ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT Déchets : Oscar Temaru appelle les autres tavana à s’inspirer de Mumuvai Charlie Réné 2025-03-10 10 Mar 2025 Charlie Réné Le tavana a réagi, ce lundi, aux plaintes d’administrés de Faa’a sur les défauts de collecte des poubelles ces dernières semaines. Des « problèmes techniques » liés à la flotte de camions, « en renouvellement » et limités à « certains quartiers », assure-t-il. Mais le leader indépendantiste a surtout profité de l’occasion, et du récent incendie au CET de Paihoro, pour justifier la politique déchets de sa commune, la seule des îles du Vent à ne pas avoir adhéré à Fenua Ma, à ne pas pratiquer le tri et à enfouir elle-même ses déchets, dans une décharge non autorisée. Malgré les décisions de justice et enquête en cours autour Mumuvai, Oscar Temaru appelle les autres tavana à s’inspirer de sa « méthode ». Lire aussi : Le feu de Paihoro et « l’absolue nécessité de développer un réseau de déchetteries » « Pas fair-play », les attaques contre la collecte des déchets à Faa’a. C’est en tout cas ce qu’en pense Oscar Temaru, réagissant aux reportages et témoignages qui faisaient état, la semaine dernière, dans les pages de Tahiti Infos, puis sur Polynésie la 1ere, d’encombrants, déchets verts et autres sacs-poubelle qui s’entassent sans être pris en charge sur les bords de route de la commune. Des difficultés « passagères », « exceptionnelles », et limitées à « certains quartiers », assure le premier édile, accompagné de son adjoint Robert Maker et de son Directeur général des Services Gilles Tarahu. L’électronique, le relief, les chauffeurs et les usagers Tous rappellent, comme l’avaient déjà écrit nos confrères, que la situation est liée à des pannes de certains des camions qui assurent la collecte. « Ce sont des problèmes techniques que nous connaissons avec la modernité : la plupart des camions sont à l’électronique, la mécanique, il en reste très peu, détaille Oscar Temaru, dont l’équipe avait aussi accusé il y a quelques jours, les chauffeurs de camion d’être peu consciencieux. Et il y a aussi le relief de la commune de Faa’a qui fait que nos camions montent avec des tonnes de déchets, et redescendent… ça use ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/OSCAR-1-collecte.wav La flotte serait en voie de « renouvellement », le retour à la normale se fera « rapidement », malgré les règles de marchés publics qui « ralentissement » la manoeuvre… En attendant, ce sont les usagers qui sont appelés à la responsabilité et à « davantage de civisme ». Moins chère, la « méthode » de Faa’a ? Mais le leader indépendantiste a surtout profiter de l’occasion pour appuyer la politique de Faa’a en matière de gestion des déchets. Une politique singulière, puisque la commune a toujours souhaité rester « indépendante et autonome » – sur ce sujet comme sur d’autres – et a donc toujours refusé d’adhérer au syndicat mixte Fenua Ma, qui rassemble toutes les autres communes des îles du Vent. Le récent incendie du Centre d’enfouissement technique (CET) de Paihoro où le syndicat envoie les ordures ménagères de l’équivalent de 200 000 personnes, sans compter les déchets non triés de centaine d’entreprises, fournit à l’élu matière à tacler cet équipement collectif. Et mettre en valeur sa propre solution d’enfouissement : la décharge de Mumuvai. « Paihoro, c’est de l’incompétence depuis le début, c’est pour ça que Faa’a n’a pas adhéré, insiste Oscar Temaru. Là bas, on amène les déchets comme ça, on enfouit. À Faa’a il y a 80% de terre et 20% de déchets qui sont compactés. Il n’y a pas de feu, pas d’incendie, parce qu’il y a une méthode, une façon de travailler. Et c’est ce que je propose aux communes moyennes, parce que c’est beaucoup moins cher : il y a plein de talwegs (vallon creusé par un cour d’eau dans un relief, ndr) ici à Tahiti ou aux îles Sous-le-Vent. On peut les travailler, et ça sera plus tard des terrains de golf ici à Faa’a ou des terrains de foot, ou autre chose (…) À Paihoro, toute la zone ne servira plus à rien ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/OSCAR-2-incompetence.wav