne sa place. » S’attaquant au côté possessif de la mère, élément qui a pesé dans les débats, elle assène : « Elle s’est agrippée à lui parce qu’elle n’avait plus de lien avec les autres. » « Est-ce qu’elle méritait de mourir ? Non. » Évoquant la prison psychique dans laquelle s’est enfermé l’accusé, elle affirme : « Il pouvait partir, il avait des portes de sortie et il n’en a pris aucune parce qu’il ne voulait pas perdre la face. » Elle évoque les derniers jours de Tiare, quand sa petite-fille l’avait rencontrée pour lui présenter ses enfants et la ramener à la maison familiale, et assène, « il n’était plus tout seul et il a décidé de prendre la vie de sa mère qui ne voulait pas mourir. Comme le dit la psychologue, quand il a fait cela, il a repris sa vie. Mais à quel prix…. Il a tué sa mère. » « Il veut donner comme image celle du fils modèle » Au tour de l’avocat général Jacques Louvier de prendre la parole pour les réquisitions. Fidèle à ses habitudes, il se place au plus près des jurés et attaque. « Il n’y a qu’une seule question. Que vaut une vie ? Et que vaut la vie de Tiare ? » Evoquant rapidement les dissensions familiales sur fond de trafic de cannabis et de viols, il s’exclame, « je n’en ai rien à faire, et j’espère que vous n’en avez rien à faire. Ce n’est pas pertinent dans le dossier qui nous concerne. » Il estime que le vrai visage de l’accusé « qu’il a tenté de cacher est orgueilleux, autoritaire. » Pour le représentant de l’accusation, contrairement à ce qu’avait diagnostiqué l’expert psychiatre, « il ne souffrait pas d’une altération du discernement au moment des faits, à la suite d’une dépression. De toute façon l’expert dit toujours la même chose quand il y a un meurtre. Altération. » Pour appuyer son avis, il argumente que l’accusé n’était pas sous traitement antidépresseur avant les faits d’octobre 2022. « On lui a juste prescrit des hypnotiques. Il fait les cent pas devant l’estrade, balayant l’air de ses mains et affirme, « il avait une relation fusionnelle avec sa mère, 1+1=1, et en général cela fini dans la violence. C’est un névrosé obsessionnel. Il veut donner comme image celle du fils modèle. C’est pour cela que la défense a fait défiler à la barre des témoins qui n’avaient que du bien à dire de lui. » Il ose une analogie entre la victime et un film français des années 90, « on a fait passer la victime pour ‘Tatie Danielle’ qui pour parler franchement était une emmerdeuse. » Il affirme que l’accusé a isolé la victime et qu’il s’est enfermé dans son système, « je suis le seul à pouvoir m’en occuper ! Il s’est créé un fardeau et le seul moyen pour en sortir, c’est la mort. Il est libéré de sa mère qui est une charge qu’il s’est créé lui-même ! » Il conclut, « l’étranglement a duré longtemps, 15 à 20 minutes, il avait le temps de réfléchir. Est-ce qu’il regrette son geste ? Non. Tout à l’heure il dira qu’il regrette, mais cela fait partie de la pièce de théâtre qu’il a écrite. » Il réclame une peine de 25 ans, assortie d’une peine de sureté des deux tiers, soit 16 ans. « Je vous demande de donner de l’espoir à cet homme » Me Béatrice Eyrignoux qui a en charge la défense de l’accusé s’avance à la barre et ne la quittera pas durant sa plaidoirie. Une plaidoirie habitée durant laquelle sa voix a joué sur toutes les tonalités. « Justice doit être rendue pour cette femme, sa famille et aussi pour l’accusé, car ce n’est pas un monstre. Rien ne prédestinait cet homme à paraitre devant la cour. » Elle évoque l’empereur romain Néron qui a fait assassiner sa mère Agrippine, « lui, c’était un monstre ! » Rebondissant sur la remarque de l’accusation comme quoi la défense avait fait défiler à la barre des témoins complaisants, elle s’indigne : « Vous pensez que c’est facile pour sa sœur de dire qu’elle ne reconnaissait pas son frère ? Elle ne lui pardonnera jamais son geste, mais elle le soutient. Pareil pour celle qui le considère comme un fils, elle ne lui pardonne pas, mais elle le soutient.» Pour Me Eyrignoux, la dépression de l’accusé n’est pas à mettre en doute. « C’est difficile de prendre en charge des personnes âgées et il en a fait une dépression. Les experts l’ont dit, il n’était pas bien. On devient différend, on a plus envie de se lever le matin, on se réfugie dans la nourriture ou on maigrit. Cela n’excuse rien, mais ça explique. » Elle hausse le ton, « ca explique pourquoi, celui qui a poussé des hurlements pendant le procès, à la reconstitution et qui en poussera toute sa vie, est passé à l’acte. » Elle s’adresse indirectement à la famille, « pourquoi dire que l’accusé nous a pris mama ? Certes cette famille est dévastée et elle a raison de se porter partie civile, mais cela n’apparait pas dans le dossier. » Elle interroge, « qui voulait s’en occuper ? Personne à part l’accusé. » Sur un ton flirtant avec le confidentiel, « je suis une mère et l’impensable pourrait m’arriver et peut être qu’en tant que mère je pourrais lui pardonner et Tiare, sa mère, c’est la seule qui pourrait lui pardonner. » Elle regarde le box des accusés puis les jurés « cet homme-là mérite d’être défendu, bien sûr je ne vais pas vous demander de le libérer, mais quelle peine pour des faits comme cela ? Avant c’était la mort. La loi du talion. Pensez-vous que les 25 ans requis soit acceptables pour lui. Il n’a qu’un espoir, celui que son histoire serve de leçon. Je vous demande de donner de l’espoir à cet homme. » Avant de s’en aller délibérer la présidente a donné la parole à l’accusé. « Je suis conscient du mal que j’ai fait et de la douleur de ma famille. Je sais que vous allez décider de la peine que je vais porter. Je suis le seul responsable et je ne veux pas fuir mes responsabilités. Je m’arrêterais là. » En fin de journée le verdict est tombé et Christian F. a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle, sans peine de sûreté.