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Municipales : à Moorea, l’embarras du choix


Neuf listes au premier tour : Moorea-Maiao est la commune qui compte le plus de candidats dans ces municipales.
Parmi eux, on retrouve le tavana sortant Evans Haumani, qui mène une campagne plutôt discrète, comme celle de Teremuura Kohumoetini-Rurua, élue Tavini en dissidence avec la liste de Christiane Kelley, soutenue par le parti. Le chef d’entreprise Francis Tchin Noa est aussi sur les rangs, face à un syndicaliste, Atonia Teriinohorai. Les thèmes de campagne se recoupent, mais chacun fixe ses priorités : le développement durable pour Alain Bonno, l’écoute de la population pour Temaire Chavey, le développement touristique pour Réginald Haring et l’emploi local pour Ataria Firiapu.

  • « Beaucoup parlent, critiquent ou jugent », Evans Haumani « travaille » avec Moorea Maiao to’u fenua

Le tavana sortant de Moorea Maiao, qui n’a jamais répondu à nos demandes d’interview, est candidat pour un troisième mandat. C’est sur Facebook qu’Evans Haumani a annoncé sa candidature, expliquant « avoir posé des bases solides » de développement de l’île soeur, mais qu’il « reste encore beaucoup à construire ». Très attaqué sur son bilan, et sa gestion jugée peu transparente, il assure que son équipe travaille, depuis 12 ans, « sans bruit, sans polémique, avec sérieux (…). Rien n’a été facile mais nous avons avancé ». L’élu autonomiste met en avant le « renforcement » des services publics ou encore les « progrès » en matière de réseau d’eau potable, dont l’extension continuera jusqu’à la couverture complète de l’île. Conscients que la gestion électrique de Moorea a de quoi faire débat, le tavana met en avant, côté énergies, les efforts inédit d’électrification de Maiao.

« Beaucoup parlent, critiquent et jugent. Pour ma part, je choisis de rester concentré sur le travail ». Premier objectif qu’il donne pour son éventuel futur mandat : « rendre plus autonome notre commune », notamment sur le plan alimentaire en ouvrant un marché municipal. Parmi les autres propositions de sa liste Moorea Maiao to’u fenua : construire une deuxième école bioclimatique, moderniser et étendre l’éclairage public, ouvrir un lycée, un combat qu’il avait gagné avec Édouard Fritch puis perdu avec l’alternance, aménager des espaces publics et de loisirs, accompagner administrativement et solidairement les matahiapo via « un accessibus », aménager une salle des fêtes communale ou encore sécuriser les servitudes.

La section de Papetoai avec Evans Haumani au centre.

  • Francis Tchin Noa, Te aho nui 2026 : « Pour les investissements privés, tout en préservant notre île »

C’est la renaissance d’une ancienne équipe dont Francis Tchin Noa a pris la tête. L’entrepreneur, propriétaire notamment du Super U de Pao Pao, a déjà été élu au conseil municipal entre 2001 et 2008 puis entre 2014 et 2020, toujours dans la minorité. Mais après son dernier mandat, il s’est retiré, découragé : « Être dans la minorité avec Evans Haumani, c’est compliqué. On ne peut pas dialoguer. Je posais des questions et il me disait à chaque fois que je protestais. Non, je ne proteste pas, je pose des questions qui restaient sans réponse. »

Et en 2026, il se décide à y retourner « poussé par les copains ». Il veut travailler sur les projets structurants : l’eau, les déchets, l’énergie. Comment ? Avec un plan pluriannuel et en réduisant les dépenses des frais de fonctionnement notamment en personnels. « 300 employés de la commune représentent 1,3 milliard de francs en frais de personnel et c’est très lourd. » Trop pour Francis Tchin Noa qui compte bien trouver un moyen de faire des économies.

L’équipe souhaite aussi reprendre l’Epic Te Ito rau no Moorea Maiao qui aujourd’hui fonctionne mal à cause « d’une transition mal préparée ». Et elle se dit « pour les investissements privés », en parlant des grands projets commerciaux et touristiques prévus sur la commune, mais « tout en préservant notre île ». « On sera vigilant sur le PGA et on donnera la parole à la population pour savoir ce qu’elle veut », promet Francis Tchin Noa.

