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Calédonie : 1 200 salariés de l’Usine du Sud en chômage partiel, l’État prêt à s’investir

Au centre de tensions politiques et sociales depuis de long mois, l’usine de nickel de Goro, que le brésilien Vale a décidé de revendre, a placé la quasi-totalité de son personnel en chômage partiel. Dans le même temps, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu fait un pas vers une sortie de crise en évoquant la possibilité d’une prise de participation de l’État à son capital.

« C’était dans l’air », écrivent les Nouvelles Calédoniennes dans leur édition de mardi. Après plusieurs mois de débats, d’affrontements, et de blocages, le comité d’entreprise de Vale Nouvelle-Calédonie a voté le chômage partiel de quelque 1 200 salariés. L’entreprise, filiale d’un géant brésilien de la mine, exploite depuis une dizaine d’années le complexe minier et métallurgique de Goro. Un complexe dont la mise en vente, fin 2019, a déclenché des inquiétudes et des tensions, dans un pays où le nickel représente 20% de l’emploi privé et où les oppositions sont aussi vives sur la politique minière que sur l’avenir institutionnel. Des tensions qui se sont muées en manifestations et en épisodes de violences quand Vale est entré en négociation exclusive, puis a signé une promesse de vente, avec un consortium composé d’investisseurs calédoniens et de la multinationale suisse Trafigura. Un repreneur qui ne présenterait pas suffisamment de garanties environnementales et sociales, expliquent les opposants au projet qui ont multiplié les manifestations et les blocages, en marge desquels des dégradations ont été commises sur le site de l’usine, à l’arrêt complet depuis le 10 décembre. Ils sont soutenus par les autorités coutumières locales, mais surtout par les indépendantistes du FLNKS, qui demandent un plan de reprise plus orienté vers la participation publique, et plus conforme à sa « doctrine nickel« . Malgré tout, Vale soutenu dans son projet par la majorité loyaliste et par la province Sud, semble toutefois décidé à aller au bout de la vente, qui pourrait être définitive au 12 février.

Participation à condition

Dans ce climat tendu, l’annonce de la mesure de chômage partiel, une possibilité offerte par le plan de sauvegarde de l’économie activé par Nouméa dans le cadre de la crise Covid, n’est pas une surprise. Une semaine auparavant, la SLN, principale société minière du pays, avait déjà évoqué une possibilité de chômage partiel au centre minier de Kouaoua, sur la côte Est, lui aussi touché par les blocages. C’est dans ce contexte que Sébastien Lecornu a une nouvelle fois appelé, depuis Paris, à la discussion. Le ministre des Outre-mer a dénoncé les pressions des indépendantistes sur les industriels et leurs salariés, mais s’est tout de même dit prêt à discuter d’ « une implication plus forte de l’État dans l’usine du Sud ». Une possibilité mise sur la table par les indépendantistes pour faciliter la transition d’actionnariat et permettre des négociations sur le plus long terme.  Pour autant « la nationalisation de l’usine n’est pas la solution »  a insisté le ministre, qui a aussi posé des conditions à cette participation : « les leaders indépendantistes doivent revenir à la table des négociations: je ne peux pas discuter avec une chaise vide », dit-il. Avant d’ajouter : « la deuxième condition est qu’une nouvelle implication de l’État sera liée à l’avenir institutionnel. Si la Nouvelle-Calédonie devient indépendante, la France se désengagera de l’usine du Sud. La proposition que je fais devra donc être assortie d’une clause résolutoire en ce sens ».

 


Une dernière « main tendue »

Le débat semble donc s’ouvrir un peu. D’autant que dimanche soir, Sonia Backès a elle aussi fait un pas en direction des indépendantistes. Principale figure du camp loyaliste depuis les élections de 2019, la présidente de la Province Sud, élue sur une ligne dure à l’égard du FLNKS, a déclaré sur le plateau de NC la 1ère avoir proposé aux indépendantistes une montée de l’actionnariat calédonien à haute de 51% dans le projet de reprise de l’usine, avec notamment une plus grande implication des trois provinces. Ce qui ferait baisser les parts de Trafigura en dessous de 20 %. Reste à savoir si et comment cette proposition peut s’articuler avec celle de Paris. « Nous voulons tendre une dernière fois la main, ajoutait Sébastien Lecornu dans sa vidéo aux Calédoniens. Dans l’hypothèse où elle serait refusée, l’Etat prendra ses responsabilités et ceux qui cherchent à faire échouer l’offre devront prendre les leurs ». Le ministre des Outre-mer, qui avait fait un long déplacement sur le Caillou – débuté par une quatorzaine de 15 jours – en octobre, a au passage promis un « document écrit et complet qui recense l’intégralité des questions posées par le oui et par le non » et a invité les partis à y réagir.

 

 

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