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Démoralisés, révoltés : les artistes face aux annulations

© FB Morrison’s Café

Les nouvelles restrictions sanitaires annoncées vendredi dernier ont mis un coup d’arrêt aux concerts et autres festivals. De nouveau, beaucoup d’événements ont été annulés, mettant les artistes dans une situation difficile. Raimana Bareille, du groupe Pepena, dénonce « un manque de considération ». Les théâtres restent toutefois ouverts, avec une jauge à 50%.

Nouveau coup de semonce pour les artistes du fenua avec les restrictions sanitaires qui se sont durcies vendredi dernier. A peine le festival Tahiti ti’a mai était-il terminé, à peine les groupes de danse mais aussi les chanteurs, musiciens, avaient-ils repris leurs activités, que tout est de nouveau à l’arrêt. Le taux d’incidence de l’épidémie, qui oscillait entre 0 et 15 voilà un peu plus de deux semaines, a atteint 267 cas pour 100 000 habitants sur 7 jours. La fulgurance de la vague du variant Delta a forcé les autorités à reprendre des mesures sanitaires. L’intensité épidémique a dépassé, en 15 jours, ce qu’elle avait atteint en 5 semaines en septembre 2020. La filière Covid à l’hôpital se remplit dangereusement. Dès la fin de l’allocution, le Malabar et le Top of Malabar annonçaient leur fermeture sur leurs pages Facebook : « Toutes animations musicales et toute autre forme d’animation susceptible de rassembler une foule, sont interdites dans les cafés, bars et restaurants. L’animation, c’est l’un des deux poumons d’un bar ! C’est comme si vous commandiez un sashimi sans thon ! On ne nous empêche pas de travailler, mais avec un gros handicap par contre. Afin de contribuer activement au mouvement, nous avons décidé de fermer nos établissements durant tout le mois d’août, et ce jusqu’à nouvel ordre. » Une annonce difficile à vivre pour les groupes de musique, comme l’explique Kareen Yu Tsuen, chanteuse et leader de Natura Jam : « On pouvait tourner du mercredi au dimanche et les mois de juillet et août étaient full ! » Seul un membre du groupe a un emploi ailleurs et donc un revenu stable. Les autres doivent trouver des plans B.

©CP/Radio1

Pour Raimana, chanteur du groupe Pepena, c’est difficile à accepter. Bien sûr, personne du groupe n’est contre ces mesures mais « le manque de considération » leur pèse. Le groupe aurait voulu être intégré dans la construction d’une solution contre cette pandémie.

Au-delà de cette révolte, des questions bien concrètes se posent sur le futur du groupe. Ne pas pouvoir se projeter pèse aussi sur la créativité.

Le groupe Milky Way a arrêté dès mars 2020 pour se concentrer sur la préparation de son premier album. Tamatoa, le leader du groupe, reconnait que pour les musiciens professionnels qui tournent dans plusieurs groupes, la situation est très difficile. Ils n’ont plus de contrat. Leur situation précédente n’était pas si florissante et ne leur a pas permis de faire suffisamment d’économies pour affronter ce genre de période. Mais même si Milky Way souhaite sortir son album à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine, seule la scène leur permet de se faire connaitre. Un professionnel de l’événementiel, qui gère un groupe de musique, regrette qu’on prive des groupes de jouer sur scène mais aussi le public de bouger : « Les gens restent à la maison et broient du noir ! Peut-être faudrait-il des solutions moins drastiques pour permettre aux uns de travailler et aux autres de se changer les idées. »

Du côté des groupes de danse, c’est aussi la même incertitude qui plane et laisse les chefs de troupes dans l’expectative. Deux représentations ont été annulées pour Hei Tahiti de Tiare Trompette et une troisième va sans doute l’être. « J’ai plusieurs sentiments : une grande inquiétude concernant la situation car le variant Delta se déploie très vite, et de la frustration car des choses sont décidées à la dernière minute. On ne sait pas ce qu’il va se passer dans quelques semaines. J’ai peur que ça se durcisse car les chiffres sont affolants et j’ai l’impression que les gens ne respectent pas les restrictions sanitaires. » Ce sont des défis financiers auxquels doit faire face le groupe, comme l’explique Tiare Trompette.

Temaeva qui devait se représenter au Nuuroa Fest du Musée de Tahiti et des îles voit également ses représentations s’annuler. Pour Cathy Puchon, c’est un manque à gagner mais il faut se plier aux règles sanitaires et s’adapter.

La chef du groupe reste positive et pense au Hura Tapairu de la fin de l’année, mais aussi à 2022 où Temaeva fêtera ses 60 ans et au Heiva i Tahiti auquel la troupe participera. « Si tout le monde se vaccinait, ce n’est pas obligatoire mais si tout le monde respectait les gestes barrières, le gel hydroalcoolique… C’est pour nos jeunes, ils n’attendent que ça : faire des spectacles. »

Seul secteur épargné pour l’instant, le théâtre : les spectacles sont maintenus avec une jauge à 50% et un fauteuil sur deux. C’est notamment le cas des représentations prévues au Grand et Petit théâtre de la Maison de la Culture, et des représentations de O Morito Ta’u Vahine les 27 et 28 août à la salle Manu iti de Paea.

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