ACTUS LOCALES Du « culot » plutôt que des « bureaucrates » : Émile Vernaudon croit en sa bonne étoile à Mahina Charlie Réné 2026-03-12 12 Mar 2026 Charlie Réné Dix-sept ans après avoir quitté la mairie, redevenu éligible après ses multiples condamnations, le « shérif » de 82 ans a mené un vrai marathon de réunions de quartiers ces derniers mois. À la tête de « Tavini ia Mahina », liste pas soutenue mais pas concurrencée par le parti bleu ciel, l’ancien tavana se dit prêt à « redynamiser » une commune endormie, selon lui, par la « technocratie » et le manque de leadership. Gratuité des cantines, des transports ou du cimetière, recrutement d’une quarantaine de muto’i, grands plans de rénovation, logement… Les promesses pleuvent, et ses adversaires, qui y voient de la démagogie et un risque pour les comptes publics, sont accusés de manquer d’ambition pour la commune. C’est une des grandes inconnues du scrutin à Mahina. Dix-sept ans après avoir quitté la mairie, et après une longue période d’inéligibilité liées à différentes affaires de probité, que pèse encore Émile Vernaudon dans le urnes ? L’ancien élu, « tavana metua » pour ses soutiens, et qui avait été aux commandes de la commune de 1977 à 2009, avait affiché ses ambitions de retour dès le début de l’année 2025. Son passage au Congrès du Tavini, où il avait été invité et soutenu à la tribune par le président du tomite local du parti, en avril dernier, n’avait pas manqué de faire réagir, des deux côtés du paysage politique. Émile Vernaudon, 82 ans, ne revendique pourtant pas de soutiens extérieurs dans sa campagne. Pas même celui du parti d’Oscar Temaru, dont il avait été l’un des ministres du temps de l’UPLD. Les militants bleu ciel locaux l’ont pour l’essentiel rejoint, mais le nom de sa liste, Tavini ia Mahina, « cela veut dire servir Mahina » insiste-t-il. « Nos soutiens, c’est le peuple, on a un contact permanent avec les gens » insiste-t-il. « Il faut y aller au culot » Revenir, mais pourquoi ? Pour combattre une mairie qui « s’endort » dans la « technocratie » et les discours de « bureaucrates », affirme l’ancien élu. « Moi, je vais redynamiser tout ça, avec un conseil municipal et un maire qui va faire bouger, prendre des décisions ». Car « pour pouvoir avancer, il faut s’imposer », en refusant, par exemple, les expropriations liées à la construction de trois voies projetée par le Pays, ou la construction d’immeubles auxquels le candidat préfère « des maisons individuelles à étage dont il veut encourager la construction sur les parcelles domaniales. Là où l’équipe sortante, « font des études qui aboutissent à rien », et « se laisse dire non » par des techniciens, lui veut mener coûte que coûte ses projets. « Il faut y aller un peu au culot », sourit Emile Vernaudon. Et du culot, il en a : le candidat promet les cantines gratuites, la rénovation des cuisines centrales, la fin des contributions pour disposer d’un emplacement au cimetière communal – « c’est un terrain qu’on nous avait donné gratuitement, pourquoi faire payer les gens ! » -, un grand chapiteau pour les associations et évènements, la réinstallation de la mairie à Amatahiapo, la rénovation des routes, des éclairages, une réduction du prix de l’eau, une carte de santé communale pour les habitants de Mahina, et une carte de gratuité de bus pour les travailleurs et les familles nécessiteuses… « Nous on pense à cette grand-mère, qui a sa petite retraite, son moni ruau, on veut que ce pécule puisse nourrir sa famille, et pas aller payer la cantine ou le bus du fiston qui se lève à 4 heures pour aller travailler. Nous, c’est le coût de la vie : elle est chère, c’est terrible ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/EMILE-VERNAUDON-vie-chere.wav Des « shérifs » embauchés quartier par quartier Cette thématique de la vie chère, elle s’est « imposée » vu les retours des administrés dans « une centaine de meetings » et de réunions de quartiers depuis l’année dernière. En revanche, les affaires, le passage par la prison, « on ne m’en parle jamais ». « Et on me dit que c’est courageux de ma part de revenir pour servir après tous les malheurs que j’ai eu », dit-il, répétant, sans cacher son agacement, que ses diverses condamnations – les dernières en date, devenues définitives entre 2018 et 2019, pour l’affaire du CET et du cimetière d’Orofara et dans l’affaire Radio Bleue – ont toutes été « injustes » et « qu’on avait voulu faire tomber Émile ». « Ce dont on me parle, c’est du coût de la vie, de trouver du travail pour les jeunes, et de la sécurité ». Cette dernière thématique fait, elle aussi, partie de ses priorités, et il a un mot-clé pour communiquer sur la question : ses « shérifs » qu’il avait lancés étoiles au torse dans la commune, et qu’il veut remettre en place dès son élection. Car la police municipale de Mahina est aujourd’hui largement déficiente, explique-t-il. « Ils sont huit ou dix je crois, et trois bureaucrates pour faire les rapports, c’est pas possible ! Et j’ai appris qu’ils ont installé des caméras, d’après mes informations, il y en a la moitié qui ne marchent pas. Moi j’aurais fait le contraire : j’aurais augmenté les effectifs, après les caméras. C’est pour ça que je vais remettre les shérifs, pour avoir un surplus d’effectifs, au moins une quarantaine. Là on pourra s’organiser ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/EMILE-VERNAUDON-1-securite.wav Des embauches qu’il prévoit de faire « par quartier », pour « donner du boulot à ceux qui en veulent », et régler les problèmes localement. « On ne va pas embaucher des shérifs pour faire la guerre : ils ont leur langage à eux et ils se connaissent entre eux. C’est pour ça que ça va marcher ». Les nouvelles équipes doivent lutter contre les nuisances, mais aussi contre le trafic de drogue, très implanté sur la commune. Les autres candidats le répètent à Mahina : Emile Vernaudon, comme à l’époque, « promet tout mais ne pourra rien financer ». Damas Teuira communique en outre sur le redressement des comptes de la commune, tâche difficile à mener ces dernières années vu l’endettement massif qui avait été accumulé. « C’est trop facile, il mélange tout et il dit que c’est moi », répond l’ancien tavana pour qui « des dettes, c’est normal, il y en a dans toutes les communes ». « Mais le bilan que j’ai, il est sous vos yeux : l’infirmerie, les cuisines, l’eau potable dans toute la commune, le cimetière… Et on l’a fait avec peu de moyens ! ». Aucun doute, avec le budget d’aujourd’hui « on peut faire beaucoup plus ».