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AHIP prépare les communales, les territoriales dans le viseur

A Here ia Porinetia se prépare à concourir dans ses premières élections communales l’année prochaine. Ses militants, réunis samedi en congrès, ont reçu pour consigne de tout faire pour être présents dans les 48 communes polynésiennes, afin de préparer les territoriales de 2028. Mais pas à n’importe quel prix : les propositions d’alliance des tavana en place ne sont pour l’instant pas à la hauteur des attentes de AHIP, qui vise 30% d’élus communaux. Plutôt que de jouer les « roues de secours », ou de s’allier avec des candidats qui n’adhèrent pas à ses grands principes, AHIP affirme préférer faire cavalier seul.

Environ 150 personnes étaient réunies samedi après-midi à Papeete pour le congrès de A Here ia Porinetia et la célébration du troisième anniversaire du parti fondé par Nicole Sanquer, Nuihau Laurey et Félix Tokoragi.

L’occasion de retracer la courte histoire du parti, dont la source remonte aux désaccords avec le Tapura sur la gestion de la crise Covid exprimés en 2020 par Nuihau Laurey, alors que Nicole Sanquer avait déjà pris ses distances avec le Tapura (ou l’inverse, selon qui raconte l’histoire) l’année précédente.

De groupe sans parti à parti sans groupe

A Here ia Porinetia est entré en scène en août 2020 à l’assemblée de la Polynésie française en tant que groupe, avec l’appui du Tahoeraa qui lui avait brièvement « prêté » Vairea Le Gayic. La fondation du parti en tant que tel était actée le 26 mars 2022, et AHIP avait été éliminé au premier tour des législatives de juin. Aux territoriales de l’année suivante, portant un programme de « rupture » en 50 mesures, le parti avait rassemblé près de 25 000 voix au second tour, donnant trois sièges à l’assemblée de la Polynésie française à Nicole Sanquer, Nuihau Laurey et Teave Chaumette – Félix Tokoragi perdait, lui, le siège acquis en 2018 avec le Tapura. Aux législatives de 2024, Nicole Sanquer portée par l’alliance Amui Tatou retrouvait le siège de député de la 2e circonscription qu’elle avait occupé de 2017 à 2022 et perdu au bénéfice de Steve Chailloux.

« À l’APF les élus ne réfléchissent pas, c’est malheureux à dire »

Samedi les deux locomotives du parti se sont relayées pour tirer le bilan de leur action, en Polynésie et à Paris, et galvaniser les troupes en défendant leur façon de faire de la politique. Notamment en ne votant pas  systématiquement contre les textes proposés par le gouvernement Tavini, « par respect du choix des électeurs », ou en provoquant le débat : en décembre 2024, après le dépôt d’une quarantaine d’amendements, « l’adoption du budget a duré trois jours, et à la fin même le Tavini a commencé à poser des questions. Il y a eu un débat, c’est ce que nous souhaitions. À l’APF, les élus ne réfléchissent pas, c’est malheureux à dire », a déclaré Nuihau Laurey.

Un débat que AHIP continue d’animer, disent-ils, avec notamment deux de ses idées phares : un changement du mode de scrutin aux élections territoriales via une « mission flash » de l’Assemblée nationale, « ce travail auquel personne ne croyait » mais qui pourrait aboutir « avant la fin de la mandature ». « Sans prime majoritaire, on ne serait pas trois, mais onze ». Et la réduction des dépenses publiques : Nuihau Laurey s’étonne ainsi que le colloque sur la cherté de la vie n’ait pas abordé son sujet fétiche : « Pas un mot sur la puissance publique, tout est cher parce qu’on est hyper taxé, il y a 80 impôts et taxes. Et 2,4 milliards de budget par an pour l’APF ? Est-ce que nous valons vraiment ce prix ? »

« 30 % des conseillers municipaux de Polynésie française »

C’est l’œil sur les territoriales de 2028 que AHIP aborde la stratégie pour ses premières élections municipales. Les partis historiques sont à la peine, « donc c’est à nous de nous préparer, dit Nuihau Laurey. Être présents dans les 48 communes de Polynésie, c’est ça notre objectif. Ça va donner notre capacité à gagner dans trois ans. » Jusqu’ici « nous avions statué que c’était les fédérations des communes qui prenaient les décisions. Mais on voit bien depuis quelque temps qu’il fallait des consignes un peu plus strictes » dit Nicole Sanquer. AHIP vise 30% des conseillers municipaux, soit 9 à 12 sièges par conseil, mais les propositions d’alliance sont pour l’instant décevantes.

« Il faut dire les choses, renchérit Nuihau Laurey, on nous propose d’être la roue de secours. » Autant faire cavalier seul, donc, si les tavana qui ont besoin de renforts ne sont pas prêts à faire davantage de place aux candidats AHIP. Les fédérations ont jusqu’à fin août pour décider de partir aux élections municipales sous leurs propres couleurs ou de s’allier dans de bonnes conditions, explique Nicole Sanquer

Les présidents de fédérations regroupés en « conseil » mais absents du bureau exécutif

À noter que le congrès de samedi a tout de même été l’occasion pour les dirigeants de resserrer les boulons. Huit fédérations sont déjà homologuées sur Tahiti. Les prochaines devraient être celles de Moorea, Teva i Uta, Taiarapu-Ouest et Arue, puis celles des archipels. Les présidents des fédérations ne sont plus au bureau exécutif  mais regroupés dans un « conseil des présidents de fédérations ». Leur rôle, a martelé Nuihau Laurey, c’est d’aller et de rester sur le terrain pour prendre la température des électeurs, et de ne pas promettre d’alliance avec des porteurs de programmes trop dépensiers. Car, rappelle-t-il, à l’échelle du territoire « on n’a pas le même programme que nos partenaires autonomistes ».

Le nouveau bureau exécutif a également été présenté. On note la présence de Sylvana Puhetini, 4e adjointe au maire de Papeete et ex-présidente du groupe Tapura à l’assemblée, de Jonathan Crawford en tant que porte-parole auprès des entreprises, de Yannick Cadet, vice-président du Medef Polynésie, qui sera sur la liste AHIP à Punaauia, et de Roland Garrigou en tant que conseiller politique.

Nicole Sanquer et Nuihau Laurey pas têtes de liste

Ni Nicole Sanquer, ni Nuihau Laurey n’ont l’intention de mener une liste aux municipales : « Aujourd’hui, nous gérons le parti, nous gérons l’Assemblée de Polynésie, nous gérons aussi maintenant l’Assemblée nationale. Nous voulons nous préparer pour les élections de 2028, donc le travail commence aujourd’hui et on préfère s’abstenir. Mais par contre, nous serons sur les listes », dit Nicole Sanquer, qui pourrait être amenée à concourir de nouveau aux législatives d’ici septembre prochain, puisqu’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale semble acquise. Mais si les résultats des municipales sont bons, AHIP n’exclut pas non plus de présenter des candidats aux sénatoriales de septembre 2026, et assure que Nuihau Laurey n’en fera pas partie puisque AHIP est « pour le renouvellement de la classe politique ». 

 

 

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