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Disqualifié du Xterra au profit de Mathias Girardet, « Delbi » crie à l’injustice

Delbi Villa, lors de la Xterra Moorea 2025. DR.

De la boue, de la sueur, et quelques débats, pour la 10ᵉ édition du Xterra Moorea Trail. Delbi Villa Gongora, favori de l’épreuve reine du 42 km, et qui était bien parti pour un nouveau titre, a pris par erreur un raccourci en milieu de course, a voulu compenser en se rajoutant une ascension après son arrivée… Mais il a tout de même été disqualifié, laissant son premier poursuivant Mathias Girardet lever le trophée. Une décision qu’il juge injuste, dénonçant les erreurs de balisage récurrentes du Xterra et les changements de tracé de dernière minute, qui en ont perdu plus d’un cette année et d’un problème « collectif » plus qu’individuel. Critiquée sur les réseaux sociaux, l’organisation dit comprendre la frustration du champion, dément l’erreur de fléchage, et parle de décision arbitrale cohérente vis à vis des autres coureurs.

C’est un des weekends les plus attendus de l’année pour les traileurs : le Xterra Moorea était de retour pour une 10e édition ces 9 et 10 mai. Une édition marquée par les intempéries : les courses courtes de dimanche, dont le Manahune Trail de 12 kilomètres, ont dû être annulées, du fait de la vigilance orange fortes pluies déclarée par le Haut-commissariat. Les deux parcours les plus longs, le Toa Trail de 42 kilomètres et le Turoa Trail de 21 kilomètres, sont eux, passés entre les gouttes, samedi. Et malgré un terrain très boueux, et donc forcément glissant, ce sont près de 600 coureurs qui se sont mesurés aux pistes et sentiers de l’île sœur avant le lever du soleil – les départs étaient programmés à 4 et 5 heures du matin – et jusqu’en milieu d’après-midi.

Certains sont arrivés plus tôt que ça : sur le 42 kilomètres, Mathias Girardet, devenu champion de Polynésie du 10 000 mètres en mars après avoir remporté la Aorai Vénus Race en mars et terminé troisième du marathon de Moorea, a été sacré avec un temps de 5h28. Il devance au classement Pierre Lesy et Théo Guillaume. Chez les femmes, Mylène Gauthier, qui avait remporté le semi-marathon de Moorea en mars, termine en 6h04 devant Marion Ung et Marie Dethoor. Sur le 21 kilomètres, c’est Séverine Lecomte, Chloé Lefebvre et Vaimiti Bertrand qui montent sur le podium féminin, tandis que Ashley Jones, Haunui Amaru et Stéphane Gicquel l’emportent chez les hommes.

Un favori un peu trop en avance

Mais derrière les remises de trophées souriantes, et l’ambiance relevée au village de course, à la fois ligne de départ, d’arrivée, et point de passage obligé des différentes boucles, installé sur le terrain de sport du lycée agricole d’Opunohu, une polémique a marqué cette édition. Et notamment sa course reine de 42 kilomètres, où c’est Delbi Villa Gongora, vainqueur sur la distance en 2022 et 2025, arrivé deuxième derrière un international en 2023 et premier du 90 kilomètres lors de l’édition 2024, qui faisait office de favori. Un rôle que le Péruvien, depuis longtemps adopté par la Polynésie, qu’il représente fréquemment des trails internationaux, a largement assumé dès le début de course. Très applaudi à son premier passage au village, il bénéficiait, selon ses mots, d’ « une belle avance » sur ses poursuivants. Mais son deuxième passage devant les stands de ravitaillement soulève des questions : l’avance s’est creusée de plus d’une demi-heure.

Les juges de course se posent des questions, lancent des vérifications, et se rendent compte que « Delbi » a emprunté par erreur, dans sa deuxième boucle, une portion destinée aux coureurs du 21K. C’est d’abord un membre de l’organisation, qui, croisant le favori, l’informe depuis son 4×4 d’une probable erreur de parcours qui pourrait lui coûter la course. Revenu en quatrième vitesse au village, le champion, qui avait déjà perdu la tête des 80 kilomètres du TMUT, en décembre après s’être égaré sur le tracé en pleine nuit, se voit confirmer par l’arbitre principal sa disqualification. Frustré, énervé, même, mais loin d’être à plat, le Péruvien arrache son dossard, mais finit tout de même la course, rajoutant même un aller-retour au Belvédère de Moorea après la fin du parcours pour compléter ses « 42K » suivant un autre tracé… Mais bien avant ses concurrents.

