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À Moorea, Alain Bonno veut favoriser l’intérêt public sur celui du privé

À Moorea-Maiao, Alain Bonno entre dans la course aux municipales avec une ligne claire : « respecter la volonté et l’intérêt commun », ce que « le maire sortant a abandonné ». La tête de la liste A here ia Moorea Maiao, qui est aussi le président de l’association des habitants de Temae et membre de la fédération Tāhei ‘autī ia Moorea, cite notamment les grands projets portés par le groupe Wane, auxquels il compte s’opposer tant que la population n’est pas elle-même convaincue. S’il est élu, il veut aussi étudier la question d’une régie des transports communaux, et de l’aménagement des lieux publics, comme les jardins de Temae, pour que les habitants puissent y faire du sport.

Président de l’association des habitants de Temae Moorea depuis 2016, affilié à la fédération Tāhei ‘autī ia Moorea présidée par Rahiti Buchin, aussi candidat pour Moorea-Maio sur la liste de Christiane Kelley, Alain Bonno s’était déjà présenté aux dernières élections communales en tant que colistier sur la liste de Jacques Atiu. Ce retraité d’Air France, âgé de 57 ans, sera cette fois à la tête de la liste A here ia Moorea Maiao, soutenue par le parti A here ia porinetia. « Je constate que sur deux mandats, le résultat du maire actuel n’est pas satisfaisant. On souhaite proposer quelque chose d’autre à la population, toujours dans l’intérêt commun et au plus proche de la démocratie participative », explique-t-il.

« L’intérêt des populations abandonné au profit du privé »

« On voit que l’intérêt privé est davantage pris en compte au détriment de l’intérêt commun », explique Alain Bonno, qui ajoute qu’il y a une « déception » à l’encontre « des pouvoirs publics qui sont censés représenter la population », et qui finalement « abandonnent au profit de certains individus ». C’est ce qui l’a poussé à se présenter, explique-t-il en prenant l’exemple de la route d’accès à la plage de Temae, sur le terrain privé Enany. « En mars prochain, ça va faire 10 ans qu’on est dans une action judiciaire et administrative pour avoir un accès public. Et donc, cette situation qui, jusqu’ici, se déroule au tribunal, puisqu’il a été impossible de trouver des accords à l’amiable, m’a convaincu qu’il fallait passer à autre chose. En prenant les commandes, on a l’opportunité de diriger la pirogue sur un cap qui nous convient mieux, et ce cap-là c’est celui de l’intérêt commun. » Il parle de ces projets « insensés » ou « démesurés » et l’impression que la mairie « n’agit pas dans l’intérêt communautaire » et donc « d’une déception » des habitants par rapport aux pouvoirs publics.

Pour la tête de liste, le cœur du problème réside dans le manque de considération accordée à l’avis des habitants. « Le maire, à l’occasion de ses deux mandats, avait justement dit qu’il allait travailler étroitement avec les associations. Nos associations n’ont pas bénéficié de cette ouverture et c’est ce qu’on regrette », précise-t-il. Une critique qui vise notamment les grands projets du groupe Wane, comme la construction d’un hôtel de luxe sur la plage de Temae, ou encore d’un Carrefour à Maharepa – un projet interdit par l’Autorité polynésienne de la concurrence en 2022 mais auquel le groupe n’a pas renoncé.

Avec son association des habitants de Temae Moorea et la fédération Tāhei ‘autī ia Moorea, il est opposé à ces grands projets urbains « mais pas à des aménagements plus réfléchis et adaptés ». Le candidat affirme toutefois être prêt à les accepter « si telle est la volonté de la population ». Un point de vue divergent de celui de Rahiti Buchin, président de l’association Tāhei ‘autī ia, qui voit les municipales comme une forme de « consultation publique ». Selon ce membre du tavini, qui est sur la liste de Christiane Kelley, si la population souhaite la poursuite de ces infrastructures, elle reconduira le maire sortant ; si elle veut s’y opposer, elle choisira une autre liste.

« C’était impensable de soutenir un parti qui nous a abandonnés »

La liste d’Alain Bonno et celle du tavini, s’opposent aux mêmes projets et s’appuient toutes deux sur les initiatives de la Fédération Tāhei ‘autī ia Moorea, mais « l’orientation politique », n’est pas la même, précise Alain Bonno. La tête de liste reconnaît avoir « proposé à Rahiti et à Christiane de faire quelque chose ensemble ». Mais aucun accord n’a été trouvé puisqu’« ils voulaient courir sous les couleurs du Tavini » et pour Alain Bonno ce parti « les a abandonné ». « Du côté du Tavini, on a bien compris que dire non à monsieur Wane, c’est quelque chose de difficile, indique le candidat A here ia porinetia. Même si l’équipe de Moorea bleu ciel soutient le sujet de la plage de Temae ou le refus du Carrefour de Maharepa, on voit bien qu’au gouvernement et à l’Assemblée ce sont des sujets sur lesquels ils ne s’expriment pas. On peut donc se demander comment une équipe municipale sous drapeau bleu peut réaliser quelque chose qui va à l’encontre de la politique même de son parti ? »

« Une régie de transport communal »

La liste d’Alain Bonno n’est pas encore finalisée mais le candidat dit qu’il n’est pas inquiet. Son programme est aussi encore en cours d’écriture, mais les grandes orientations sont arrêtées, parmi lesquelles la question de la « mobilité ». « Le sujet du transport à Moorea revient sans cesse sur la table, c’est donc une priorité pour l’équipe. Je pense que la solution viendra d’une concertation sur toutes les possibilités qui existent, notamment par exemple monter une régie de transport communale. La commune de Taputapuatea à Raiatea ou Anaa en ont une, donc c’est possible pour Moorea aussi. »

« La santé par le sport «  avec des jardin public à Temae

Parmi les autres priorités de son programme figure « la santé et la jeunesse ». « Nous pensons que la santé passe par l’activité physique et il faut des structures, des lieux, et des aménagements, indique Alain Bonno. Le projet de jardin public à Temae fait partie de ces sites où on peut justement aménager des plateaux sportifs. » Un projet, déjà mentionné dans le Plan général d’aménagement révisé en 2013, mais que l’actuelle mairie voulait finalement modifier. Alain Bonno avait déjà plaider pour que le Pays rachète au nouveau propriétaire une emprise de taille similaire voire supérieure, mais pas située en bord de plage, qu’il procède aux aménagements avant de le rétrocéder gracieusement à la commune. « Il nous faudrait même un site comme celui de Temae ou Tahiamanu dans chacune des communes de l’île de Moorea. Nous ce qu’on souhaite c’est la multiplicité des lieux publics », ajoute-t-il.

Face à lui en mars, il pourrait y avoir près d’une dizaine de listes, dont celle de Christiane Kelley, soutenue par le Tavini, celle du maire sortant Evans Haumani, en place depuis deux mandats, et celle de l’ancien directeur de campagne du tavana actuel et ancien directeur général adjoint d’Air Moana, Ataria Firiapu avec son mouvement, « A ti’a mai Moorea Maiao ».

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