ACTUS LOCALESPOLITIQUE

Caméras, caserne, éclairage… Papeete veut un soutien à la mesure de sa « centralité »

Le conseil des ministres a repris ses sessions délocalisées en investissant la mairie de Papeete ce mercredi. L’occasion pour Rémy Brillant et son équipe de questionner, interpeller, sensibiliser l’exécutif, et surtout de proposer des « partenariats » sur une foule de projets. Investissements sportifs, logement, lutte contre les inondations, relocalisation des pompiers, modernisation de l’éclairage public, doublement du nombre de caméras… Le tavana a insisté sur les coûts engendrés par la « centralité » de Papeete, dont seuls les 27 000 habitants sont pris en compte dans les calculs d’aides, alors que la capitale voit passer près de 100 000 Polynésiens par jour.

Après six mois d’interruption pour cause de municipales, le cycle des conseils des ministres délocalisés a repris ce mercredi. Et pour ce 23e déplacement – sur les 48 communes que s’était promis de visiter Moetai Brotherson durant la mandature – le gouvernement n’est pas allé trop loin : Papeete, à la rencontre du nouveau tavana Rémy Brillant et son équipe, à qui le président du Pays avait d’ailleurs apporté un soutien remarqué pendant la campagne des municipales. L’occasion pour le successeur de Michel Bullard de faire part aux ministres des priorités de la mairie, des projets portés par la ville et des soutiens que pourrait apporter le gouvernement sur certains d’entre eux.

Nouveau calcul du Fip et des aides du Pays

« On ne vient pas quémander », assure l’ancien DGS, on est dans un esprit de partenariat avec le Pays ». Mais la mairie a bien des « questionnements » sur le niveau d’intervention du pays dans la capitale. Car si le Fip, comme souvent la DDC se base, dans la répartition de ses aides sur la population légale de chaque commune, Papeete met en avant un coûteux rôle de « centralité ». « On est 27 000 la nuit, mais pratiquement 100 000 la journée. On voulait sensibiliser le gouvernement sur les coûts que ça représente pour la commune, et qui sont supportés par les seuls contribuables de Papeete », explique ainsi Rémy Brillant.

La mairie a d’ailleurs demandé au gouvernement des précisions sur les montants d’aide par habitant pour chaque commune, pour faire des comparaisons. Et l’exécutif, qui ne peut fournir aujourd’hui que des données par archipels – l’aide par habitant est plus de 10 fois plus élevée aux Tuamotu qu’aux îles du Vent, du fait des importantes infrastructures construites ces dernières années – doit apporter les précisions nécessaires. L’idée pour Papeete n’est pas de polémiquer, mais « d’avoir un dialogue de vérité et de sincérité » sur le sujet. Y compris sur la répartition des fonds du Fip : « Les règles sont faites pour évoluer et être contemporaines, s’il faut qu’on avance et qu’on reconsidère ces questions là, c’est autour d’une table qu’on pourra en parler« , précise le cinquième adjoint Steven Rey.

Foncier, sport, logement, inondations, et éclairage public

Pour « sensibiliser » les ministres, et leur présenter des projets sur lesquels l’aide du Pays pourrait être la bienvenue, le conseil municipal a organisé, après les discussions de la matinée, et comme le veut la pratique de ces conseils délocalisés, des visites de terrain. L’occasion de parler de besoin de rénovation d’infrastructures publiques, d’amélioration, comme la couverture du plateau sportif de Papareva, sur les hauteurs de la Mission et l’agrandissement de la maison de quartier toute proche ; de questions foncières, avec des échanges de terrains qui vont être étudiés entre le Pays, propriétaire du site de la station d’épuration de Fare ute, et la commune, propriétaire du foncier d’une partie de To’ata ; de rénovation urbaine du côté notamment de Vaininiore ; des conditions de logement, dans les lotissements de la ville, ainsi que des difficultés des jeunes habitants à se loger dans la capitale vu les prix ; de travaux de fond pour éviter les inondations, en améliorant l’écoulement de la Papeava et en construisant un nouveau « dalot » – un petit canal recouvert d’une dalle, le long de l’avenue du régent Paraita…

La sécurité publique semble aussi au centre des préoccupations de la commune, avec deux projets prioritaires abordés ce mercredi. D’abord la rénovation de l’éclairage public sur les axes majeurs et dans les quartiers, une nécessité pour la sécurité routière et la sécurité des usagers. Ce projet représente un coût pour la mise en place des câblages, qui devraient employer de nouvelles formes de luminosité (LED) mais aussi répondre à des exigences environnementales, en prenant par exemple en considération le vol des oiseaux migrateurs.  Un dossier dont le financement est aussi déjà obtenu et qui « suit son cours » et « avance par tranche » selon la mairie, qui assure avoir « toujours pu compter sur le soutien du gouvernement et de la Délégation pour le Développement des Communes (DDC) » sur ce sujet.

