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CPS : « Il faut stopper l’hémorragie » insiste Jean-François Benhamza

Un besoin de réforme et de baisse des dépenses connu depuis des années, mais que la crise Covid a rendu « urgent ». Voilà l’état de la CPS, dont Jean-François Benhamza vient de prendre les rênes du conseil d’administration. Le représentant du Medef veut rester optimiste : la réflexion sur une réforme structurelle a déjà bien avancé, et les « planètes s’alignent » pour que les discussions aboutissent à du concret.

« Impliquer tout le monde dans les discussions », « être une force de proposition ». Voilà les objectifs de Jean-François Benhamza, qui vient de remplacer Patrick Galenon à la tête du conseil d’administration de la CPS. Administrateur de la caisse depuis cinq ans au nom du Medef, il prend ses fonctions dans un contexte particulièrement sensible pour la Caisse de prévoyance sociale et pour le régime des salariés (RGS) en particulier. La crise Covid, en supprimant des emplois, même précaires, a fait s’effondrer les cotisations. Rien n’indique que ces recettes vont se reconstruire rapidement : « Les entreprises, pour l’instant, bénéficient encore des aides, on ne sait pas comment ça va se passer quand ça ne sera plus le cas », rappelle le président. Dans le même temps, la hausse constante des dépenses de santé, d’environ 4% par an, et qui fragilisait déjà considérablement les comptes du RGS avant la crise, n’a pas été stoppée. « Aujourd’hui, on perd environ 550 millions de francs par mois », résume Jean-François Benhamza. 

La trésorerie, elle, n’est plus aussi confortable qu’elle a pu l’être par le passé. La caisse ne « tiendra pas plus loin que la fin de l’année » sans de nouvelles liquidités. Pour éviter une rupture de paiements, un PGE de 7 milliards de francs, qui complétera les 9,6 milliards déjà empruntés courant 2020, via le Pays, à l’État, est en préparation. « Mais à ce rythme-là, on ne tiendra pas très longtemps, reprend le responsable. Il faut qu’on arrive au plus vite à stopper l’hémorragie ».

Rééquilibrer les comptes sociaux, le vœu n’est pas neuf. « Les besoins de changements structurels, ça fait longtemps qu’on en est conscients, reconnaît le représentant du syndicat des industriels au Cesec. Mais on a longtemps considéré qu’on avait le temps ». Ce n’est désormais plus le cas : « il faut arrêter de se cacher derrière le petit doigt, on se retrousse les manches et on trouve des solutions ». « L’urgence de la situation » pousse plus que jamais à une « action profonde ».

Limiter les dépenses, oui, augmenter les cotisations, non

Le président du conseil d’administration se veut optimiste : « le travail est déjà bien avancé » et « les planètes s’alignent » pour passer à l’action explique-t-il. Il salue notamment la « volonté claire » de réforme affiché par le Pays, notamment au travers de son ministre des Finances et ancien directeur de la CPS, Yvonnick Raffin. Et le travail « énorme » déjà effectué par la « Task Force » constituée en novembre sur la réforme de la protection sociale généralisée (PSG). Un organe qui ne fait l’objet que de très peu de publicité, et auquel participe, outre les représentants de la Santé, des Finances, de l’Arass, et un certain nombre de « personnalités qualifiées », la direction de la CPS. « On est partie prenante de ces réflexions, et on veut être force de proposition », reprend le président du conseil d’administration, qui n’aura qu’un rôle consultatif dans la réforme de la PSG. Il explique, sans les détailler, que les « contours » de ce chantier se dessinent déjà, et devraient être présentés d’ici la fin de l’année. D’ici là, le rapport final du comité d’orientation sur les retraites (Cosr), désormais présidé par Thierry Mosser sera normalement sur la table. « Tout sera sur la table pour avancer ».

