ACTUS LOCALESFAITS DIVERSPACIFIQUE

Alcool, paka, tabac, coke : les usages des jeunes Polynésiens en chiffres

Pour la première fois l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives a étendu son étude annuelle des habitudes des jeunes de 17 ans à l’outre-mer. Ce qui permet d’établir des comparaisons. Les jeunes Polynésiens consomment moins fréquemment de l’alcool mais de manière plus excessive que les métropolitains, ils sont plus nombreux à fumer du tabac, du cannabis, à utiliser des cigarettes électroniques ou à avoir expérimenté des drogues dures, même si l’ice n’a pas été intégré au questionnaire. Et les jeunes filles sont souvent plus exposées que les garçons.

C’est une première pour l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), qui publie régulièrement des données nationales sur les consommations adolescentes. Son étude annuelle Escapade, sur « l’usage de substances psychoactives à 17 ans dans les Outre-mer » a ciblé l’ensemble des départements, régions ou collectivités d’outre-mer. Dont la Polynésie. L’étude, qui se base sur les déclarations de 2 869 jeunes ultramarins à l’occasion de la journée d’appel à la Défense a été réalisée en 2023. Et ses résultats viennent d’être détaillés dans un rapport annuel.

Consommation d’alcool moins régulière mais plus excessive

Des résultats qui, même s’ils ont tardé à être publiés, permettent de dresser une photographie précise et comparée des habitudes de consommations de drogue, douces ou dures, légales ou pas, chez les jeunes du fenua. À commencer par l’alcool, que 85,1 % d’entre ont déjà goûté à l’alcool, contre 80,6 % des jeunes métropolitains. En revanche, la consommation considérée comme régulière – à savoir au moins une dizaine d’usage dans le mois – est moins fréquente en Polynésie, notamment chez les garçons, avec un taux de 4,7 % contre 9,8 % en métropole. Sur le territoire, la tendance est aux « API » (alcoolisation ponctuelle importante), soit plus de cinq verres, avec 22,8% des adolescents locaux qui ont reconnus en avoir au moins trois fois dans le mois, soit près du double du chiffre relevé en métropole (13,6 %). En résumé, les occasions de boire sont peut-être moins nombreuses, mais elles tendent à être plus excessives.

©OFDT

Le tabac dépassé par le vapotage chez les jeunes du fenua

Le tabagisme reste lui aussi un peu moins courant chez les jeunes Polynésiens que chez leurs pairs de métropole avec 44,2 % contre 46,5 % pour ceux qui ont « expérimenté » et 12,1 % contre 15,6 %, pour les « usagers quotidiens ». Mais cette différence est vite rattrapée par la popularité de la cigarette électronique et de ses dérivés, très répandus chez les jeunes du fenua : près de 72% des jeunes de 17 ans l’ont déjà eu en bouche, 10% vapotent régulièrement. Contre des taux respectifs de 57% et 6% dans l’Hexagone. Fort est à parier que les habitudes de consommation de ces « e-cig » et autre « puff » ont continué à croître depuis 2023. D’où le projet de loi du pays qui doit être voté dans les semaines à venir, et qui viendra restreindre les produits en vente, et améliorer les outils de sensibilisation. 

Le « paka » toujours plus consommé qu’en métropole

C’est pourtant le paka, qui continue de susciter le plus d’inquiétude. « Les consommations de cannabis, quelle que soit leur fréquence, sont significativement plus élevées chez les Polynésiens de 17 ans comparativement à ceux de la France hexagonale », souligne l’OFDT dans son rapport. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40,7 % des locaux ont déjà expérimenté la « weed », contre 29,9 % en métropole. Et lorsqu’on regarde l’usage réparti sur un mois, 8% des adolescents polynésiens disent en avoir consommé régulièrement (au moins dix fois), contre 3,8 % en France.

Autre point marquant : l’expérimentation de la cocaïne, qui concerne 2,6 % des jeunes en Polynésie, soit presque le double du chiffre observé dans l’Hexagone (1,4 %).

Le rapport ne donne pas d’information précises sur la consommation d’ice, pourtant une préoccupation première des autorités – côté Pays comme État – Polynésie. Cependant, l’Observatoire indique que la consommation d’amphétamines — dont l’ice est une forme cristallisée particulièrement puissante — est généralement plus élevée chez les jeunes des îles (1,4 %) comparé à la France métropolitaine (0,9 %).

À noter que le poppers, s’il est moins consommé en Polynésie qu’au niveau national, est loin d’être confidentiel : 6,4% des garçons et 5,4% des filles de 17 ans en ont déjà consommé (contre 11% en moyenne en métropole).

Des usages plus marqués chez les jeunes filles

Le rapport souligne enfin que l’expérimentation de certaines substances est plus répandue chez les jeunes filles que chez les garçon. 44,6% des vahine ont fumé du cannabis, contre 36,9% des tane de leur âge, des taux qui atteignent 55% et 34% pour le tabac, 89,3 contre 81,3 pour ce qui est de l’alcool, 756,6 contre 68,2% pour la cigarette électronique.

Article précedent

Formation, protection sociale, charte... Qu'est ce qui change pour les pompiers volontaires ?

Article suivant

La Calédonie attend sa "mission interministérielle de reconstruction"

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Alcool, paka, tabac, coke : les usages des jeunes Polynésiens en chiffres