« Une pénalité de 15, 20 ou 30 minutes, voire une heure, j’aurais peut-être compris »

Les erreurs de parcours sont loin d’être rares dans les trails, qui plus est sur les chemins tortueux, boueux, et surtout nombreux de l’île sœur. Mais Delbi Villa Gongorra vit tout de même cette élimination comme une « injustice ». Car à l’entendre, plusieurs erreurs de balisage ont été commises et de nombreux coureurs – « au moins 80% » participants, lance-t-il – se sont perdus ce samedi sur ces boucles qui se croisaient… Et dont le tracé a été modifié en « dernière minute » du fait des intempéries et de l’impossibilité d’installer certains points de ravitaillement sur les sites prévus. Or, les coureurs de haut niveau rentrent généralement le tracé dans leur montre de course, pour leur permettre de savoir s’ils font fausse route. Cette fois « on nous avait dit de ne pas trop suivre le fichier », reprend le favori déçu.

« Delbi » reproche aussi à l’organisation de ne pas avoir su lui signaler plus tôt qu’il avait fait une erreur de tracé, d’avoir été puni aussi sévèrement pour une erreur qu’il juge « collective » plus qu’individuelle. « Je n’ai rien contre les arbitres, mais je pense qu’une personne plus compétente qui m’aurait donné peut-être une pénalité de 15, 20 ou 30 minutes, voire une heure, j’aurais peut-être compris », poursuit Delbi. « Même si ce n’était pas de ma faute ». « Qu’on me disqualifie comme ça sans trop d’explications… et seulement moi », déplore le participant.

« Je ne pense pas que je remettrai les pieds à une prochaine course Xterra »

Les organisateurs ont ensuite longuement discuté de la suite à donner, indiquant dans un premier temps qu’ils pourraient revenir sur leur décision de disqualification. C’est pourtant bien Mathias Girardet, qui s’est lui aussi brièvement perdu après un mauvais aiguillage, mais qui a contacté l’organisation avec son portable pour retrouver le bon chemin, qui a été sacré.

Sur Facebook samedi après-midi, l’athlète d’origine péruvienne a livré son ressenti et accusé l’organisation de manquer de professionnalisme. Beaucoup, dans les commentaires, confirment une certaine confusion sur le 42 kilomètres, et des frustrations d’avoir perdu du temps pour retrouver son chemin pendant l’épreuve, d’avoir été mal aiguillé par un bénévole, ou même, pour quelques-uns, d’avoir vu leurs temps annulés pour ne pas avoir pointé à certains points de passage obligatoires. Delbi Villa Gongora, lui par d’une injustice « profonde ». « Je pense que si l’organisation n’est pas capable d’organiser un tel évènement, il faut se poser des questions », constate Delbi, qui souligne que « l’année dernière, c’était pareil ». L’athlète, ce dimanche, était encore remonté : « Je ne pense pas que je remettrai les pieds à une prochaine course Xterra ».

Ne pas le disqualifier aurait été injuste pour ses poursuivants, répond l’organisation

Contactée, l’organisation, aujourd’hui répartie entre l’association VSOP, qui porte la franchise Xterra depuis ses débuts en Polynésie, et l’entreprise Fenua Events, qui cherche justement à profesionnaliser l’évènementiel sportif ces dernières années, dit « comprendre la frustration » du favori détrôné. Mais pour Poerava Van Bastolaire, au delà de l’émotion du coureur et sa grande forme, – « il aurait clairement pu être le vainqueur s’il avait respecté le parcours », dit-elle – la décision prise par les juges arbitres reste pertinente. Lui accorder la victoire alors qu’il n’a pas suivi le même parcours que ses poursuivants aurait été injuste pour Mathias Girardet et les autres. La gérante de Fenua Events rappelle que l’organisation ne peut couvrir physiquement qu’une partie des centaines d’intersections que comptent les parcours, que les destructions de balises ou de panneaux d’indication sont fréquents, voire les erreurs humaines, Mathias Girardet ayant été lui-même mal orienté par un bénévole… Mais en l’occurrence, la fourche à laquelle « Delbi » avait pris le mauvais chemin était, après vérification, « clairement fléchée » indique-t-elle.

La dirigeante assure aussi que, malgré les erreurs de parcours, « inévitables », la grande majorité des coureurs avaient suivi le bon tracé, ou avaient été bien redirigés en cas de mauvais embranchement. « Contrairement à ce que disent certains, on met vraiment les moyens pour que ce soit le plus clair possible » insiste-t-elle. Quant aux déclarations de « Delbi », « coureur que tout le monde affectionne » et a qui le dossard avait été offert pour cette édition vu ses performances passées, elle les regrette et rappelle que les organisateurs du Xterra se donnent « beaucoup de mal » pour faire vivre le trail, tout en participant activement à l’économie de l’île, depuis « de longues années ».

Charlie Réné et Alexandra Perrini

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