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Matricide aux assises : « Il devait la tuer pour se libérer, reprendre son autonomie »

Après une première journée d’audience consacrée aux faits qui sont reprochés à l’accusé et à l’audition des membres de sa famille, ce jeudi la cour a entendu les experts psychologues et psychiatres qui se sont entretenus avec Christian F. Tous s’accordent pour dire que l’accusé ne présente pas de troubles mentaux et qu’il est accessible à une sanction pénale.

Pour l’expert psychiatre, l’accusé ne présente pas de troubles mentaux : « ni psychose, ni paranoïa, ni bipolarité. » Son quotient intellectuel est évalué à 119, ce qui correspond à la classification « normal fort ». Concernant ses traits de personnalité, il est présenté comme quelqu’un de réservé, replié sur lui-même, introverti et anxieux, rigide et susceptible. L’expert relève que son orientation homosexuelle n’était pas assumée au départ et précise, « pas facile de l’assumer avec certains membres de sa famille. » Enfin il estime que le passage à l’acte de l’accusé est lié à un contexte dépressif « une altération liée à cet état. Une dépression franche. » En conclusion l’expert assure qu’il est accessible à une sanction pénale, « il le comprend et il l’accepte. Il est resocialisable. »

« La cocotte minute a éclaté »

Quant à l’experte psychologue, elle aussi brosse le portrait d’un homme « sans faille narcissique, exigeant envers lui, et obsessionnel. »  Sur sa vie affective, la psychologue explique qu’il n’était pas à l’aise avec la découverte de son orientation sexuelle et qu’il avait mis « sa vie sexuelle entre parenthèses depuis qu’il s’occupait de sa mère. » Concernant leur relation, elle la qualifie de « fusionnelle, attaché l’un à l’autre. » Elle développe : « il a structuré sa vie autour d’elle, ce qui représentait une contrainte pour lui, même s’il s’en défend. »

Quant au passage à l’acte, elle l’explique par « le poids psychiquement trop lourd qu’elle représentait pour lui. » Elle précise, « pour lui il a failli à ses missions, tiraillé entre l’envie de correspondre aux désirs de sa mère et la crainte d’être réduit à cela. La cocotte minute a éclaté et il devait la tuer pour se libérer, reprendre son autonomie. » Elle résume : « En la tuant il s’est libéré d’une relation anémiante et en même temps, il a tué ce qui lui était cher. » À l’instar de son confrère, elle estime que l’accusé est accessible à une sanction pénale et qu’il est un élément favorable à la réinsertion.

 « Le fils que toutes les mamans rêvent d’avoir »

Avant de suspendre la séance la cour a entendu un témoin chez qui Christian a vécu durant 15 ans à son retour de métropole. « Le fils que toutes les mamans rêvent d’avoir, gentil, doux, aimable, aimant», affirme cette femme d’un certain âge. Interrogée sur la relation entre Christian et sa mère, elle confie : « J’avais le sentiment que sa mère avait une emprise pour lui ». Elle s’interrompt, au bord des larmes, « j’avais le sentiment qu’il ne vivait pas et j’avais très peur pour lui. »

« Il a quitté mon domicile pour s’occuper de sa mère après le décès de son père car elle se plaignait de ses frères, ça n’allait pas et elle avait peur », se remémore cette femme. Elle relate que quelques jours avant les faits elle avait vu Christian et qu’elle l’avait trouvé « amaigri, dépressif. Il n’en pouvait plus, ne savait plus quoi faire, il pleurait et n’arrivait plus à réfléchir. Je lui ai proposé de rester quelques temps à la maison afin qu’il se repose et que sa mère aille vivre chez sa fille le temps qu’il se reprenne, mais sa mère a refusé d’y aller sans Christian. »

Interrogé sur cet épisode, Christian a acquiescé, expliquant, « j’ai dit à maman que j’avais besoin d’aide et que je n’étais plus en état de m’occuper d’elle et je lui ai demandé si elle pouvait aller chez ma sœur et elle a dit non. Et moi, je n’osais pas la contrarier. »

« On ne mesurait pas la détresse dans laquelle il était, jusqu’au drame »

Autre témoin, un ancien collègue de Christian quand il travaillait à l’OPH.  Celui-ci le décrit comme « une bonne personne, agréable, sérieux, travailleur, quelqu’un qui ne ferait pas de mal à une mouche si vous me permettez l’expression. Puis il a changé. Il était désemparé, il se dévalorisait, on l’aidait nous entre collègues car on voyait bien qu’il n’allait pas bien du tout. Mais on ne mesurait pas la détresse dans laquelle il était, jusqu’au drame. »

En fin d’après-midi, ce sont les petits-enfants de la victime qui ont été entendus pour la partie civile. Des témoignages qui n’ont pas vraiment apporté de grain à moudre à la défense de l’accusé, si ce n’est qu’ils ont révélé les dissensions au sein de cette famille et confirmé que la victime avait un caractère bien trempé et qu’elle était quelque peu envahissante.

À la sortie de cette deuxième journée d’audience, l’impression qui s’en dégage est curieuse, voire gênante. L’impression que l’on a échangé les rôles. Du statut d’accusé, Christian devient victime de sa mère. Demain se tiendra la dernière journée de ce procès avec les plaidoiries, les réquisitions et le verdict.

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