  • Temaire Chavey épouse Teinaratai, Moorea Maiao Ia ora na : « Un partage équitable entre les promoteurs et les habitants »

Temaire Chavey a travaillé pour la commune pendant 20 ans, comme chef adjointe de la police municipale, directrice des services techniques, employée aux finances et enfin à la direction générale des services. Elle a également été entrepreneure pendant trois ans. « J’ai un parcours complet qui me permet de comprendre le fonctionnement de la commune et aussi les difficultés que rencontre un entrepreneur. » Et pour la première fois, elle mènera une liste aux municipales : Moorea Maiao Ia ora na. « En tant que jeune de 44 ans, je ne me retrouve pas dans les partis existants. Beaucoup de notre génération se détache de la politique, mais il faut se lever si on veut changer les choses. Rester de côté, ne rien dire, subir, ce n’est pas le bon choix. »

Son programme se base sur cinq axes. Le premier est d’être à « l’écoute de la population », Temaire Chavey prend l’exemple de la plage de Temae où elle considère que la population n’a pas été entendue. Le deuxième axe concerne l’amélioration de la vie quotidienne en assurant la gestion de l’eau, l’état des servitudes, l’éclairage public, le logement, le transport, l’électricité. Troisième axe : « réussir chez nous », explique Temaire Chavey qui souhaite accompagner les entrepreneurs et les porteurs de projets qui voudraient se lancer et « faire en sorte qu’ils réussissent ». Le quatrième est la protection de Moorea Maiao en assurant un accès à la population au lagon : « On peut trouver un consensus afin que tout le monde puisse profiter de ce cadre et pas uniquement nos touristes. »

Enfin dernier axe appelé « grandir ensemble » où il s’agit « d’occuper notre jeunesse » avec le développement du sport et de la culture notamment et organiser des rencontres intergénérationnelles avec les matahiapo. Concernant le problème des transports, la liste Moorea Maiao Ia ora na propose d’unifier les deux compétences, transport scolaire et transport public (actuellement géré par le Pays pour la première et la commune pour la deuxième), pour faire en sorte qu’une entreprise s’en occupe et réussisse à rentabiliser son activité. La candidate préconise également de faire une étude sur la mobilité à Moorea pour mieux comprendre les attentes et les besoins de la population.

  • Réginald Haring, Here Moorea Maiao : ouvrir des hôtels pour créer de l’emploi

Réginald Haring a déjà été élu au conseil municipal avec Raymond Van Bastolaer entre 2009 et 2014. Professionnel du tourisme, il place ce secteur au cœur de son programme. Pour lui, les projets d’hôtels sur l’île sont une bonne chose pour donner du travail aux habitants de l’île au lieu d’être « obligé de s’expatrier ». « Avant de refuser un projet, il faut tout d’abord discuter et voir après ce qu’il en est puis ensuite, aller devant la population. C’est à ce moment-là qu’on prend une décision. »

Réginald haring a constaté la forte affluence de demandeurs d’emplois sur chaque nouvelles offres, comme pour les commerces récemment ouverts où Réginald Haring a compté « 800 candidatures pour 15 places ». Il cite aussi l’agence de voyage où il travaille qui dit avoir perdu « 35 000 touristes qui voulaient aller dans un hôtel 5 étoiles mais n’en ont pas trouvé sur Moorea et sont donc partis à Bora Bora ». Il plaide donc pour l’ouverture d’hôtels sur l’île, ce qui développeraient de l’emploi direct et indirect. « Un boum » économique qui serait, pour le candidat, un très bon moyen de lutter contre le fléau de l’ice.

La tête de la liste de Here Moorea Maiao, une liste ouverte et sans étiquette politique, veut aussi « créer une salle de spectacle » pour que les jeunes puissent « vivre leur culture » ; lier le transport public au transport scolaire puisque l’un sans l’autre, les entreprises n’y arrivent pas, il dit que « cinq entreprises sont déjà tombées en faillite puisqu’il n’y a pas assez de public pour les bus » ; l’ouverture d’un lycée polyvalent à Pihaena ; et mettre des éclairages tout autour de l’île pour la sécurité de Moorea avec des lampadaires solaires.

  • Teremuura Kohumoetini-Rurua, Tatou Tatou Moorea Maiao : le soutien aux familles au cœur du programme

L’élue Tavini à l’assemblée se verrait bien aussi prendre l’écharpe tricolore de la mairie de Moorea Maiao. Sur sa profession de foi, elle met en avant « l’unité » de la population, quelque soit les parcours ou la génération de chacun. Petite particularité de cette liste : les têtes des sections ne sont que des femmes. Un choix qui correspond aux actions prioritaires de l’équipe : « soutenir les familles », peut-on lire dans son interview chez nos confrères de Tahiti Infos. Teremuura Kohumoetini-Rurua souhaite d’ailleurs « faire un grand diagnostic » pour mieux connaitre les familles et ensuite « cibler les actions » à mettre en place. Dans sa profession de foi, la liste Tatou Tatou Moorea Maiao veut que toute la population puisse « vivre dignement, se loger, se déplacer, se soigner, apprendre et travailler ». C’est justement « en luttant contre les inégalités qu’une commune est forte » peut-on lire encore. La représentante à l’assemblée, qui n’a jamais répondu à nos sollicitations, veut aussi soutenir le développement des petites entreprises, de l’agriculture et de la pêche.

