ACTUS LOCALESCOMMUNES

Chantier du PK26 à Paea : après le retrait du permis, la priorité est de « sécuriser »

© Massacre du fenua à Paea/FB

Après huit mois de « bruit infernal » et de mobilisation sur les réseaux, les habitants de la servitude Dexter 3, au PK26 de Paea, crient victoire. Le Pays s’apprête à déclarer caduc le permis de terrasser sur lequel s’appuyaient les travaux et extractions réalisés au fond de cette servitude résidentielle, et qui ont largement dépassé le cadre prévu. L’entrepreneur, qui entend toujours construire une route d’accès à des terrains agricoles, pourrait régulariser son chantier en déposant de nouvelles demandes. Mais il devra probablement commander une étude d’impact, et doit avant tout faire venir des experts pour s’assurer que les travaux lancés n’engendrent aucun risque pour les riverains en cette saison des pluies. Le voisinage qui n’a pas l’intention d’accepter d’autres travaux, prévoit déjà une action en justice à l’encontre du propriétaire.

Après huit mois de bataille sur les réseaux sociaux, les riverains du PK26 crient victoire : « le permis de construire est annulé pour fraude », a annoncé en cette fin de semaine le groupe animé, entre autres, par Tim McKenna. Depuis mars, ce collectif, rassemblé sur la page « Un massacre du fenua à Paea », dénonçait des travaux au « bruit infernal » présentés comme un « simple aménagement de chemin pour un fa’a’apu », mais qui semblait largement dépasser ce cadre. Les riverains subissaient des marteaux-piqueurs, dépassant les 100 décibels au cœur d’une servitude résidentielle, et des passages incessant de camions pour évacuer un volume de terre bien supérieur aux autorisations. Au-delà du bruit, depuis le drame d’Afaahiti, il y a dix jours, le collectif alertait aussi sur « un risque déboulement avec les pluies », et soutenaient que le chantier relevait en réalité d’une extraction commerciale illégale.

Dès fin octobre, le groupe, appuyé par la Fédération Tāhei ’Auti ia Mo’orea et le bureau d’études Vetea, affirmait disposer de preuves d’une « sous-évaluation flagrante » des volumes autorisés dans le permis. Après de multiples posts sur les réseaux, les riverains ont expliqué avoir appris, lors d’une réunion à la mairie de Paea, que le chantier allait être suspendu.

Le permis d’aménagement va être déclaré caduc

Une réunion au cours de laquelle la direction de la Construction et de l’aménagement (DCA) a effectivement annoncé aux riverains que le permis d’aménagement (titre officiel des autorisations de terrassement depuis 2021) qui avait été obtenu pour la création de cette route d’accès agricole allait être déclaré caduc. Une possibilité prévue par la réglementation lorsque les déclarations ou les documents fournis par le demandeur du permis s’avèrent faux ou en décalage avec la réalité des travaux menés. Convoqué en novembre par la DCA, le propriétaire de la parcelle en question n’avait pas été en mesure de fournir des pièces justificatives pour expliquer les différences « importantes » – mais pas précisément quantifiées – de volume de matériaux dégagés sur son chantier et les constats effectués par les riverains puis les autorités. Il avait alors été informé qu’il risquait une annulation de son permis de terrassement, ainsi que de l’arrêté d’autorisation d’extraction qui y était lié. Des procédures que l’entrepreneur ne semble pas, d’après l’administration, vouloir contester même si elles ne devraient être formalisées que d’ici quelques jours.

Les riverais ajoutent sur les réseaux que des relevés « constatés grâce au drone à technologie Lidar » auraient mis en évidence « une extraction illégale de près de 7000 m³ », bien au-delà des 1 808 m³ autorisés, selon le communiqué du maire de la commune datant du sept octobre. « Le permis n’aurait jamais dû être accepté sous cette forme », écrit le collectif, évoquant des erreurs « souvent dues à des sous-effectifs ou moyens de contrôle technique limités des services ».

Pour la DCA, l’urgence est de « sécuriser le talus » et les habitations alentours.

