ACTUS LOCALESPOLITIQUE ATN, Google, Santé… Moetai Brotherson fait le point après sa rencontre avec Macron Outremers360° 2026-01-29 29 Jan 2026 Outremers360° Moetai Brotherson, actuellement en mission à Paris, a réclamé les financements promis à l’Unoc au président Macron, il a obtenu son soutien sur la lutte contre l’ice et parlé des molécules onéreuses et des évacuations sanitaires d’urgence qui devraient faire l’objet de « convention connexes » à la convention santé État – Pays. Avec notre partenaire Outremers 360°, il a également précisé avoir rencontré Airbus dans la perspective de faire évoluer la flotte d’ATN et un opérateur de datacenters, qui fait aussi de l’IA, Kendryl, pour des projets bien spécifiques autour du tourisme, de la télé-éducation, de la télémédecine. Interview. Ce mardi, au deuxième jour de votre déplacement à Paris, vous vous êtes entretenu avec le président de la République. Quel a été l’objet de cet entretien ? Quand on rencontre le président de la République, on essaye de balayer un spectre large de sujets. Il y a un ensemble de sujets qu’on a déjà vus avec les ministères concernés ou qu’on continue à voir avec les ministères individuellement, mais sur lesquels, à un moment ou à un autre, l’arbitrage du président de la République et du Premier ministre vont forcément être requis. C’est pour ça qu’on voulait aussi le sensibiliser sur ces sujets de santé avec la signature prochaine de la Convention Santé État-Pays. On a discuté un peu des municipales puisque le président de la République voulait avoir mon sentiment sur ce qui allait se passer, du moins sur ce qui pouvait se passer. Je lui ai donné, non pas mes pronostics, mais une analyse de la situation telle que je la vois à mon niveau. On a discuté de la Nouvelle-Calédonie, puisque c’est important pour lui de voir un peu comment ce dossier est perçu dans la région. À ce titre, puisque je participe en tant que président de la Polynésie au Forum des îles du Pacifique, j’ai pu lui apporter quelques éclairages, avec notamment tout ce qui se passe autour de la proposition d’accord de Bougival. On a discuté des suites de l’Unoc : j’ai expliqué un peu la frustration qui est la mienne aujourd’hui de voir que, pour l’instant, les seuls qui viennent au financement des décisions prises à l’Unoc, ce sont les organisations non gouvernementales, avec ce MOU, qu’on a signé avec une alliance d’organisation et qui nous apporte 1,5 milliard de Fcfp. On attend que l’État se manifeste comme ça a été annoncé par le Président de la République lui-même à Nice. On avait un certain nombre de programmes scientifiques, de programmes d’exploration qui devaient inclure évidemment la Polynésie. Pour l’instant, on ne voit rien venir. C’est lié au retard de l’adoption du budget. Qu’a répondu le Président concernant les financements promis à l’Unoc ? Il a été très attentif, en tout cas. C’est un sujet qui lui tient à cœur et il fera en sorte que l’État soit au rendez-vous. On a discuté également de la nécessité de renouveler la convention décennale de l’éducation. C’est un sujet qui va normalement se conclure en milieu d’année, avec un certain nombre d’éléments de changements qu’on voudrait porter. Quels changements ? Il y a plusieurs éléments. Déjà dans la méthode. La Convention décennale État-Pays sur l’Éducation doit s’appuyer sur la charte de l’éducation et permettre sa mise en œuvre. Les deux dernières années, il y a eu un gros travail pour la refonte de cette charte de l’éducation au niveau local. Un travail qui doit être validé à l’assemblée dans les semaines qui viennent. On doit retrouver les éléments, les fondamentaux de la charte de l’éducation dans cette convention décennale, ce qui n’était pas forcément le cas précédemment. Un autre point concerne les inspecteurs du second degré. Aujourd’hui, ils sont sous la gestion du vice-recteur, mais pour des raisons de cohérence et de continuité dans la gestion de la politique éducative, il nous semble important qu’ils soient gérés par le ministère polynésien de l’Éducation. On a aussi beaucoup parlé de la lutte contre l’ice. Le président nous a assuré du plein soutien de l’État par rapport à nos besoins, et de la poursuite de l’excellente collaboration qui s’est mise en place depuis l’an dernier entre les services de l’État et les services du pays. Lundi vous évoquiez déjà la convention santé et notamment la prise en charge des évacuations sanitaires d’urgence : avez-vous aussi abordé ce sujet ? C’est un sujet qu’on a évoqué, bien entendu. Il est déjà, je l’avais précisé, inclus dans le préambule du projet de convention santé qui va être signé bientôt. