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Daniel Margueron : de grands auteurs du Pacifique « mériteraient le prix Nobel »

Arrivé en Polynésie il y a 50 ans comme volontaire à l’aide technique, Daniel Margueron a longtemps été professeur et directeur du lycée Samuel Raapoto. Ce sont les lettres, sa grande passion, qu’il a enseignées pendant toutes ces années, s’intéressant de près à la production littéraire concernant la Polynésie et plus largement l’Océanie, constituant même l’une des plus belles bibliothèques privées sur le sujet avec presque 4 000 ouvrages. Il vient d’écrire Tahiti, une vie au fil de sa littérature (1975-2025), publié chez ‘Ura éditions, qu’il va présenter au Salon du livre ce weekend.

Une trentaine de nouveautés vont être présentées au Salon du livre qui s’ouvre jeudi et parmi elles, le dernier livre de Daniel Margueron, Tahiti, une vie au fil de sa littérature (1975-2025), publié chez ‘Ura éditions. Arrivé à Tahiti comme volontaire technique pour son service militaire en 1975, il n’est plus jamais reparti. Cinquante ans maintenant que cet enseignant et ancien directeur du lycée Samuel Raapoto lit et achète tout ce qu’il trouve sur la Polynésie et l’Océanie, et qu’il partage sa passion pour la littérature avec ses élèves d’abord et aujourd’hui ses lecteurs. Au fil de ces années, il a même constitué une bibliothèque impressionnante de presque 4 000 ouvrages, et se livre à une analyse assez fine de la production littéraire polynésienne, que ce soit par des résidents, des gens de passage ou des autochtones. « Dès mes premières années d’enseignement ici, j’ai introduit dans mon enseignement des textes sur la Polynésie. Et quand je retrouve des anciens élèves, ils n’ont pas oublié, parce qu’il y avait très peu de profs, aucun peut-être, qui intégraient dans leur enseignement des textes sur la Polynésie. Et les élèves adoraient. Ils adoraient Pierre Loti, par exemple, un écrivain un peu contesté aujourd’hui. Et quand je revois des anciens élèves, ils me le rappellent, ils n’ont pas oublié que je leur avais un peu enseigné de la Polynésie à travers la littérature. Bien sûr, la littérature exotique, la littérature de voyage, forcément, à l’époque. »

Le développement de la littérature autochtone

Et puis Daniel Margueron assiste au développement de la littérature autochtone, l’arrivée des premiers livres publiés par des auteurs locaux, avec notamment la poésie de Henri Hiro qui n’était pas encore traduite en français à l’époque, le premier livre de Chantal Spitz, L’île des rêves écrasés, et aussi Vai de Rai Chaze et « l’oralitude » de Flora Devatine (sa collègue de l’enseignement et amie) qui invente son écriture à elle en s’inspirant de l’oralité de sa culture. Mais il a également élargi son horizon au Pacifique dont « la littérature est passionnante » : pour lui, de grands auteurs du Pacifique « mériteraient le prix Nobel ». « Mais là aussi, comme le disait le prix Nobel français Jean-Marie Gustave Le Clézio, le Pacifique est invisible. Encore en Europe, le Pacifique reste un continent maritime invisible. »

L’Océanie : une littérature identitaire et universelle

Beaucoup d’auteurs océaniens restent donc inconnus du grand public à l’international. Certains réussissent pourtant à se faire une place dans les librairies en France, notamment ceux qui sont publiés chez Au Vent des îles dont les ouvrages sont distribués dans l’Hexagone. Et c’est une chance pour les lecteurs, car la voix du Pacifique est comme toutes les littératures des autres pays « identitaire » et « universelle ». Pour Daniel Margueron, chaque auteur est un « ‘je’ qui interroge la place de l’individu dans la société et dans le monde ». Ici, c’est devant la colonisation, la décolonisation, puis cette culture « empêchée » que les histoires naissent. « On retrouve cette problématique de retrouver une culture avec une pluralité de mémoires. »

Dans Tahiti, une vie au fil de la littérature, Daniel Margueron raconte sa vie, toute entière marquée par ses lectures et s’interroge sur le voyage, la définition des sociétés, ces livres oubliés, les silences en littérature… C’est le huitième ouvrage qu’il signe, après d’autres écrits sur la littérature du Pacifique, un livre sur André Ropiteau et un autre sur Le Grand Meaulnes, un roman qui a déclenché son amour des lettres. L’ancien professeur et aujourd’hui auteur sera sur le stand de son éditeur toute la durée du salon et des rencontres sont également prévues avec le public.

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