Et maintenant ? Pour la DCA, l’urgence est de « sécuriser le talus » et les habitations alentours. La direction a donc enjoint le propriétaire de faire venir un ingénieur géotechnicien pour déterminer les mesures à prendre pour éviter tout éboulement et pour gérer au mieux les eaux pluviales, qui peuvent être à l’origine de mouvements de terrain. Le propriétaire se serait engagé, d’après le pays, à faire venir cet expert dès la semaine prochaine. L’administration, qui a demandé à être mise en copie de son rapport, pourrait ensuite être amenée à vérifier que ses recommandations sont respectées.

En parallèle, l’entrepreneur, qui avec la chute de son permis d’aménagement et de son autorisation d’extraire, est dans une situation de travaux illégaux, peut déposer des demandes de régularisation, comprenant cette fois une estimation « moins approximative » des travaux réalisés et qui restent à effectuer. Ce qui devrait impliquer de nouvelles études techniques mais aussi la commande d’une étude d’impact sur l’environnement… Des études qui listent toutes les nuisances potentielles pour la nature, mais aussi pour les riverains, y compris les nuisances sonores, qui avaient été à l’origine de la constitution du collectif.

Du côté de la DCA, service qui dépend du ministère du Logement et du Foncier, on rappelle que les administrés peuvent la saisir directement pour des signalements, enclenchant, lorsque c’est nécessaire, une enquête de terrain pour vérifier la bonne application des permis de construire. Le collectif, en l’occurrence, s’était d’abord exprimé sur les réseaux sociaux, avait saisi la mairie, et le seul signalement reçu était arrivé dans un autre ministère.

« On a gagné une bataille, mais il n’est pas dit qu’il ne revienne pas avec de nouveaux permis »

Pour le collectif, l’annulation du permis ne marque qu’une étape. « La bataille n’est pas finie, on va aller au tribunal, parce que le propriétaire peut redemander un permis dans six ou huit mois, indique Tim Mckenna, l’un des administrateurs. Donc en fait il n’y a aucune sanction contre le propriétaire ou les entreprises de terrassement. S’il n’y a pas de sanction, ils peuvent continuer. » Pour lui, et les « centaines de personnes qui soutiennent » seule une condamnation en justice pourrait apporter des garanties, ce que « nos avocats sont en train de regarder », assure le photographe.

Toujours assuré que des personnes, comme l’agent instructeurs, « sont de mèches » avec le propriétaire du terrain ou « peut-être juste pas très honnêtes », Tim Mckenna rappelle qu’« ont est pas au Far West, les lois c’est pour tout le monde ». Il estime aussi que la décision des autorités d’agir s’est jouée dans un contexte particulier : « Je suis pratiquement sûr que la tragédie d’Afaahiti a joué en notre faveur, et peut-être aussi les élections qui arrivent. Sans ces éléments, peut-être que notre dossier serait resté lettre morte. »

« Il y a vraiment deux à quatre maisons qui seront à risque »

Sur place, l’inquiétude reste vive. « Il y a vraiment deux à quatre maisons qui seront à risque », explique l’administrateur du collectif de riverains. La dangerosité du site, accentuée par les pluies, impose désormais des mesures « d’urgences ». « Le bureau en charge des travaux publics va venir analyser le chantier et prendre des mesures pour stabiliser, précise Tim Mckenna. À l’heure actuelle, il y a des rochers qui peuvent tomber sur la maison de ma voisine à n’importe quel moment. Avec les pluies, on a vu une nouvelle petite cascade qui s’est créée sur le chantier. Ils ont été obligés de faire quatre gros trous sur le côté de la servitude, où on peut mettre des voitures, pour évacuer l’eau et que la boue ne finisse pas sur la route ». D’après ce les préconisations du ministère de l’Aménagement du territoire, un engin devra rester sur place pendant toute la saison des pluies, « pour agir si jamais quelque chose se décroche », explique le collectif.

Article précedent

Les pompiers de Paea commandent un aéroglisseur pour intervenir dans le lagon

Article suivant

Budget, taxes, résolution sur les grands fonds... Séance sous tensions à Tarahoi

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Chantier du PK26 à Paea : après le retrait du permis, la priorité est de « sécuriser »