ACTUS LOCALESEMPLOISOCIALSOCIÉTÉ Café ‘oa ‘oa : un lieu pour changer le regard sur le handicap Nanihi Laroche 2025-10-15 15 Oct 2025 Nanihi Laroche Olivier Bôle, fondateur du café ‘oa ‘oa L’inclusivité, c’est le mot d’ordre du nouveau Café ‘oa ‘oa, qui ouvrira la semaine prochaine, passage Cardella en centre-ville, Inspiré du modèle des Cafés Joyeux en métropole, ce lieu emploie des personnes en situation de handicap cognitif, dans un cadre à la fois professionnel et chaleureux. Un projet qui prévoit déjà de s’étendre jusque dans les îles. Le Café ‘oa ‘oa ouvrira la semaine prochaine au centre-ville de Papeete, passage Cardella. Porté par Olivier Bôle, ce projet inédit en Polynésie s’inspire du concept des Cafés Joyeux en métropole – d’où son nom – où des personnes en situation de handicap travaillent en CDI dans un cadre adapté et bienveillant. « Un concept de restauration inclusive » Père d’un garçon en situation de handicap, Olivier Bôle a voulu transposer localement ce modèle métropolitain d’insertion professionnelle. « C’est un concept de restauration inclusive, explique le patron. C’est-à-dire qu’on a des jeunes qui sont dans le champ du handicap, qui ont eu l’occasion, lors de leur scolarité, de leur préparation en bac pro, ou dans un CAP, de faire de la cuisine, de la pâtisserie ou du service hôtelier. Et l’objet, c’était de se dire : on va créer une entité de restauration où vous allez être mis en avant, et où vous allez pouvoir vous épanouir. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/CAFE-OAOA-1-concept.wav Pour cette première ouverture, le projet se concentre sur le handicap cognitif. « J’ai voulu que le premier restaurant soit sur un site central, avec beaucoup de trafic, pour qu’on puisse familiariser la clientèle avec ce type de concept », précise Olivier Bole. La petite taille du local ne permet pas pour l’instant d’accueillir de jeunes présentant un handicap moteur. Cette première étape se veut donc un point de départ, avant de peut-être élargir le dispositif à d’autres profils. « Partager avec les clients dans la bienveillance et dans la compréhension » Pensé pour éviter le stress et la surcharge, le service s’articulera autour des petits-déjeuners et déjeuners, du lundi au vendredi, de 6 h 30 à 14 h 30. Mais l’organisation du lieu ne repose pas uniquement sur le rythme de travail. Le partage et l’échange font aussi partie intégrante du concept. « On a ouvert le restaurant, c’est-à-dire tout enlevé, que ce soit les parois ou les cloisons, de façon à ce qu’on soit dans l’échange, précise-t-il. Je veux que ces jeunes puissent partager avec des clients qui s’inscriront dans la bienveillance et dans la compréhension. Je voudrais que les gens prennent un petit peu le temps de s’asseoir, d’avoir une expérience culinaire, et surtout une expérience humaine, et repartent de là joyeux, puisque c’est quand même l’objet du café ‘oa ‘oa. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/CAFE-OAOA2-ouverture.wav La carte, conçue « avec des chefs de renom » du lycée hôtelier, sera « simple, qualitative et gourmande », avec deux entrées froides, deux tièdes, deux plats chauds et trois à quatre desserts, indique le fondateur. Les produits locaux – café, miel, vanille, chocolat et sauces – seront favorisés, et certains seront même proposés à la vente sous l’enseigne du café. Un choix qui soutient l’économie locale tout en intégrant une dimension pédagogique : des visites seront organisées pour que les jeunes rencontrent les producteurs et découvrent le cycle complet de fabrication des produits qu’ils utilisent. « Quand un jeune vous servira un café, il ne va pas juste poser une tasse. Il vous expliquera d’où vient le café et comment il l’a vu se faire », souligne Olivier Bole. « Les coûts du café pas plus élevés qu’ailleurs » Le projet, bien que financé sur fonds propres, a bénéficié de plusieurs soutiens institutionnels. « Le Sefi m’a beaucoup aidé sur le type de contrat et la méthodologie d’approche pour intégrer les jeunes, et la Direction générale des affaires économiques (DGAE) m’a accompagné sur le montage d’un dossier pour financer une partie des équipements », précise Olivier Bole. Deux dispositifs d’aide à l’emploi vont être mobilisés : les contrats Tiama (environ 100 000 francs par mois) et, prochainement, Tiarama, une prise en charge à 100 % de CDD d’un an renouvelable une fois, destinée aux jeunes identifiés par la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE). Le fondateur espère ainsi pérenniser le modèle et encourager de nouvelles embauches, tout en s’assurant que les coûts de l’établissement ne soient pas plus élevés qu’ailleurs malgré les aménagements spécifiques nécessaires pour les différents handicaps. ©fb cafe ‘oa ‘oa Une brigade mobile pour des petits-déjeuners en entreprise En parallèle, dès le 10 novembre, le Café ‘oa ‘oa étendra son activité avec une brigade mobile chargée de proposer des petits-déjeuners en entreprise, qui « veulent que le handicap ne soit pas juste un mot sur un papier, mais un vrai moment d’échange et de partage », explique Olivier Bole. Cette équipe, composée d’un encadrant et de deux jeunes, sera entièrement issue du champ du handicap. Au sein du café, pas de personnel spécialisé, mais des personnes investies. « Les diplômes, c’est bien, mais il faut avant tout avoir la fibre humaine. Accompagner des jeunes qui ont parfois peu de filtres demande de la compréhension et de la patience », confie le fondateur, qui s’appuie sur son vécu et son expérience de père : son fils est actuellement en CAP au lycée hôtelier. « Ouvrir d’autres points de restauration même dans les îles… parce que le handicap ne s’arrête pas à Tahiti « Le patron pense déjà à la suite et voit une potentielle chaine de cafés. « Imaginez d’autres projets, que ce soit ici à Papeete, sur Taravao, où il y a aussi un IIME (Institut d’insertion médico-éducative) qui fait déjà avec des jeunes handicapés de la cuisine, ou que ce soit dans les îles », indique Olivier Bôle. J’ai déjà des sollicitations sur Moorea, ou sur Raiatea. On va y aller step by step, on va voir comment est apprécié ce concept, quelles sont les attentes de la clientèle et en fonction de si ça marche, on ouvrira d’autres points. Ce que je sais surtout, c’est que plus on aura de points, plus on aura de possibilités de recruter des jeunes. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/CAFE-OAOA-3-recruter.wav Et les CDI ne sont pas les seuls types d’embauches visés. « On est en train de travailler sur une possibilité d’alternance », explique le patron. ©fb cafe ‘oa ‘oa