ACTUS LOCALESPOLITIQUE Des territoriales avant 2028 ? « Il faut l’envisager » pour Édouard Fritch Charlie Réné 2026-06-24 24 Juin 2026 Charlie Réné Candidat au Sénat, Édouard Fritch a surtout « l’obsession » de la préparation de « l’alternative », la mise en « ordre de bataille » du camp autonomiste pour les prochaines territoriales. Et elles pourraient arriver plus tôt que prévu. Pour le président du Tapura, toujours « pas intéressé » par un simple renversement du gouvernement, si le blocage politique persiste, que le « Pays ne peut plus avancer », c’est du côté de l’Elysée qu’il faudra regarder. Pour une dissolution de l’assemblée. Dès la fin de l’année ? Après les présidentielles de 2027 ? À voir. L’ancien président, qui ne sera pas candidat à la tête de l’exécutif s’il est élu à Paris, observe en attendant les divisions du Tavini qui « rendent malade » Oscar Temaru, et avertit sur le « charme dangereux » de Moetai Brotherson, qui « reste indépendantiste ». Lire aussi : « Je pense pouvoir mieux servir le Tapura et mon Pays depuis Paris » Édouard Fritch sera candidat aux sénatoriales de septembre, mais ce sera pour mieux préparer les territoriales. C’est ce que le président du Tapura a répété sur le plateau de l’Invité de la rédaction de Radio 1 ce mardi. Le tavana de Pirae, qui devra laisser les rênes de la commune en cas de victoire – il a « un nom en tête », et « doit parler » à certains des colistiers « avec qui il a construit sa profession de foi » – est revenu sur les raisons qui le poussent, à 74 ans, à briguer ce mandat qui est un des rares qui manquent à son CV politique. Cette candidature, il la présente comme un outil pour la reconquête du pouvoir par les autonomistes. « Ça devient une obsession de préparer l’alternative, assure-t-il. Je ne veux pas, à l’exemple de ce qui s’est produit en 2023, arriver au pouvoir et me demander : « Mais avec qui je vais travailler ? Comment je fais ? Qu’est-ce que je fais pour le RNS ? Qu’est-ce que je fais pour les pêcheurs ? Qu’est-ce que je fais pour les agriculteurs ? ». La préparation nécessite du temps, et la mairie de Pirae lui en prend « beaucoup ». « Il me faut me libérer de cette contrainte pour pouvoir effectivement commencer à faire le tour de nos archipels », explique-t-il. Il évoque la nécessité « d’aller voir les Tuamotu », « d’aller voir les Australes » mais aussi de « revisiter nos fédérations et les préparer à la bataille ». Car malgré les difficultés du camp indépendantiste, il refuse de croire à une victoire facile aux territoriales : « Ne croyez pas que parce que l’autre est divisé, que ce sera plus facile pour nous, parce que nous sommes nous-mêmes divisés, les autonomistes ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/FRITCH-preparer-les-territorailes.wav La dissolution « en fin d’année » ou « après les présidentielles » Objectif 2028, donc. Ou même peut être plus tôt. Car le scénario du « blocage » que le camp autonomiste présageait début avril, au lancement des hostilités entre le Tavini et A Fano Ti’a semble se confirmer. « C’est une guerre avérée, reprend Édouard Fritch. On le sent dans tous les couloirs de l’Assemblée ». Cette situation, l’ancien président du Pays et de l’assemblée la connait d’expérience. « Lorsque vous n’avez pas de majorité à l’Assemblée, vous ne passez rien, complète-t-il. Il y a les textes eux-mêmes qui ont une importance ou pas aux yeux des élus de l’Assemblée. Mais il y a la politique derrière. C’est ce qui se passe aujourd’hui ». Pas de réchauffement à l’horizon : le sentiment des élus « d’être méprisés par le président du gouvernement » n’aide pas, et l’approche de la session budgétaire « où on va parler de l’avenir du Pays » risque de confirmer le blocage, estime le leader d’opposition. Or ce blocage, pour Édouard Fritch, ne pourra pas durer. « À un moment donné, il faudra que Moetai Brotherson prenne une décision parce qu’on arrivera effectivement à un blocage des institutions. Le statut prévoit que lors de blocages d’institutions, il faut prendre des décisions », pointe-t-il. Le chef du Tapura ne croit pas à une démission de Moetai Brotherson, et son renversement, par le biais d’une motion qui aboutirait à une nouvelle élection d’un président du Pays dans une assemblée toujours divisée. « Ça ne nous intéresse pas ». Si « le Pays ne plus avancer », c’est bien une dissolution de l’assemblée qui se profile pour l’élu autonomiste. Aux termes du statut, elle peut être demandée par le président du Pays ou décidée par Paris qui constaterait que « le fonctionnement des institutions de la Polynésie française se révèle impossible » et après une consultation des institutions locales. Dans les deux cas, la dissolution est prononcée par décret du Président de la République, ce qui n’a pas été fait depuis 2004 et la dissolution demandée par Gaston Flosse à Jacques Chirac, qui a abouti au premier Taui. Ce scénario, qui bruisse déjà depuis un