ACTUS LOCALES Crise « pire qu’en 2008 » : Moetai Brotherson pas aussi inquiet que Steeve Hamblin Charlie Réné 2025-04-07 07 Avr 2025 Charlie Réné Le président du Medef avait expliqué sur Radio1 que la récession mondiale à venir, causée par la guerre commerciale lancée par Trump, allait balayer le tourisme et l’économie polynésienne, et que des « mesures préventives » devaient être prises de façon urgente. Le chef du gouvernement, sans nier le risque de crise, répond que le Pays a prévu des réserves pour « gérer l’imprévu », mais qu’il refuse le « catastrophisme » de Steeve Hamblin. Une crise « monumentale », « c’est sa marotte depuis un certain temps », note le président. Lire aussi : Après les « tariffs » de Trump, le Medef prévoit une crise « pire qu’en 2008« Tony Géros n’est pas le seul à avoir répondu à Steeve Hamblin ce weekend. Et il n’est pas le seul à ne pas partager les vues de l’entrepreneur. Si le président de l’assemblée a lu son courrier de réponse concernant le colloque sur la vie chère à la tribune du congrès Tavini, Moetai Brotherson a été plus discret concernant l’appel que lui a lancé le président du Medef sur les ondes de Radio1 jeudi. Et pourtant, le message avait de quoi inquiéter : Steeve Hamblin poussait un réel cri d’alarme sur la crise mondiale en préparation et qui « n’épargnera pas » la Polynésie. Le fondateur de la Business Maker Academy estime que la guerre commerciale lancée par Donald Trump et ses tarifs douaniers aboutiront inévitablement à une récession mondiale… Qui mettra elle-même le tourisme et l’activité polynésienne à genoux dans une crise « pire que celle de 2008 ». Pas de doute : la présidence, dont il a rencontré le chef de cabinet dès jeudi matin, doit prendre en urgence des mesures préventives. « Les choses vont se réguler d’elles-mêmes » Interrogé sur le sujet ce weekend, Moetai Brotherson expliquait n’avoir pas eu de contact avec le patron du Medef à propos de cette sortie qu’il cherche surtout à tempérer. « Je sais que c’est sa marotte depuis un certain temps. La première fois que je l’ai rencontré, il me parlait déjà de cette crise monumentale qui allait se profiler, explique-t-il. On est potentiellement dans une crise mais je pense que c’est un peu comme le corps humain, il y a une forme d’homéostasie qui s’opère au plan économique mondial… Les choses vont se réguler d’elles-mêmes. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/MOETAI-STEEVE-1.wav Ce discours de Steeve Hamblin sur une crise mondiale naissante n’est effectivement pas neuf : lui-même expliquait jeudi avoir prévenu le gouvernement « depuis au moins un an » sur le sujet. Il assure que « les indicateurs mondiaux » – et dans une certaine mesure, les indicateurs locaux, avec une baisse de fréquentation des touristes américains entre 2023 et 2024 – confirment, ces derniers mois, ce risque. D’où la demande de mesures de protection des entreprises et de l’emploi, pour éviter « des licenciements massifs », la mise en place de nouveaux amortisseurs sociaux pour soutenir la consommation, ou encore la création , là encore urgente, d’une cellule de crise, qui rassemblerait les institutions, les différents partis politiques, le secteur privé et les autres partenaires sociaux. 5 milliards pour gérer les « imprévus » Une cellule dont Moetai Brotherson ne voit pas vraiment l’intérêt. « Je vois trop de quoi on pourrait discuter parce que la plupart des sujets sont exogènes, note le chef du gouvernement. On l’a dit quand on a examiné le dernier collectif, et ça nous a d’ailleurs été reproché, on a mis 5 milliards de côté, justement au cas où il se passe des choses imprévues. On n’a pas voulu utiliser tout le disponible. Après, est-ce qu’il faut être encore plus prudent, catastrophiste… Ça n’est pas ma nature. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/MOETAI-STEEVE-2.wav Moetai Brotherson réfute au passage l’idée, elle aussi développée par Steeve Hamblin, selon laquelle le gouvernement « tape » sur les entreprises depuis le début de la mandature. Le patron du Medef dénonçait, entre autres, les dernières orientations fiscales, les coups de rabot sur la défiscalisation locale, le colloque sur la vie chère, côté assemblée, ou les contraintes imposées par la loi plastique, qui commence à s’appliquer en juillet, et impose de nouvelles interdictions progressives, notamment sur les emballages, jusqu’à 2028. Pas question de la suspendre, explique le chef du gouvernement : « Je crois en la capacité des entreprises à s’adapter, certains le font déjà très bien. »