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Nouvelle-Calédonie : la reprise de l’usine de Goro est signée, les tensions perdurent

La filiale calédonienne de Vale a annoncé la signature d’un accord de reprise de l’usine de Goro par un consortium comprenant notamment la société suisse Trafigura. Un accord qualifié de « ferme » malgré les manifestations et blocages organisés depuis plusieurs semaines, et qui se sont mués en violences ces derniers jours. 

L’industriel brésilien Vale avait annoncé fin 2019 son intention de vendre sa participation majoritaire dans le complexe minier et métallurgique de Goro, qu’il exploite depuis 2011 dans le sud de la Nouvelle-Calédonie. Un départ qui avait soulevé beaucoup de craintes sociales, « l’usine du sud » représentant plus de 3 000 emplois, mais aussi animé un débat politique autour de la valorisation des ressources minières du Caillou. Un collectif, baptisé « Usine du sud = usine Pays », soutenu par certaines instances coutumières et par le mouvement indépendantiste Kanak, mène depuis plusieurs semaines des actions (manifestations, blocages de routes et d’infrastructures) pour mettre la pression sur les négociations menées par Vale. Ce qui n’a pas empêché l’industriel brésilien d’entrer, il y a un mois, en pourparlers exclusifs avec un consortium.

Il réunit des investisseurs calédoniens (salariés de l’usine, institutions et investisseurs privés) et internationaux dont fait notamment partie le suisse Trafigura, géant du courtage de matières premières et leader mondial du marché du nickel pour les batteries. C’est ce consortium, rassemblé dans une société baptisée Prony Ressources, qui a signé, ce mercredi à Nouméa, un accord de reprise de la filiale calédonienne, dans des conditions financières encore très floues. L’accord doit encore être validé par plusieurs instances, dont le comité d’établissement de l’usine du Sud et certaines institutions. La vente ne devrait être définitive qu’au cours du premier trimestre 2021.

La gendarmerie a déployé de véhicules blindés pour assurer la circulation sur certains axes. ©Gendarmerie nationale

Barrages, incendies et déploiements de forces de l’ordre

Beaucoup, en Calédonie, espèrent que cette annonce va mettre un terme aux tensions de ces derniers jours. Aux blocages d’axes routiers, recensés par nos confrères des Nouvelles Calédoniennes, s’ajoutent des feux de pneus ou de véhicules, des caillassages, et plus épisodiquement des affrontements avec les forces de l’ordre et des dégradations dans les zones bloquées. Une station essence a été incendiée la nuit dernière. Pour éviter tout accident industriel, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a déclenché hier un plan de sauvegarde de l’usine du Sud. Pour assurer le maintien de l’ordre, des gendarmes fraichement arrivés sur le Caillou ont été autorisés à rompre leur quarantaine. Une décision qui a été vivement dénoncée par les autorités coutumières dans ce pays jusque là épargné par le Covid.

Malgré les appels au calme répétés par le gouvernement, le haussariat ou le Sénat coutumier, beaucoup de discours, sur les réseaux sociaux résonnent comme un appel à « l’action » plutôt qu’à l’apaisement. Y compris du côté loyaliste : l’ancien président du gouvernement Harold Martin a par exemple appelé les habitants de la Province Sud à « ne pas se laisser faire », à « réagir » aux blocages et à ce qu’ils considèrent comme une agression « venue de la province Nord ». Ainsi, après les drapeaux Kanaky, ce sont des drapeaux tricolores qui ont été aperçus, aujourd’hui, sur certains barrages. Des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux montrent même des militants armés de fusils. Raison pour laquelle le Haut-commissariat a « interdit le port et le transport d’armes » dans les jours à venir. Une situation qui rappelle à beaucoup de Calédoniens les sombres heures des « évènements », dans les années 80. Dernière réaction en date à cette situation jugée « insurrectionnelle » par certains commentateurs, celle de Jean Castex, ce mardi, devant l’Assemblée nationale. Le premier ministre a condamné « fermement » les violences de ces derniers jours et souligné que« la priorité absolue» de l’État était de «sauvegarder les 3 000 emplois» de l’usine.


Le communiqué sur l’accord de reprise de l’usine :

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