Si « rien est exclu » des discussions sur le redressement des comptes sociaux, le représentant du Medef en écarte tout de même une : l’augmentation des cotisations. « Ça ne me parait pas raisonnable pour l’instant » dit-il, interpellant sur « l’état des entreprises ». « Il faut trouver d’autres solutions », insiste-t-il. La réorganisation par branche en est une qui semble se profiler. « Limiter les dépenses au maximum », est aussi, d’après lui, un « passage obligé ».

Là encore, un vœu largement partagé, mais souvent conflictuel dans les faits. Faudra-t-il limiter les remboursements ? Revoir à la baisse les ambitions de l’hôpital public ou être plus strict sur les parcours de soins dans le privé ? S’attaquer aux coûts de gestion et donc au poids de la structure CPS elle-même ? Aucune orientation, affichée du moins, pour le président du conseil d’administration paritaire. Dans un domaine où les conflits et les grèves sont réguliers, le risque de montée de tensions est « évident ». « Mais ne rien faire, c’est le plus gros risque que l’on puisse prendre », appuie le cofondateur du cluster du numérique, Open, et de l’association des professionnels de l’audiovisuel, persuadé que « tout le monde, autour de la table, a compris la situation dans laquelle nous sommes ».

Revalorisation des libéraux : « il faut trouver une solution« 

Reste que des tensions sont déjà à gérer. Par exemple avec les médecins libéraux qui dénoncent un « manque de reconnaissance » depuis des années, et demandent la mise en place d’une nouvelle convention collective. Jean-François Benhamza les a rencontrés cette semaine pour les assurer de sa volonté de dialoguer. « Aux yeux des médecins, on est assis en haut d’une tour d’ivoire », note-t-il, reconnaissant des « incompréhensions des deux côtés ». « La vraie difficulté, c’est que les professionnels de santé n’ont pas été revalorisés depuis des années, pointe-t-il. C’est un problème pour eux, puisque depuis 10 ans le coût de la vie augmente et pas leur revenu. Et pour nous parce qu’on a pas les moyens de les augmenter ». Une hausse de 300 francs du tarif des consultations médicales se chiffrerait ainsi, par exemple, à environ 250 millions. « On ne peut pas dire ‘on ne peut pas’, explique-t-il. Il faut se mettre autour de la table et on va essayer de trouver des solutions ensemble ».

Autre sujet qui attend le nouveau président du conseil d’administration : la défense des intérêts de la CPS dans le dossier du nucléaire. Son prédécesseur, Patrick Galenon, avait fait du remboursement par l’État des dépenses liées aux maladies radio-induites – qu’il estimait à 80 milliards depuis 1992 – une priorité. La question sera bien sûr évoquée lors de la « table ronde de haut niveau » qui doit avoir lieu fin juin à Paris. « Un représentant de la CPS sera présent », confirme Jean-François Benhamza. Reste à savoir si ce sera son président.

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2 Commentaires

  1. vessiere sarah
    21 mai 2021 à 8h01 — Répondre

    si on commençait par supprimer la « carence » pour l’employeur , et qu’on mette en place la carence pour les employés comme en métropole on limiterai peut être les abus des AM et donc moins de dépenses pour la cps!!!

  2. LE VAILLANT
    21 mai 2021 à 14h30 — Répondre

    J’ai plein d’idée pour faire des économies à la CPS !! J’ai même écrit un livre sur la façon dont on nous traite quand on tombe malade ( en plus suite à une erreur médicale ) !! https://fr.calameo.com/read/006158142d7256b046c99 c’est le livre … bonne lecture !
    je ne manquerai pas de te faire envoyer le bouquin et j’espère que le CA fera bouger les choses ! je me suis même offert le luxe de les mettre au tribunal et de gagner mais çà m’a couté cher par la suite ( contrôle de la société x 2 , perso , non versements des dus et pleins d’autres ) .
    Un état dans l’état et les vaches à lait …. nous .. » on va augmenter les cotisations ! » ok , et on va réduire vos salaires , avantages et autres …… pas d’actualité ??? et si on mettait un COST KILLER en place là bas , çà c’est la solution !!!

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