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Dégradation de la synagogue : « un acte politique et non un acte antisémite »

L’affaire avait suscité un vif émoi dans la communauté juive de Polynésie française. Dans la nuit du 11 septembre 2025, les grilles de la synagogue avaient été maculées de peinture rouge. Jugé ce jeudi en comparution immédiate, le sexagénaire auteur des faits a écopé d’une peine de six mois de prison avec un sursis probatoire de 24 mois.

Loin de l’islamo-gauchiste ou du fiché S, Alain B. est juste un ancien bijoutier de 67 ans qui se dit « horrifié et révolté » par le drame qui se déroule à Gaza. Il a commis, dit-il, « un acte politique et non un acte antisémite. Une réaction à un massacre ». D’une voix claire et calme, l’homme reconnaît avoir, dans la nuit du 11 septembre, projeté de la peinture rouge sur  l’étoile de David de la grille de la synagogue de Papeete, « pour dénoncer les bombardements sur les civils et les enfants de la bande de Gaza par l’armée israélienne. »

À la barre, c’est visiblement ému qu’il évoque pêle-mêle « les images à la télé, celle d’enfants qui se font tuer quotidiennement par l’armée israélienne. »  Mais c’est surtout « le silence autour » qui l’a fait réagir et passer à l’acte, un acte censé « éveiller la conscience d’Israël » Si sur le fond, l’accusé ne regrette rien, il considère que sur la forme, « c’était une bêtise. » D’autant qu’il s’en est pris à un édifice religieux, d’où le soupçon d’antisémitisme, ce que lui fait remarquer la juge. « Mais ici il n’y a pas d’ambassade, ni de consulat, et la synagogue est la seule représentation de la communauté juive. Ce n’est pas une attaque contre la religion, juste contre l’étoile de David qui représente la patrie d’Israël » se défend -il.

« Dès que l’on dit quelque chose on est antisémite. On ne peut plus discuter »

Sur sa lancée, il poursuit, les deux mains crispées sur la barre, « on ne peut pas répondre à la barbarie (Ndlr : référence à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023) par la barbarie puissance 1000, c’est le message que je voulais passer. » Un message difficilement audible par les membres de l’Association cultuelle israélite – sympathisants de Polynésie qui s’est portée partie civile. Pour elle, c’est un acte antisémite. Ce que nie le sexagénaire : « L’argument antisémite est chaque fois le même. Dès que l’on dit quelque chose on est antisémite. On ne peut plus discuter. » Un des assesseurs intervient alors. « Monsieur, on ne vous reproche pas vos idées politiques sur Israël mais le fait d’avoir dégradé un bâtiment religieux. » « Dégradé, le mot est fort, c’est juste de la peinture sur les grilles de la synagogue. »

Interrogé sur le fait d’avoir prévenu les médias en les pressant de venir prendre des photos de la grille de la synagogue maculée de peinture rouge « avant que les sionistes ne l’effacent », il s’explique sur le terme sioniste. « Pour moi, il y a les Israéliens, les patriotes et les sionistes qui sont ultranationalistes. » « Mais quel est le lien entre les juifs français et les sionistes ? » l’interroge un assesseur. « Il y a des extrémistes partout dans toutes les communautés juives. »

Pour l’avocate de la partie civile les arguments avancés par l’accusé ne sont pas nouveaux. « Il n’est pas antisémite, mais antisioniste. C’est toujours la même rengaine. » Elle insiste, « l’étoile de David est un symbole religieux, il veut se parer d’une vertu quelconque pour heurter une communauté. Cela ne passe pas. » Elle demande 300 000 Fcp au titre du préjudice moral et le même montant au titre du préjudice matériel.

« En venant ici, je ne m’attendais pas à juger de tels faits »

« En venant ici, je ne m’attendais pas à juger de tels faits » s’étonne la procureure, « il est venu par son acte troubler la paix sociale de la Polynésie par son message particulièrement mauvais et certains ont pu être effrayés par cette peinture rouge, d’autant que partout dans le monde, des juifs sont tués. Quoiqu’il dise, il s’en est pris à un édifice religieux et il aurait dû choisir un autre moyen pour se faire entendre. » Notant que le casier judiciaire de l’ancien bijoutier est vierge, elle réclame une peine de six mois avec sursis assortie d’un stage de citoyenneté.

Pour la défense, d’une petite affaire « on fait l’affaire du siècle, mon client a juste exprimé d’une façon stupide une opinion politique. Il aurait aussi bien tagué une ambassade ou un consulat israélien, s’il y en avait ici. » Concernant les sommes réclamées par la partie civile il estime que « 300 000 pour un coup de peinture, c’est cher » Quant au préjudice moral, « la communauté juive a tiré plus de profits de cette affaire, elle a suscité l’empathie du public. »

Avant de se retirer pour délibérer le tribunal a laissé la parole à l’accusé. « Mon geste était pour éveiller les consciences en Polynésie des horreurs qui se produisent à Gaza, des gens tués au quotidien, voila pourquoi je l’ai fait. » Il marque un temps puis lance, « j’ai des amis juifs et même des héros juifs. » Et de citer « Yitzhak Rabin et Rony Brauman. »

Il a été condamné à six mois de prison avec sursis probatoire de 24 mois avec obligation d’un travail d’intérêt général et régler les sommes réclamées au titre des préjudices moral et matériel.

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