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« Bétonnage » ou « capital vert »… Pour Rahiti Buchin, Moorea choisira sa voie dans les urnes

Rahiti Buchin aux côtés de Christiane Kelley, conseillère municipale sortante et qui sera tête de liste dans cette élection. ©D.R.

Rahiti Buchin, président de la Fédération tahitienne des sports subaquatiques et de la Fédération pour l’environnement Tāhei ‘auti ia Moorea sera candidat sur la liste de Christiane Kelley, soutenue par le Tavini, aux municipales de l’île sœur. Pour le militant, aucun doute, ce vote sera l’occasion pour les habitants de choisir le mode de développement de leur île. Face à l’urbanisation qui s’accélère, aux « gros projets » qui pèsent sur l’environnement et accentuent la dépendance à l’extérieure, il entend promouvoir un développement « raisonné », qui mise sur les ressources propres de l’île, « le capital vert, l’environnement, et l’agriculture ».

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Beaucoup connaissent Rahiti Buchin pour son engagement sportif. Il préside la Fédération tahitienne des sports subaquatiques et il a d’ailleurs fêté un gros succès en novembre dernier, avec ce triplé historique de l’équipe polynésienne qu’il accompagnait aux championnats du monde au Brésil. D’autres le connaissent pour son engagement écologique : c’est lui qui mène la fédération pour l’environnement Tāhei ‘auti ia Moorea, et ses combats contre certains projets d’urbanisation jugés excessifs sur l’île. Mais Rahiti Buchin est aussi engagé en politique, du côté du Tavini : il était d’ailleurs le suppléant de Tematai Le Gayic aux législatives de 2024. Un temps pressenti pour prendre la tête de liste aux municipales, il figurera finalement en bonne place sur la liste de Christiane Kelley, conseillère municipale sortante, et choisie par les militants locaux du Tavini pour porter les couleurs bleu ciel dans le scrutin.

La liste, Tavini huiraatira no Moorea, n’a pas encore été officialisée, mais elle devrait l’être dans quelques jours. Rahiti Buchin, lui, en est déjà sûr : il s’agit déjà « d’une très bonne liste, avec une tête de liste en qui on croit et qui a toutes ses chances pour pouvoir être la prochaine première mairesse de Moorea ».

« La population n’est pas assez associée »

À l’entendre, l’enjeu principal des municipales à Moorea, c’est le développement urbain de l’île qui concentre beaucoup de tensions : la plage de Temae et son grand projet hôtelier, les projets touristiques de plus petite envergure, mais qui grapillent de plus en plus d’espaces de nature, les projets de supermarchés comme le Carrefour de Maharepa, les enseignes de plus en plus nombreuses à vouloir s’implanter de l’autre côté du chenal…

« Notre axe directeur va être le développement de Moorea, mais le développement par et pour sa population, au travers de sa ressource verte et de son capital bleu », pointe le candidat. Après les nombreux débats citoyens durant la mandature actuelle sur tous ces grands projets, le mouvement défend « une philosophie de conduite ». « On n’est pas d’accord avec la vision actuelle. On veut apporter vraiment une autre façon de voir le développement de Moorea. On trouve que là, ça va un peu trop vite. » Rahiti Buchin critique le tavana Evans Haumani qui avait promis de « s’engager dans une démarche de consultation de sa population, pour un véritable co-développement. Rien que sur ce point-là, on n’y est carrément pas. On trouve que la population n’est pas assez associée à la vision du développement de Moorea ».

« C’est le choix que la population va faire, qui va définir le développement de Moorea »

Pour Rahiti Buchin, cette élection municipale va permettre à la population de donner sa position : pour ou contre les grands projets prévus sur l’île. « C’est le choix que la population va faire qui va définir le développement de Moorea. Est-ce que son choix, c’est d’aller vers un développement comme celui qu’on vit actuellement ? Nous, on pense que non, mais on verra. Ça va être un peu une consultation. On veut quoi ? On veut continuer sur cette lancée et puis ressembler à l’extérieur ou, au contraire, s’asseoir un peu, se baser sur nos forces et développer de manière sereine, vraiment au profit de notre population. »

Pour le militant, la création d’emplois ne passe pas forcément que par de gros projets, avec « bétonnage » et « mise en danger de l’environnement ». « Ce n’est pas la vision du Tavini, ce n’est pas notre vision et on espère pouvoir gagner ces élections pour porter une autre voix sur le développement de notre magnifique île. »

« On est en train d’asseoir cette dépendance avec l’extérieur »

Rahiti Buchin et ses colistiers veulent aussi s’attaquer à la dépendance des produits d’importation en développant « le capital vert, l’environnement, et l’agriculture ». Ils parlent de mettre du foncier à disposition pour des projets agricoles, d’accompagner les particuliers vers l’autosuffisance mais aussi la sobriété. « Ce n’est pas du tout un retour en arrière, assure-t-il. Mais une grande avancée. On valorise vraiment ce que l’on sait, ce que l’on a, et nos produits à nous. Quand on développe des grosses structures comme Carrefour on est en train d’asseoir encore plus cette dépendance que nous avons avec l’extérieur. »

D’autres candidats défendent des visions alternatives à celle de l’équipe actuelle sur le développement de la commune. Notamment Alain Bonno, qui mène la liste A here ia Moorea Maiao, et qui fréquente Rahiti Buchin au sein de la fédération Tāhei ‘auti ia Moorea. Certains auraient d’ailleurs bien vu les deux hommes sur la même liste pour ces municipales. Les sensibilités et alliances politiques en ont voulu autrement.

« La Fédération, c’est la Fédération », pointe Rahiti Buchin qui souhaite qu’aucun amalgame ne soit fait entre Tāhei ‘auti ia Moorea et la liste de Christiane Kelley, Tavini huiraatira no Moorea. Même s’il reconnait une vision commune avec leur opposition aux gros projets et leur volonté de « reconnecter les Polynésiens à leur terre et leur identité ». « C’est pour ça que je suis dans la Fédération et que je suis avec le Tavini parce qu’on s’entend sur ces idées. Elles ont guidé ma vie jusqu’à maintenant. »

Aujourd’hui, il considère que le combat associatif a ses limites et qu’il faut « prendre les rênes de la mairie » pour faire avancer les choses. « Au niveau de la Fédération, nous sommes plusieurs membres du comité à nous être engagés sur des listes. J’ai moi-même motivé mes gars à s’engager dans le respect de leurs convictions politiques. Malgré ça, il y en a qui disent que la Fédération est au final juste une extension politique. Je laisse les gens dire ce qu’ils veulent. »

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