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Incendie de Paihoro : « Le développement des déchetteries est une nécessité absolue »


L’incendie qui s’est déclaré mardi matin au CET de Paihoro a été « totalement éteint » ce mercredi. La zone reste sous haute surveillance, et Fenua Ma ne prévoit pas de retour à la normale dans le traitement des bacs gris avant lundi. Mais l’heure est déjà aux réflexions : ce sinistre causé « très probablement » par une batterie d’un appareil électronique doit, pour le directeur du syndicat servir d’électrochoc pour les autorités. À l’entendre seule le développement d’un réseau de déchetteries tout autour de Tahiti permettra de « réduire le risque et faciliter la vie des usagers ».

Circonscrit mardi après-midi, quelques heures après les premières flammes, le feu était officiellement et « totalement » éteint à Paihoro ce mercredi soir. Pourtant les techniciens et les engins s’activent toujours au Centre d’enfouissement technique. Les pompiers, intervenus par dizaine depuis les casernes de Taravao, Tevai i Uta et même Papara, resteront « en alerte », prêt à intervenir « dans les cinq minutes » pendant plusieurs jours. Les surveillances de nuit ont été « triplées voire quadruplées », et les équipes, en journée, multiplient les opérations sur le casier d’ordures ménagères qui a pris feu mardi matin aux environs de 9h30.

Si plus aucune fumée ne s’en échappe, 3000 à 4000 mètres carrés de « bac gris » sont partis en fumée, des tonnes de terres ont été déplacées pour contenir les flammes et il faut désormais « remodeler » et « reterrasser » pour remettre le site en état de pleinement fonctionner. « Ça va prendre un peu de temps », explique Benoit Layrle, directeur de Fenua Ma, qui exploite le site avec ses prestataires d’Enviropol. « On s’en sort bien parce qu’il n’y a pas eu de pollution externe : les rivières ont été préservées, le système aussi, c’est à dire que la station d’épuration n’a pas été touchée, pas plus que le système de biogaz et de torchère, détaille le responsable du syndicat mixte. Mais ça nous met une pause dans l’accueil des déchets de bac gris, le temps de retrouver une situation saine ».

Le « retour à la normale », dans cet unique CET du Pays, qui accueille les déchets non triés de toutes les communes de Tahiti et Moorea à l’exception de Faa’a, ainsi que des dépôts des entreprises, n’est d’ailleurs pas prévu avant lundi. La journée de ce jeudi sera consacrée à de la « gestion interne » et au traitement des stocks de bac gris accumulés à Moorea, Motu Uta, Punaruu et à l’entrée du CET. Vendredi, les communes enverront les bennes ramassées mais pas déchargées depuis mardi.

Les batteries, suspects numéro 1

Ça n’est pas le premier feu que subit l’installation qui fête ses 25 ans cette année. « En 2024, sur 52 semaines, on a connu 40 incendies, sauvent pour des causes mineures et qui n’ont duré qu’une à deux minutes pour la plupart », reprend Benoit Layrle. La différence avec celui de ce mardi, c’est que le départ s’est cette fois fait à proximité d’une géomembrane plastique positionnée pendant la saison des pluies pour réduire la surface de déchets exposée aux intempéries. C’est cette gigantesque bâche qui a pris feu et a propagé rapidement les flammes, empêchant l’intervention du personnel présent. « Les petits extincteurs n’ont pas suffi, explique le directeur. Et ça s’est passé dans une zone assez difficile d’accès pour les engins et les pompiers ». L’origine du sinistre, elle, n’est pas formellement identifiée – des analyses des vidéos de surveillance devraient permettre de le faire – mais elle ne fait que peu de doutes : « l’hypothèse très très probable, c’est celle d’un appareil électronique dont la batterie a pris feu ». C’est déjà ce qui avait causé, en septembre 2020, un important incendie dans une zone d’enfouissement des encombrants, un sinistre encore plus difficile à gérer vu les matériaux et la faible densité de ce genre de déchets.