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’éléments dans la convention qui viennent aujourd’hui spécifier comment va s’articuler le rôle de chacun sur ce sujet, mais il y a en revanche, inscrit dans le préambule, la nécessité de travailler ensemble pour ensuite faire des conventions connexes, à la fois sur le sujet des molécules onéreuses et sur le sujet des évacuations sanitaires d’urgence. Flotte d’ATN : « Il s’agit ici d’avoir une réflexion à la fois logique et pragmatique » Ce matin, vous vous êtes entretenu avec des représentants du constructeur Airbus. Quel était l’objectif, l’objet de ce rendez-vous ? L’objectif n’a rien de secret : il fait partie du plan général de développement d’Air Tahiti Nui qu’on a mis en œuvre depuis qu’on a commandé cette étude de route et de flotte auprès de la société Arthur D. Little. Dans la continuité des résultats et des préconisations de cette étude, il faut qu’on prenne contact avec les différents constructeurs qui sont en mesure de nous proposer des perspectives d’évolution de la flotte. Aujourd’hui, il n’y a pas 36 constructeurs. Pour ce qui nous concerne, il y en a deux. Il y a Boeing. Nous sommes équipés aujourd’hui de quatre avions Boeing. Et puis, il y a Airbus qui avait fourni, il faut s’en rappeler, les premiers avions d’Air Tahiti Nui. Et donc, c’est normal qu’on discute avec l’un et l’autre pour savoir ce qu’ils peuvent nous proposer. Il s’agit ici d’avoir une réflexion à la fois logique et pragmatique, c’est-à-dire qu’on ne part pas des avions pour ensuite justifier des routes. Il faut partir des réels besoins, des réelles opportunités de marché. Et c’est en fonction du schéma de route -celui qui va permettre à Air Tahiti Nui demain de retrouver l’équilibre et d’aller vers la croissance et les bénéfices- qu’il faut ensuite déterminer les avions qui correspondent. Une fois qu’on a dit ça, il ne suffit pas de dire « voilà les avions qu’il nous faudrait ». Il faut pouvoir les acheter. Le marché de l’aérien international explose depuis trois ans et il y a des avions qui ne sont pas disponibles avant 2032. Donc, il faut étudier tout ça aussi au regard des capacités financières de la compagnie, des plans de remboursement, de financement… Les résultats ne seront pas forcément immédiats, mais il faut poser les jalons maintenant, parce que s’il faut se positionner sur certains appareils, ne pas attendre trop longtemps. Vous verrez également Boeing ? Ça fait partie effectivement des discussions. On ne va pas les voir cette fois-ci, puisqu’on ne peut pas non plus tout faire. Mais on verra très certainement les autres fournisseurs. Il s’agirait dans tous les cas d’un renouvellement à long terme… Pas forcément à long terme. Ça peut être étagé. On a quatre avions, on n’est pas obligé de remplacer les quatre d’un coup. Mais tout ça, c’est à définir de manière fine, de manière précise. C’est la conjonction de plusieurs choses. Il ne faut pas négliger le facteur humain. Quand on change d’avion, il faut former les pilotes, il faut qu’ils soient qualifiés, il faut former le personnel navigant, puisqu’on ne circule pas de la même manière dans un monocouloir que dans un « widebody ». Chaque avion a sa spécificité. En termes de maintenance, avoir une flotte hétérogène, ce n’est pas neutre non plus, puisqu’il faut des pièces, un stock de pièces par appareil. Ce n’est pas les mêmes boulons entre Airbus et Boeing, pour schématiser. Tout ça doit se gérer à la fois au niveau technique, au niveau humain, au niveau budgétaire et au niveau de la planification. Je reviens sur les routes : on évoque Sydney notamment, fin 2026 voire début 2027… Ça fait partie des choses qui sont étudiées. Aujourd’hui, rien n’est arrêté sur les nouvelles routes. Est-ce qu’il y a d’autres routes que la compagnie pourrait explorer ? Oui, il y a forcément d’autres possibilités. Aux États-Unis, aujourd’hui, on va à Los Angeles, on allait physiquement à Seattle, mais on a mis fin à cette connexion physique. On la commercialise toujours via nos partenaires. Il reste d’autres destinations qu’il est possible d’atteindre. Par exemple, San Francisco. On pourrait demain décider d’y aller, en tout cas l’étudier. Il y a d’autres connexions vers Dallas, qui peuvent être étudiées également. Toutes ces options sont devant nous. Ça ne veut pas dire qu’on va forcément toutes les développer. Ça veut dire qu’il faut non seulement réfléchir à la capacité de nos avions d’y aller, mais aussi à notre capacité de nouer des partenariats pour la continuité. À titre d’exemple, aller