50 caméras en plus

En parallèle, la mairie de Papeete a présenté au gouvernement son projet de déployer son système de caméras de sécurité. 56 caméras ont déjà été déployées de 2012 à 2022 sur les principaux axes routiers, une partie de l’hypercentre et les voie d’entrées-sorties de la ville. Ces dernières ont permis de constater près de 600 faits (stationnement, vol, vandalisme, infraction routière…), lesquels ont alimentés les enquêtes judiciaires. La municipalité souhaite en installer 50 supplémentaires, comme l’explique Steven Rey, 5e adjoint au maire en charge de la sécurité publique et protection civile :

« Là on ambitionne sur les trois prochaines années, de porter ce nombre à 50. L’investissement sera conséquent, puisqu’on est sur plus de 260 millions. On projette également de rajouter là-dessus de l’intelligence artificielle. C’est assez novateur en Polynésie, ça se fait déjà ailleurs. 106 caméras, ça fera beaucoup à terme. Les humains qui seront placés devant n’auront pas forcément l’œil sur chaque caméra, mais les scénarios qu’on donnera permettront en tout cas de nous signaler, par exemple, un attroupement de plusieurs personnes en un lieu précis, une personne à terre, un feu rouge grillé… Ça fait partie des scénarios qu’on pourra mettre en place. Et nous projetons pour cela de renforcer aussi bien dans le centre, dans l’hypercentre, que de commencer à se déployer également à l’entrée des quartiers. »

Sur ce projet, la municipalité va avoir besoin de participation à l’investissement et de l’assistance du Pays. À l’aide d’une « motivation clairement exprimée, exposée et partagée » et de la mise en place d’un dossier recensant les zones identifiées, le montant du budget prévisionnel ou encore le calendrier, elle devrait être en mesure d’obtenir un arbitrages sur les opportunités et sur la répartition des prises en charge dans un délai d’instruction administratif de minimum six mois.

Une relocalisation de la caserne de Papeete demandée

Le sujet de la protection civile a aussi été abordé, avec le projet de réinstaller la caserne des pompiers à Mamao pour des raisons de mise en sécurité, avance Steven Rey : « On a besoin d’une nouvelle caserne. Actuellement, elle se trouve à proximité de la Papeava. C’est une zone inondable. C’est une zone qui est soumise également aux risques d’exclusion en cas de catastrophe majeure sur la zone de Fare Ute. Nous, on a besoin de sécuriser ces intervenants-là puisque c’est eux qui doivent intervenir en priorité pour mettre à l’abri les populations en cas de sinistre. On a déjà identifié une zone qui serait propice à l’installation d’une nouvelle caserne. Les bâtiments sont existants, elle nous permettrait de couvrir toute l’entrée Est de la ville et de rejoindre très vite le centre et l’hypercentre. Ce serait, cette zone-là, sur le site de l’ancien hôpital Mamao. Nous présenterons au gouvernement le projet que nous avons de réinstallation de notre caserne. »

La municipalité avait déjà abordé ce projet il y a un mois avec le ministre de l’équipement Jordy Chan, et a budgété en interne une enveloppe de 300 millions de Francs, correspondant à l’usage des trois niveaux du bâtiment ainsi que de la zone de parking comme espace où accueillir du matériel. Un projet qui est aussi selon la mairie en phase avec la mise en place de l’établissement public d’incendie et de secours, dans laquelle Papeete aurait un rôle de premier plan grâce à ses 66 pompiers (dont plus de 40% de pompiers professionnels). Le foncier de Mamao appartenant au Pays, Papeete a besoin à ce stade d’un accord de principe du gouvernement pour « organiser et planifier les choses« , et avancer vers une programmation budgétaire et le montage de dossiers.

Une caserne visitée par la délégation gouvernementale et municipale en fin de journée. Le tavana Rémy Brillant se dit ravi de voir que les ministres sont restés jusqu’à la fin pour écouter les diverses présentations. « Il y a eu de l’écoute, quelques réponses à nos questions », dit-il. Ce conseil des ministres délocalisé devrait surtout ouvrir la voie à des travaux entre services du gouvernement et de la mairie dans les prochains mois.

Maia Gallot et Charlie Réné

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Jt Vert 25/06/2026

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