ACTUS LOCALES 47 millions, « pas si élevé que ça » ? L’échec de Hello Covoit’ fait bouillir l’assemblée Charlie Réné 2026-06-25 25 Juin 2026 Charlie Réné Alors que Hello Scoot’ est en passe d’être enterré, Nuihau Laurey a interpellé, à Tarahoi, sur les aides accordées en 2024 à la société pour développer un autre projet, Wigo, devenu Hello Covoit’. La plateforme, toujours existante mais désertée, avait bénéficié 47 millions de francs au terme d’un appel à projets pour le développement du covoiturage à Tahiti. Une somme jugée « excessive » par l’opposition, qui plus est au regard des résultats, mais que le ministre des Grands Travaux ne juge « pas si élevée que ça » en comparaison à d’autres soutiens sectoriels du Pays. De quoi faire monter le ton jusqu’à la suspension de séance, Édouard Fritch dénonçant la légèreté de l’exécutif, Jordy Chan le renvoyant à l’achat inutile du motu Anuanuraro et Nuihau Laurey demandant une commission d’enquête sur Hello Covoit’. Fin 2024, à l’assemblée, Nuihau Laurey avait interpellé le ministre des Grands Travaux Jordy Chan sur le soutien à Wigo. Cette plateforme développée, par le fondateur d’Hello Scoot Arthur Ceccaldi avec des associés calédoniens, avait été, quelques mois plus tôt, lauréate d’un appel à projet sur le développement du covoiturage à Tahiti. Le représentant A here ia Porinetia s’interrogeait déjà, à l’époque, sur les sommes publiques investies dans ce projet : 47 millions de francs « versés à Hello Scoot' » d’après le Pays, pour développer l’application, la promouvoir et aider les premiers utilisateurs, crédités par la collectivité de 500 francs sur leur compte pour payer leurs premiers trajets de covoiturage. « J’avais exprimé mon scepticisme, et le ministre m’avait répondu par son optimisme », rappelle Nuihau Laurey, qui a réitéré sa question, ce jeudi, à l’occasion de l’étude du compte administratif 2025 du Pays. Mais cette fois dans un tout autre contexte : le fondateur d’Hello Scoot’ Arthur Ceccaldi a annoncé la semaine dernière qu’il jetait l’éponge, pour cause de contentieux judiciaire coûteux avec un loueur de voiture, et de vols et dégradations répétés sur les scooters en libre service. Aucune précision sur le devenir de Wigo, qui s’était déjà mué plusieurs mois auparavant en Hello Covoit’, et dont l’application reste en ligne, mais avec une activité qui semble au point mort. Sollicité, l’entrepreneur n’a pour l’instant pas apporté de précision sur le devenir de cette activité. Pour l’ancien vice-président, pas de doute, il s’agit d’une fin de parcours et d’un échec cuisant pour le gouvernement financeur. À Jordy Chan, il demande donc de nouvelles précisions sur l’argent public « total » consacré dans ce projet – une somme quoiqu’il arrive « excessive » au regard du résultat, précise-t-il -, sur les aires de covoiturage que le Pays devait aménager, et sur les enseignements qui ont été tirés sur le covoiturage en général. Surtout, le représentant interroge sur d’éventuelles dispositions de la convention entre la collectivité et Hello Scoot’ qui permettraient « le remboursement des aides accordées en cas d’échec ou de cessation de l’activité ». « Quand on compare à d’autres subventions qui sont versées par le Pays… » Nuihau Laurey n’aura le droit à des réponses que sur une partie de ses questions. Le ton n’est pourtant pas monté haut tout de suite. Jordy Chan a pris le temps de rappeler les objectifs de ce soutien – « le développement d’un modèle inexistant et jamais testé en Polynésie, celui du covoiturage sur des courts trajets » -, de préciser qu’une étude sur le développement du covoiturage a bien été menée – elle révèle qu’un modèle sans subvention ne serait quoiqu’il arrive « pas viable » à Tahiti -, ou d’expliquer que la convention fixait bien des objectifs chiffrés. Des objectifs qui n’ont « pas tous été atteints », reconnait le ministre des Grands Travaux et des Transport. Sur les 25 000 téléchargements prévus, l’ex-Wigo n’en a vu que 15 000, sur les 8% de « conversion » – des téléchargements qui aboutissent à des paiements – l’application n’en a compté que 2,5%, sur les 1200 utilisateurs actifs, il n’y en a eu que 711. Le membre du gouvernement précise que les engagements de l’opérateur a organiser des « évènements » et challenges pour promouvoir le covoiturage, notamment dans des grosses structures comme le CHPF, la commune de Papeete ou certaines entreprises privées, ont bien été remplis. Mais son apparente légèreté sur les implications financières de l’échec a fait bondir certains membres de l’assemblée. « 47 millions de francs. Est-ce que cette somme est élevée ? Moi je ne pense pas qu’elle soit si élevée que ça, a calmement expliqué le ministre. Quand on compare à d’autres subventions qui sont versées par le Pays dans d’autres domaines, ou des défiscalisations, ou d’autres formes d’aides publiques versées dans beaucoup de secteurs, elle n’est pas si élevée que ça ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/HELLO-COVOIT-Jordy.wav « Je ne sais pas si vous le savez mais dans la vie réelle, 47 millions, c’est beaucoup d’argent » Un commentaire immédiatement pointé du doigt par Édouard Fritch, déjà échaudé par d’autres « discussions de café » de la vice-présidente sur ses politiques sociales ou par des aménagements du Pays qui gênent le projet de centre-ville de Pirae. Nuihau Laurey, lui se dit « choqué ». « Je ne sais pas si vous le savez mais dans la vie réelle, 47 millions, c’est beaucoup d’argent », lance-t-il, balayant les comparaisons avec la défiscalisation, qui soutient des « grands projets d’investissements » qui aboutissent à la création de « centaines d’emplois ». Et reprochant au ministre de ne pas être plus décontenancé par un cet argent public « mal dépensé » pour une « petite entreprise » qui annonce sa fermeture « par voie de réseaux sociaux ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/HELLO-COVOIT-2.wav L’ancien vice-président et sénateur, qui avait participé à la mission d’information présidée par Tematai le Gayic sur les aides publiques, en vient même à demander, cette fois, une commission d’enquête de l’assemblée, interpellant le président Tony Géros sur le sujet. L’idée n’a pas pu être débattue. Après une intervention d’Hinamoeura Morgant-Cross notant que l’application de Hello Scoot’ est une « coquille vide » depuis longtemps, le ministre dans sa réponse, commence par tacler Édouard Fritch sur « l’achat d’un fameux motu qui s’appelle Anuanuraro ». Un motu racheté en 2002 pour 850 millions à Robert Wan, dans des conditions qui avaient beaucoup interpellé, par le gouvernement de Gaston Flosse dont le leader du Tapura faisait partie, et qui « ne sert toujours à rien ». Assez pour faire sortir le chef de file autonomiste de ses gonds, avec le soutien de certains membres de son groupe, jusqu’à obliger Tony Géros à suspendre la séance. À la reprise, la page est tournée dans l’étude des comptes administratifs. Mais certains élus disent ne pas avoir fini sur le sujet du covoiturage.