jusqu’à Dallas, c’est une chose, mais ensuite, les passagers, s’ils ne vont pas à Dallas, s’ils vont plus loin, qu’est-ce qu’ils font ? Tout ça s’étudie. La semaine dernière, on a beaucoup parlé d’Air Tahiti Nui. Il y a eu des alertes lancées par un collectif de salariés, puis une réponse d’autres syndicats. Qu’en pensez-vous ? Dans n’importe quelle organisation humaine, il y a des inquiétudes. Il y a des gens qui ne sont pas contents, il y a des gens qui sont inquiets. Nous, nous faisons confiance à la fois aux employés et à la direction. Je pense que pour l’instant, le message est entendu puisque la plupart des syndicats, effectivement, sont venus se désolidariser des individus qui ont écrit ce premier courrier d’alerte. Donc l’écrasante majorité du personnel d’Air Tahiti Nui aujourd’hui fait confiance à la direction. Vous faites confiance aussi à la direction, au conseil d’administration ? Oui, tout à fait. Repasser par le Canada pour aller en France : « On ne change pas d’aéroport comme ça » 2025 va conclure sur un nouveau record de la fréquentation touristique en Polynésie. Un tiers des passagers, des touristes viennent des États-Unis. Est-ce que la situation actuelle des États-Unis, sa politique interne, vous inquiète ? Déjà, c’est un peu plus d’un tiers de nos touristes qui viennent d’Amérique du Nord et donc principalement des États-Unis. Ce sont des touristes à très haute valeur ajoutée, qui peuvent se permettre des nuits à 2 000, voire 3 000 euros dans des hôtels très haut de gamme. C’est un marché très important. Effectivement, nous ne sommes pas inquiets, mais nous sommes attentifs à ce qui se passe depuis un peu plus d’un an maintenant avec un gouvernement qui prend des décisions radicales et parfois un peu inattendues. Pour l’instant, ça n’a pas vraiment eu d’impact. Ça ne veut pas dire que ça ne va pas évoluer. En tout cas, ça rejoint des réflexions qu’on a eues avec Tahiti Tourisme sur la nécessité de diversifier les marchés émetteurs, d’essayer d’avoir le plus de clientèle en provenance d’Asie, mais également d’Europe. Il faut être prévoyant. On ne sait pas de quoi demain sera fait. C’est plus le tourisme aux États-Unis qui souffre, ils ont connu 20% de baisse. Mais le tourisme qui sort des États-Unis, pour l’instant, n’a pas été affecté. Les États-Unis, Los Angeles, c’est aussi le passage traditionnel, quasiment obligatoire, pour rejoindre Paris. Aujourd’hui, on voit qu’il y aussi de plus en plus de passagers qui, justement, ne veulent plus passer par les États-Unis. Est-ce qu’il ne faut pas trouver un autre point de rattachement à Paris ? Ça a été évoqué par certains, la possibilité éventuellement de repasser, comme cela avait été fait pendant le Covid, par le Canada. Ce ne sont pas des décisions qu’on peut prendre à la légère. Les relations avec les aéroports sont des relations qui doivent être inscrites dans le temps long, parce que sinon, on n’est pas sûr d’avoir les slots les plus avantageux, on n’est pas sûr d’avoir le positionnement des appareils le plus pratique et on n’est pas sûr d’avoir le cheminement à travers le circuit de sortie ou d’embarquement qui soit optimal. On ne change pas d’aéroport comme ça. Vous venez de vous entretenir, ce mercredi après-midi, avec des opérateurs de Data centers : Kyndryl. Quel était le but de cette réunion ? Kyndryl, c’est l’ancienne division service d’IBM qui, il y a cinq ans, a décidé de scinder ses activités et de sortir toute l’activité service de leur core business. Ça a donné naissance à Kyndryl. C’est une société qui est donc déjà présente en Polynésie, puisque c’était IBM Services, qui maintenant s’appelle Kyndryl. Aujourd’hui, ils ont de nouvelles activités, notamment un savoir-faire autour de l’IA qui s’est beaucoup développé. Ils sont venus nous présenter ce qu’ils savent faire et nous faire des propositions éventuellement de POC, de « Proof of Concept », sur des projets bien spécifiques autour du tourisme, de la télé-éducation, de la télémédecine, pour voir comment est-ce qu’on pourrait faire évoluer la relation entre la Polynésie, pas simplement le gouvernement, mais l’ensemble des acteurs de l’économie numérique. Est-ce que ça a un lien avec l’arrivée prochaine d’un câble Google en Polynésie ? Ça a un lien très direct. Kyndryl est, par exemple, partenaire de Google Cloud. Ce sont des sociétés qui se connaissent très bien. Ils ont un laboratoire d’IA en commun à Singapour. Donc tout cela est très lié. Le fait que ces câbles arrivent contribue effectivement à l’intérêt de pas mal de sociétés dans l’écosystème numérique polynésien.