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Aoa change d’échelle grâce au soutien de l’Union européenne

La soirée de lancement du projet Bestlife 2030 a eu lieu mardi soir à la Brasserie Hoa. ©A.E


Trois ans après les premières opérations menées dans la vallée de Mo’aroa, entre Mataeia et Papara, Aoa Polynesian Forests « change d’échelle ». La restauration écologique va s’étendre sur 11 hectares supplémentaires, et l’entreprise vise l’introduction de 6 000 plants endémiques ou indigènes. Lauréate du programme européen Bestlife2030, qui apporte plus de 11 millions des près de 14 millions de francs du projet, Aoa entend démontrer, preuves scientifiques à l’appui, qu’un écosystème dégradé peut retrouver durablement son équilibre. Une démonstration qui pourrait, demain, servir de modèle à d’autres vallées polynésiennes.

Depuis 2023, les équipes d’Aoa testent leur méthode dans la vallée de Mo’aroa, à cheval sur les communes de Mataiea et Papara. Cette vallée humide concentre les principales difficultés auxquelles sont confrontées les forêts polynésiennes. Fortement colonisée par des espèces végétales envahissantes, elle joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du bassin versant : l’état de la forêt conditionne directement la qualité des eaux de la rivière Mo’aroa, puis celle du lagon. « C’est une vallée qui n’est exploitable ni pour faire de l’aménagement urbain, ni pour l’agriculture. C’était une vallée où, de toute manière, il ne pouvait rien se passer, et donc une vallée très dégradée », rappelle Marylou Benoit, responsable du projet.

6 000 plants à réintroduire en 18 mois

Après 17,4 hectares déjà restaurés, Aoa estime sa méthode suffisamment éprouvée pour passer à la vitesse supérieure. Grâce au financement du programme européen Bestlife2023, l’équipe prévoit, au cours des dix-huit prochains mois, d’intervenir sur 10,9 hectares supplémentaires, de contrôler sept espèces végétales envahissantes et de réintroduire 6 000 plants appartenant à 23 espèces indigènes et endémiques, produits localement dans sa pépinière et son laboratoire de culture in vitro lancé en mai 2025. « Pour l’instant, on a réintroduit 1 600 plants au total sur trois ans. Là, en 18 mois, il faut qu’on en réintroduise 6 000. C’est un gros objectif, mais qu’on estime tout à fait atteignable. », affirme Marylou Benoit, responsable  projet.

L’ambition dépasse toutefois les 10,9 hectares concernés par le projet. À Tahiti, 69 % des terres sont aujourd’hui colonisées par des espèces végétales envahissantes, qui concurrencent progressivement les espèces natives et bouleversent le fonctionnement des écosystèmes. Pour Eric Vicario, coordinateur du projet, cette érosion de la biodiversité constitue l’une des grandes crises environnementales de notre époque. « Même si on arriverait à trouver une solution pour tout ce qui est la partie énergie propre, on continue à surexploiter les ressources naturelles, on continue à détruire les habitats, on continue à polluer et les espèces envahissantes prennent de plus en plus d’ampleur. » Une crise globale à laquelle on ne prête, selon lui, pas assez d’attention.

Coup de pouce aux espèces locales

Dans la vallée de Mo’aroa, les relevés illustrent concrètement ce déséquilibre. Sur les 122 espèces végétales recensées, seules 17 sont considérées comme envahissantes. Pourtant, elles occupent jusqu’à 80 % de la canopée et plus des deux tiers du sous-bois. « C’est vraiment la compétition des espèces exotiques envahissantes qui est plus forte que les plantes natives », résume Marylou Benoit.

L’objectif n’est donc pas d’éradiquer totalement ces espèces, un scénario jugé irréaliste, mais de rétablir progressivement un équilibre favorable aux plantes indigènes et endémiques. « Notre méthodologie se base à donner un coup de pouce aux espèces locales qui, par les causes de l’évolution, ont évolué sans compétition et qui ont des biorhythmes beaucoup plus lents », explique Eric Vicario. À terme, AOA espère inverser le rapport de force :  » Notre objectif c’est d’avoir 80 % de la vallée avec des plants natifs, indigènes et endémiques avec juste un petit rémanent d’espèces envahissantes qui seraient contrôlées »

Toute la question est désormais de savoir si les espèces indigènes seront capables de reprendre durablement le dessus sur les espèces envahissantes. Selon Marylou Benoit, « Si la population d’espèces natives est suffisamment importante, il n’y aura pas l’espace pour qu’elles se réimplantent ».

C’est précisément cette méthode que les équipes veulent désormais étendre. Car le changement apporté par Bestlife2030 réside aussi dans le suivi scientifique du projet. L’objectif n’est plus seulement de restaurer la forêt, mais de mesurer, dans le temps, si cette restauration permet à l’écosystème de retrouver son équilibre. Chaque étape fera ainsi l’objet d’un protocole de suivi : évolution de la végétation, retour des oiseaux terrestres, suivi de l’érosion des sols, de la pluviométrie et des débits de la rivière. Un doctorant travaille également sur les micro-lépidoptères, de minuscules papillons dont la présence pourrait devenir un bioindicateur particulièrement précis de l’état de santé des forêts restaurées. « Si on fait bien notre travail, on est en train de recréer des habitats qui permettent à la nature locale de reprendre ses droits », résume Eric Vicario.

Le financement européen, qui couvre près de 11,92 des 13,86 millions de francs du projet, permettra également de salarier deux agents forestiers à temps plein et un poste de coordination à temps partiel pendant dix-huit mois.

Problématique systémique, solutions systémiques

L’enjeu est désormais de structurer une véritable filière polynésienne de restauration écologique, capable d’accompagner d’autres projets sur le territoire. Dans cette logique, l’entreprise poursuit le développement de son laboratoire de multiplication des plantes indigènes, a créé un titre d’agent de restauration et de régénération des forêts polynésiennes et renforce ses actions de sensibilisation auprès du grand public et des scolaires à travers sa forêt éducative, afin de « mêler science, nature, culture », selon sa directrice scientifique, Élodie Cinquin.

Derrière ces différentes initiatives, Aoa défend une même vision : pour espérer transformer durablement les écosystèmes, il faut agir à tous les niveaux. « Quand on travaille une problématique qui est multifactorielle et systémique, il faut avoir des solutions qui soient systémiques et multiniveaux aussi », résume Eric Vicario.

Recherche, restauration, formation, transmission des savoir-faire, sensibilisation et écotourisme : autant de leviers que l’association entend mobiliser pour faire de Mo’aroa un modèle reproductible ailleurs en Polynésie. Bestlife2030 ne marque donc pas l’aboutissement du projet, mais le début d’une phase : celle où la restauration de Mo’aroa devra démontrer qu’elle peut être mesurée, validée… puis reproduite ailleurs.

« Si on y arrive ici, ça veut dire qu’on pourrait réussir à le faire ailleurs. », conclut Marylou Benoit.

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