ACTUS LOCALESJUSTICE Agression sexuelle sur une fillette de 11 ans : « Ce n’est pas moi qui demandais, c’est elle » Pascal Bastianaggi 2025-09-30 30 Sep 2025 Pascal Bastianaggi Bertrand T. 38 ans, comparaissait ce mardi devant la justice pour agression sexuelle imposée à la nièce de sa compagne, âgée de 11 ans. Des faits révélés suite à une tentative de suicide de l’enfant. Il a été condamné à quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt. « Elle m’a demandé en souriant si j’avais une corde, je lui en ai donné une, puis elle m’a dit qu’elle allait prendre une douche. C’est ma tatie qui a défoncé la porte de la salle de bains. » Ce témoignage, tiré de la déposition d’une camarade de la victime, fait froid dans le dos. Fort heureusement la fillette n’a pas eu le temps de passer à l’acte. Un passage à l’acte avorté qui visiblement ne fait ni chaud ni froid au prévenu. Il n’en démord pas : si la petite a fait cela, c’est à cause de ses parents et non pour les aggressions sexuelles qu’il lui a fait subir. Des faits qui remontent à 2020, qui ont perduré jusqu’à 2021 quand la gamine avait onze ans. Elle témoigne dans sa déposition : « il vient faire des trucs pas bien quand il est saoul, il touche mes titis, ma poupoune et il me montre son sexe, il joue avec et il a essayé de mettre son sexe dans le mien. Il me menaçait si j’en parlais. » L’adulte est le concubin de sa tante. Ils vivent à treize dans le même fare et comme d’habitude la promiscuité est l’un des facteurs que l’on retrouve souvent dans ce type d’affaire. « À chaque fois, c’est elle qui venait » Les faits rappelés, le juge interroge le prévenu : « vous en pensez quoi de tout cela ? » L’homme hésite, les mots ont du mal à sortir, « je suis choqué. » « Il y a quoi de choquant ? » insiste le juge ; « Ben, ce qui a été fait. » « Il s’est passé quoi ? » Silence. Le magistrat revient à la charge : « Ça vous arrive souvent d’être saoul et de vous intéresser aux jeunes filles ? » Hésitation. « Je suis bloqué avec tout ce que vous avez dit. » « Elle dit la vérité ou c’est une menteuse ? », « C’est moi le fautif et ça, ça me choque, tu vois ? » Le juge l’observe puis demande « Il y a bien eu une relation ? » « Oui, interdite car elle était mineure. » « Et alors, pourquoi vous ne vous êtes pas arrêté ? » « À chaque fois, c’est elle qui venait. » Le juge accuse le coup. « C’est elle qui vous demandait de mettre la main dans sa culotte ? » « Oui, je l’ai fait. » « Vous lui avez demandé de faire l’amour ? » « Non, elle dit ça car elle a peur de ses parents. » « Mais pourquoi elle mentirait ? » Il persiste : « Ce n’est pas moi qui demandais, c’est elle, elle me demandait de la toucher, je n’allais pas la chercher. » Le juge résume l’affaire de la façon dont l’entend l’accusé : « Elle a onze ans, elle court après un gars de 34 ans, elle vous fait des propositions puis fait une tentative de suicide ? » Le prévenu baisse la tête, « c’est pas pour ça, c’est à cause de ses parents. » « Elle n’est pas traumatisée par moi, c’est faux » Le magistrat lit le rapport du psychologue qui s’est entretenu avec la victime. Il fait état de fragilité, de blessures psychiques, d’une peur tenace et d’un traumatisme. « Elle n’est pas traumatisée par moi, c’est faux ! » s’exclame le prévenu. « L’expert l’a vue, vous la pensez capable de tromper un expert à son âge ? » Il n’en démord pas : « Elle était après moi, elle me le faisait comprendre dans son regard. » Le juge fait lecture du rapport d’un psychiatre qui a examiné Bertrand T. Le rapport indique que l’accusé a subi des violences sexuelles étant jeune, qu’il maintient sa version des faits, qu’il est normal mais qu’il a des troubles de la sexualité. Il exprime des remords et de la honte. « Vous en pensez quoi ? » « Je veux régler ça » « Vous risquez plusieurs années de prison » « Je ne sais pas » « Vous avez la télé, hein ? Pas besoin d’être juriste pour savoir cela. » « Il ira en prison, mais pas pour la vie, par contre la victime, elle c’est pour la vie », s’indigne l’avocat de la partie civile. Il poursuit, « pour lui, une fillette de onze ans peut provoquer un homme de trente ans. Il est prêt à recommencer si l’on en croit ses propos. » Revenant sur la tentative de suicide de l’enfant, « une gamine de onze ans, et il dit que c’est parce qu’elle ne s’entendait pas avec ses parents ! Il ne prend pas cela au sérieux. » Il demande 1 500 000 Fcfp de dommages-intérêts. « Quatre ans après les faits, il n’a pas pris la mesure de ses responsabilités » Le procureur attaque : « la violence sexuelle sur mineur est un fléau en Polynésie, particulièrement dans la sphère familiale, qui se doit d’être un espace ultime de protection et là non, c’est une mise en danger. Elle a songé à l’irréparable.» Courroucée, l’accusation poursuit, « quatre ans après les faits, il n’a pas pris la mesure de ses responsabilités. Il soutient qu’elle l’avait aguiché. Les faits sont terrifiants. » Il réclame une peine de cinq ans ferme assortie d’un mandat de dépôt. Pour la défense qui reconnaît que « la victime aura un traumatisme perpétuel », son client est déconnecté de la réalité. « On est face à quelqu’un qui est persuadé qu’il était dans une relation avec une jeune fille et il se tient mordicus à son discours. Il est ancré en lui. » Pour l’avocate, il n’est pas certain que les cinq ans de prison changeront quoique ce soit à la personnalité du prévenu, et qu’il « faudrait peut-être s’orienter vers des soins. » Il a été condamné à quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt, et un suivi socio-judiciaire de trois ans avec injonction de soins, (un an d’emprisonnement en cas d’inexécution) et une interdiction définitive d’exercer toute activité impliquant des contacts avec des mineurs. Il sera inscrit au fichier des délinquants sexuels (Fijais).