moment dans le landerneau politique local, est-il réellement probable ? « Franchement, il faut l’envisager, répond le chef de l’opposition autonomiste. Parce que fort heureusement pour nous tous, l’année prochaine, il y a des élections et ce n’est pas la moindre des élections, c’est la présidence de la République et vraisemblablement derrière les législatives, puisque le président devra avoir une majorité ». Un « blocage » de calendrier, qui ne donnerait que deux options pour dater une dissolution : « à là fin de l’année, mais c’est quand même assez rapide ». « Ou alors ce sera après les présidentielles ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/FRITCH-dissolution.wav Division du camp indépendantiste : « pour Oscar Temaru, c’est un rêve de 50 ans qui s’en va en fumée » D’ici là, les autonomistes se préparent, donc. Sur le fond – avec entre autres des propositions qui doivent être formalisées pour faire évoluer le statut d’autonomie – et sur la forme avec des candidats qui restent à identifier. Édouard Fritch, qui estime que son investiture pour les sénatoriales a permis de « préserver derrière la cohésion du parti », se positionne en chef d’orchestre de la campagne territoriale, mais pas en candidat à la présidence. « Je ne peux pas, dans ma lettre de motivation à la commission d’investiture du Tapura, j’ai dit en premier argument, que je voulais laisser de la place à la jeunesse qui monte, aux nouveaux élus qui arrivent, parce que j’estime qu’il faut montrer l’exemple ». Et d’ici là, les autonomistes vont prêter une attention particulière aux remous du camp indépendantiste. Pas de jugement, assure Édouard Fritch, mais une « préoccupation » et une analyse expérimentée vu l’histoire mouvementée de son clan. « Tout le monde le sait, le problème se situe au niveau de la succession d’Oscar Temaru, qu’ils veulent accélérer », lâche l’ancien président. Celui qui est au gouvernement, Moetai Brotherson veut s’accaparer du parti et l’héritier naturel, c’est celui qui est à l’Assemblée de Polynésie, c’est M. Géros. La légitimité de la revendication est bien sûr du côté de l’Assemblée. Mais le problème dans tout cela, c’est qu’ils sont en train de fragiliser une maison que M. Temaru a mis 50 ans à construire ». Le fondateur du Tavini n’est pas, pour celui du Tapura, étranger à la situation : il a voulu « porter ses deux fils au pouvoir », « partager le pouvoir », « et ses décisions se retournent contre lui ». Plus que le Tavini, c’est A Fano tià qui est pointé du doigt dans l’analyse d’Édouard Fritch. Ainsi, les partisans de Moetai Brotherson et Tematai Le Gayic, quand ils expliquaient ce samedi ne pas vouloir avancer trop vite ou de façon trop vocale sur la constitution du parti par respect pour Oscar Temaru, « reconnaissent qu’ils sont la raison de sa mauvaise santé ». « Mais surtout, ce qu’il y a, c’est que je pense que c’est un petit mensonge, malgré tout, parce que je crois que les statuts sont prêts. Je crois que tout est prêt, continue le fondateur du parti rouge. Mais voilà, il a fallu jouer le jeu pour montrer qu’on est bon enfant, qu’on est un bon aîné, enfin, ou un bon cadet ». Le « charme dangereux » de M. Brotherson Quant au communiqué d’appel à la paix d’Oscar Temaru n’a pas étonné. Parce que « c’est un bon papa », dit-il. Et parce que « c’est grave, ce qui se passe aujourd’hui » dans le camp indépendantiste. « Ils ont mis quand même quelques années pour contrôler le pouvoir comme ils le contrôlent aujourd’hui. L’Assemblée de Polynésie, un député – ils en avaient même 3, à un moment donné – le gouvernement. Enfin voilà, toutes les manettes pour préparer l’accession à l’indépendance sont entre leurs mains. Préparez l’accession à l’indépendance. Que se passe-t-il aujourd’hui ? On parle d’indépendance, mais on ne fait rien ». « Tout ça rend malade le vieux », insiste Edouard Fritch, c’est un rêve de 50 ans qui part en fumée. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/FRITCH-independantistes-1.wav Pour autant, le président du Tapura ne veut laisser aucun doute : « Moetai Brotherson, c’est un indépendantiste, insiste-t-il. C’est un garçon très intelligent et il charme son public. Mais il est en train de faire une OPA sur le parti, sur le Tavini, et il reste indépendantiste. C’est sur la méthode où il diffère un petit peu de ce que souhaite le maître, Oscar Temaru, qui veut effectivement accélérer les choses et qui veut se mettre dans le train de la Calédonie. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a, il y a nos voisins en Calédonie qui marchent rapidement maintenant vers cette indépendance ». Et la méthode Brotherson inquiète. Sa « façon de justifier sa politique », le « charme qu’il déploie lorsqu’il parle au public, est un charme dangereux », insiste Édouard Fritch. Je crains effectivement que certains de nos autonomistes puissent croire, comme ils ont cru en 2023, à un avenir fleuri avec ce monsieur ».