La mécanique de ce genre d’incidents, devenus au fil des années la hantise des gestionnaires de centre d’enfouissement ou de décharge partout dans le monde, est bien connue : les batteries au lithium, qui sont sans danger au quotidien, peuvent s’embraser quand elles sont endommagées, par exemple à l’occasion du transport ou du stockage des déchets. Et ces batteries sont de plus en plus communes, si ce n’est systématiques dans les appareils « sans fil » qui peuvent être rechargés. « Ce sont les téléphones portables, des cigarettes électroniques, tous les appareils de bricolage sans fil, qui se multiplient, des ordinateurs portables, les appareils de music, même les jouets, liste Benoit Layrle. Malheureusement quand ces batteries perdent de la puissance, les gens ont tendance à les mettre de côté, voire à la balancer à la poubelle. C’est là qu’arrive le problème. Il peut y avoir une combustion spontanée immédiate quand on les manipule, mais aussi, c’est là où c’est pervers, une combustion qui arrive plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard ».

Le directeur du syndicat espère que cet incendie fera office d’électrochoc pour les autorités. Cela avait été le cas en 2012, lors du dernier grand feu de « bac gris », dû à une fusée de détresse jetée à la poubelle. Une filière de prise en charge, avec des bacs spécialisé dans les ports et marinas avait alors été créée. Et même si Fenua Ma continue de trouver des fusées de plaisanciers – voire, par gros paquets, de professionnels – dans les poubelles classiques, le risque a depuis largement diminué. « Cette fois j’espère que cet incident va permettre à tout le monde de passer à la vitesse supérieure sur la récupération des appareils électronique », reprend Benoit Layrle.

Des déchetteries à tout prix

Une filière de prise en charge gratuite existe déjà, mais elle reste trop confidentielle. Et surtout trop peu pratique pour les usagers qui doivent se rendre aux services techniques de leur commune pour déposer leurs objets électroniques usagers. Une autre option, un brin plus populaire, est de les déposer à la déchetterie de Moorea ou à Motu Uta, devant le CRT, mais uniquement les mercredi, suivant des horaires précis. Pour le responsable de Fenua ma, aucun doute : la diminution du risque doit venir du développement d’un réseau de déchetteries, « absolue nécessité aujourd’hui ». « Une déchetterie permet d’isoler les déchets toxiques et dangereux, de l’orienter vers les bonnes filières et de ne pas les mélanger à d’autres déchets, insiste Benoit Layrle. Elle permet aussi de développer ce dont les gens parlent beaucoup aujourd’hui, ce sont les ressourceries ou les recycleries, généralement tenues par des associations, et qui permettent de récupérer les déchets encombrants, les meubles ou de l’électroménager, pour aussi leur donner une seconde vie. Donc les déchetteries, aujourd’hui, c’est un moyen nécessaire, évident pour nous permettre de sécuriser les installations et de sécuriser la vie des gens… Et ça on en a absolument besoin ».

La multiplication des déchetteries – où les usagers peuvent séparer divers types de déchets dans des bacs dédiés – est envisagée depuis longtemps, mais bute, entre autres, et comme l’avait relevé la Chambre territoriale des comptes, sur l’absence de Schéma territorial de prévention et de gestion des déchets. Un projet, en marche vers l’assemblée après avoir reçu un accueil glacial au Cesec, si ce n’est de la part des associations environnementales, leur fait la part belle, de même que les ressourceries.

Deux projets de déchetteries sont toutefois lancés et sur le point d’aboutir à Tahiti. Celle de Paihoro, d’abord, qui devrait permettre d’ici la fin de l’année à tous les usagers, et notamment ceux de la Presqu’île, d’Hitiaa o te ra et de Teva i uta, de déposer leurs déchets. Et celle de Punaruu, qui devrait ouvrir entre fin 2025 et début 2026 et qui sera réservée aux administrés de Punaauia.

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