ACTUS LOCALESJUSTICE Cour d’assises : trois adolescents victime de leur « tonton » Pascal Bastianaggi 2025-10-20 20 Oct 2025 Pascal Bastianaggi Ukyo, le chien de l'assistance judiciaire, était présent ce matin en cour d'assises pour réconforter les victimes. Un quinquagénaire comparait depuis ce lundi pour des faits de viols et d’atteintes sexuelles sur mineurs, trois adolescents de sa propre famille, âgés entre 12 et 16 ans à l’époque des faits en 2022. Des faits et un procès qui auraient pu être évités, si l’accusé auteur d’un viol en 2013 sur sa belle-fille âgée de 12 ans à l’époque, ne s’en était pas sorti avec une peine de trois ans de prison. Tihoti* 52 ans, costaud et légèrement efféminé, est dans le box des accusés. On lui reproche d’avoir en 2022, violé et agressé sexuellement trois mineurs. Des faits dénoncés par l’une de ses victimes. Devant les gendarmes, un enfant âgé de 12 ans raconte qu’à plusieurs reprises son oncle a commis des attouchements sur sa personne et qu’il l’avait sodomisé au moins une fois. Quelques jours après, deux autres victimes âgés de 14 et 15 ans se manifestent aussi à la gendarmerie. L’un des deux dira que Tihoti lui a fait une fellation et que, tétanisé, il n’a rien pu faire. Pour prouver ce qu’il avance il produit un enregistrement fait à l’insu de l’accusé. Placé en garde à vue puis déféré devant le juge d’instruction, Tihoti reconnaît les faits de viols sur les deux premières victimes et une tentative sur la troisième. Il avoue être attiré par les jeunes filles et les garçons de moins de 20 ans. Des pulsions sexuelles auxquelles il a du mal à résister quand il a bu. À noter que ses victimes sont toutes de sa famille élargie. Elles l’appelaient « tonton Tihoti. » « En 1980 ce n’était pas la civilisation comme aujourd’hui » Du box des accusés, c’est d’une voix douce et avec des gestes mesurés, qu’il revient sur son enfance. Il raconte qu’il est issu d’une fratrie de onze enfants et que son père était un tyran domestique qui battait sa mère. Il confie qu’il a subi des viols de la part d’un voisin quand il avait 14 ans mais qu’il n’en avait rien dit. À la juge qui s’en étonne il explique, « je n’avais personne vers qui me tourner. En 1980 ce n’était pas la civilisation comme aujourd’hui. » À la suite des viols, il décide de quitter le foyer familial et son île pour Tahiti. S’ensuit une période d’errance « avec des copains et des copines ». Une période durant laquelle il se féminise et se livre à la prostitution. Reprenant sa vie en main, il apprend l’artisanat et travaille dans des hôtels. Puis il retourne dans son île. Là-bas, pour faire « plaisir à ma mère » il se marie. Sa femme a une fille d’un premier lit. Ensemble ils auront des jumeaux. « Moi, je ne savais même pas que j’étais enceinte » En 2013, il écopera de trois ans de prison pour « agression sexuelle » alors qu’il a violé sa belle-fille âgée de 12 ans. De ce viol naîtra un enfant. La présidente de la cour d’assises semble tomber des nues à l’évocation du dossier. Et surtout de la peine prononcée. Il faut dire qu’à cette époque, de nombreux viols étaient requalifiés en agressions sexuelles et n’étaient pas forcément traités en cour d’assises. Aujourd’hui âgée d’une vingtaine d’années, la jeune femme explique qu’elle a grandi avec l’accusé, qu’au début il s’occupait bien d’elle, mais qu’il l’avait touchée. Éludant le viol qu’elle a subi, elle explique ne pas vouloir parler des faits. Elle essuie des larmes, puis parle de son enfant. « C’est l’assistante sociale de l’école qui a vu que j’avais grossi. Moi, je ne savais même pas que j’étais enceinte. » Elle était enceinte de cinq mois. À la naissance, elle ne va pas bien, elle sort le soir, elle fait tout pour ne pas rester à la maison. Quant à l’enfant, « je le prenais pour mon petit frère, c’était dur de le voir comme mon fils. » Interrogée sur les faits récents, elle assure être étonnée « que ce soit sur des garçons. J’arrive pas à croire. » « Il m’a dit qu’on lui a tendu un piège » Un étonnement partagé par sa mère qui avoue qu’au début, elle avait eu du mal à croire que son mari avait agressé des garçons. « Je sais pas trop, il m’a dit qu’on lui a tendu un piège. » Interrogée sur le fait qu’elle continue à le visiter en prison, « pourtant il a violé ta fille et des garçons », elle assure : « je l’aime. » Est-ce qu’elle a eu peur pour ses jumeaux ? « Il a jamais fait ça aux jumeaux » puis, le doute s’immisce : « Je pense pas, j’ai rien vu. » Elle se rassure, « non, j’étais présente le soir et les week-ends. » Le médecin qui a examiné le premier garçon explique à la barre n’avoir pas relevé de lésions traumatiques anales. Pour autant, « c’est compatible avec ce que dit l’enfant car la pénétration ne laisse pas forcément de traces et s’il y eu des lésions celles-ci disparaissent au bout de quelques semaines. » Le jeune homme se présente à la barre, accompagné de la représentante de l’Apaj et du premier chien d’assistance judiciaire en outre-mer, Ukyo. Il maintient ses accusations, explique ce qu’il avait ressenti à l’époque et précise, « je veux qu’on en finisse. » L’accusé reconnait les faits : « c’est vrai, je l’ai mis en danger. » « J’étais bloqué, choqué et en même temps en colère » La deuxième victime, celui qui a enregistré Tihoti à son insu, est appelée à son tour. Il explique que l’accusé l’avait entrainé dans sa salle de bains, puis baissé son short et pratiqué une fellation. « J’étais bloqué, choqué et en même temps en colère. » Le soir même avec son copain, lui aussi victime mais pas encore déclaré comme tel, il met au point « le piège » : « Je voulais avoir plus de preuves pour les gendarmes, peut-être ils ne m’auraient pas cru. » Il donne donc rendez-vous à Tihoti dans un chemin qui mène à la plage. Sur l’enregistrement, on entend l’accusé dire précisément au garçon ce qu’il a l’intention de lui faire. Là aussi, Tihoti reconnait les faits. « C’est vrai ce qu’il dit, il n’était pas consentant. » Les débats se poursuivront demain et le procès se clôturera mercredi avec le verdict. *prénom d’emprunt