Faa’a comme « modèle » en matière de déchets ? Le discours, pas neuf du côté d’Oscar Temaru, a de quoi faire débat. Le maire insiste sur le coût de sa « solution qui a fait ses preuves », 4 à 5 fois plus bas que « si on avait intégré Fenua Ma ». Il est vrai que les communes du syndicat mixte, en choisissant de trier au maximum les déchets ménagers, en envoyant les plastiques, cartons, l’alu, mais aussi différents types de déchets dangereux ou toxiques vers des filières de valorisations ou de traitement spécialisées, principalement à l’étranger, ont fait un choix plus coûteux que la simple mise en « décharge contrôlée », comme Faa’a appelle son site de Mumuvai. Mais ce traitement des déchets – CET et CRT de Motu Uta combinés – ne constitue qu’un tiers des dépenses municipales liées au déchet. Le plus coûteux reste la collecte, qui est assurée par les communes en interne ou avec des prestataires. Si Faa’a s’enorgueillit de ne faire payer « que 20 000 francs par an » de redevance aux foyers de la commune pour son service des déchets, elle sort, et c’est loin d’être un cas unique au fenua, plus de 270 millions de francs par an de son budget principal pour soutenir le service. Plusieurs procédures liées à l’impact sur l’environnement Mais ce sont surtout les défenseurs de l’environnement qui sursautent à chaque sortie du tavana défendant sa méthode. D’abord parce que Faa’a ne pratique pas le tri sélectif chez l’usager, et enterre, jusqu’à preuve du contraire, une plus grande partie des déchets ménagers que les autres communes de Tahiti et Moorea. Ensuite parce que sa « décharge contrôlée » de Mumuvai est exploitée depuis 1964 sans aucune forme d’autorisation ou de cadrage réglementaire, sans l’accord des propriétaires fonciers et a fait l’objet de divers signalement pour pollution ou nuisances olfactives ces 30 dernières années. Ce qui a valu à la mairie, outre les longs et coûteux recours des ayants droits, l’ouverture d’une instruction pénale en 2014 – toujours pas refermée, mais visiblement pas prioritaire du côté du parquet -, un rapport accablant de la CTC recommandant la fermeture pure et simple du site en 2018, des expertises commandée par le juge d’instruction et révélées en 2022 par Tahiti Infos attestant divers types de pollutions dans le milieu… Et plus récemment une décision du tribunal administratif, saisi par l’association La Planète Brûle, astreignant la mairie à régulariser la situation. Autant d’attaques qui sont dues à de « l’incompréhension de la méthode » et à un brin « d’acharnement », d’après Oscar Temaru, qui assure que si les experts locaux ou extérieurs « regardaient vraiment ce qu’on fait, ils nous soutiendraient ». La mairie précise en tout cas avoir largement amélioré ces dernières années, le fonctionnement de Mumuvai, qui avait connu plusieurs incendies importants, jusqu’à 2016, et reste épargnée par les flammes depuis. Elle assure mener – elle-même, puisque ses installations ne sont pas encadrées par le code de l’Environnement – des relevés de qualités des eaux de surface et de profondeur qui ne « montrent aucune pollution ». Faa’a dit même s’être conformé aux exigences du tribunal administratif en déposant auprès de la Diren une demande d’autorisation de sa « décharge contrôlée », qui a déjà provoqué « des échanges constructifs » avec l’administration. Oscar Temaru ne compte donc pas changer de cap en matière de gestion des déchets, invitant les autres communes, à elle aussi créer des « décharges contrôlées » – un terme qui ne correspond à rien dans la réglementation polynésienne, que le président du Tavini voudrait voir évoluer. Il rejette au passage un des grands projets du schéma territoriale de prévention et de gestion des déchets : l’incinérateur, qui doit permettre de produire de l’énergie par pyrolyse avec la combustion des ordures ménagères. « Ça serait très cher, et qu’est ce que ça nous apporterait, économiquement ? » interroge le tavana… Qui avait annoncé en 2018, un projet expérimental de pyrolyse à Mumuvai grâce à des investissements hawaiiens finalement jamais réalisés.