  • Atonia Teriinohorai, Te Mata ui no Moorea Maiao : Favorable aux grands projets pour créer de l’emploi

Lire aussi : Atonia Teriinohorai pour les grands projets mais pas « pro-Wane »

Le secrétaire général de O oe to oe rima met le travail et l’emploi au cœur de son programme. Et pour lui, seuls les grands projets commerciaux et touristiques peuvent créer de l’emploi pour les habitants de l’île. Sur les critiques faites contre ces constructions qui pourraient dégrader l’environnement ou privatiser de grands espaces, il répond que la qualité de vie des gens de Moorea est « déjà à désirer » et que les opposants de ces projets « n’ont rien compris ». Atonia Teriinohorai affirme que le tourisme est « la première économie du pays », il faut donc relancer les hôtels. La liste Te mata u’i no Moorea-Maiao veut également agrandir la zone économique de Vaiare, promouvoir les circuits courts, créer un port de pêche et un centre artisanal… Il a également un grand projet en tête : construire une route traversière de Vaiare à Opunohu.

Atonia Teriinohorai, secrétaire général de O oe to oe rima

  • Christiane Kelley, Tavini Huiraatira no Moorea-Maiao : miser sur les ressources propres de l’île

Lire aussi : Bétonnage ou capital vert,  pour Rahiti Buchin, Moorea choisira sa voie dans les urnes

La liste bleue pour la commune de Moorea-Maiao a mis le développement raisonné des îles au cœur de son programme. Pas question de laisser les grands projets touristiques ou commerciaux fleurir sans y mettre leurs conditions et peut-être même pour certains leur véto. L’équipe souhaite un développement « par et pour sa population, au travers de sa ressource verte et de son capital bleu ». Son colistier Rahiti Buchin, qui préside aussi la fédération pour l’environnement Tāhei ‘auti ia Moorea, reconnait une vision commune entre son association et son engagement politique pour « reconnecter les Polynésiens à leur terre et leur identité »« C’est pour ça que je suis dans la Fédération et que je suis avec le Tavini parce qu’on s’entend sur ces idées. Elles ont guidé ma vie jusqu’à maintenant. » Mais le combat associatif a ses limites et Rahiti Buchin estime qu’il faut désormais « prendre les rênes de la mairie » pour faire avancer les choses. Sur sa profession de foi, la liste parle d’une « commune durable et autosuffisante », « fière de son histoire et ouverte sur le monde », « porteuse d’avenir pour nos jeunes ».

  • Alain Bonno, A Here ia Moorea-Maiao : “Ne pas subir le développement mais l’organiser »

Lire aussi : Alain Bonno promet de ne pas favoriser l’intérêt du privé

Président de l’association des habitants de Temae Moorea depuis 2016 et retraité d’Air France, il mène la liste A Here ia Moorea Maiao, soutenu par le parti de Nicole Sanquer et Nuihau Laurey. Pour Alain Bonno, le tavana actuel a « davantage pris en compte l’intérêt privé au détriment de l’intérêt commun ». Il regrette que les associations n’aient pas été « entendues » par Evans Haumani, notamment sur les grands projets du groupe Wane comme la construction de l’hôtel de luxe sur la plage de Temae ou encore le Carrefour à Maharepa. Cependant sur ces questions, il consultera la population et se dit prêt à accepter ces projets si c’est le souhait de la majorité. Avec en tout cas cet objectif : « ne pas subir le développement mais l’organiser ». Concernant les problèmes avec les bus, Alain Bonno parle de monter une régie de transport communal comme solution possible. Il s’intéresse aussi à la santé et à la jeunesse et parle de créer « deux collèges et un lycée à filières multiples », d’aménager des plateaux sportifs pour la population, de créer des emplois locaux en développant « l’économie productive », et d’ouvrir un centre culturel polynésien pour la transmission des savoirs.

  • Ataria Firiapu, Moorea Maiao A ti’a mai : « Un projet communal réaliste, solidaire et durable »

Lire aussi : Ataria Firiapu défend un projet en phase avec les réalités de Moorea

L’ancien directeur de campagne et premier adjoint d’Evans Haumani part cette fois en tête de liste et refuse toute étiquette politique. Âgé de 55 ans, il est père de sept enfants dont Niuhau Firiapu, sélectionné comme gardien de but dans l’équipe de Tahiti United, dont l’énergie est « une motivation » pour le candidat. Pour lui, tout le problème de Moorea tient à son développement touristique rapide et considérable. Les gros projets de commerces ou d’hôtels sont présentés par certains comme des opportunités d’emplois mais pour Ataria Firiapu, il manque surtout des espaces culturels comme un cinéma ou une salle de spectacle. Des structures qui peuvent aussi être source d’emplois. La tête de la liste Moorea Maiao A Ti’a Mai dit qu’il « n’a rien contre messieurs Wane et Fourcade ou d’autres promoteurs, que ce pays a besoin d’eux » mais qu’il faut un développement « en concertation avec la population qui vit sur place ». Il promet un « projet communal réaliste, solidaire et durable, en phase avec la réalité du territoire ».

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