ACTUS LOCALESSECTEUR PRIMAIRE « Rien n’est acté » sur les quotas de fruits et légumes, mais le secteur reste inquiet Lucie Ceccarelli 2026-03-12 12 Mar 2026 Lucie Ceccarelli © CAPL La Chambre de l’agriculture, tout comme le Syndicat des agriculteurs de Polynésie, demandent une rencontre avec le gouvernement à propos des quotas d’importation de fruits et légumes. Une levée partielle et temporaire de ces quotas a été discutée dans une réunion technique, soulevant des craintes de « mise à mort » de la production locale. Devant le tollé, l’exécutif assure qu’aucun texte n’était aujourd’hui sur la table et que toute « évolution potentielle du cadre réglementaire » serait conduite dans la « concertation » et la « transparence ». La libéralisation des importations de fruits et légumes sur une phase test de six mois, évoquée par les ministères de l’Économie et de l’Agriculture, inquiète le Syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP), mais aussi la Chambre de l’agriculture et de la pêche lagonaire (CAPL). Cette dernière était convoquée ce mercredi, comme l’a relaté Tahiti Infos, à une réunion avec les deux ministres concernés, ainsi que la Direction générale des affaires économiques et en présence de deux agriculteurs, afin d’évoquer cette épineuse question. Il s’agissait d’une « réunion technique pour entendre les représentants sur la proposition de changer le système des quotas », a fait savoir le ministère de l’Agriculture, qui précise qu' »il ne s’agit pas de lever les importations mais de réévaluer le niveau de la consommation locale » selon les réalités actuelles, chose qui n’a pas été faite depuis 2008. « Aujourd’hui, la consommation a augmenté et doit être réévaluée afin de mettre en évidence des débouchés supplémentaires. Si le niveau est trop bas, on entretient la pénurie », précise le ministère, qui se défend de vouloir mener une « libéralisation franche et totale ». « Chaque mois, on accorde des quotas d’importation sur les fruits et légumes pour lesquels on sait que l’agriculture locale n’arrivera pas à fournir », ajoute-t-il. « Des risques importants » selon la CAPL Si la mesure test n’est aujourd’hui qu’au stade de la discussion, selon le ministère, elle alarme déjà les représentants des agriculteurs. « On est très frileux sur ce sujet-là car il y a beaucoup d’enjeux », confie Marc Fabresse, directeur de la CAPL, qui ajoute qu’il faut encore « discuter et être constructif, car rien n’est acté ». Cette mesure « ne concerne pas tous les fruits et légumes » et des « garde-fous » doivent être mis en place, mais elle comporte néanmoins des « risques importants car on va dans l’inconnu ». Si ces risques ont été présentés lors de la réunion par la CAPL, cette dernière a de surcroît envoyé un courrier ce jeudi au Pays, afin de solliciter une rencontre sur le sujet. Le président de la CAPL Thomas Moutame, également maire de Taputapuatea et actuellement en campagne sur Raiatea, fait savoir qu’il est « opposé à cette mesure ». « S’il faut monter au créneau, je le ferai. Je suis là pour défendre les agriculteurs » contre cette « mise à mort ». En plus d’être défavorable à l’expérimentation, la CAPL est également défavorable à la date évoquée, dès le mois de mai, pour la mise en place de cette mesure. « C’est Matari’i i raro, ce n’est pas la saison adaptée car c’est la période où les productions locales reviennent en force », explique Marc Fabresse, qui tempère malgré tout en évoquant une « réunion intéressante et très constructive » mercredi, qui a permis de nourrir le débat. La CAPL attend maintenant un second rendez-vous afin d’obtenir davantage de détails et de « trouver des solutions pour améliorer les relations commerciales », en incluant les agriculteurs aux discussions. Le SAP craint que l’agriculture locale ne disparaisse Le SAP, de son côté, a organisé une conférence de presse ce jeudi matin afin de dénoncer cette mesure aux « conséquences catastrophiques », selon son vice-président par intérim, Kalani Teixeira. En premier lieu, le syndicat craint de voir disparaître la conférence agricole qui, « depuis cinquante ans, régule l’importation des produits à l’étranger au profit de la production locale. Aujourd’hui, il s’avère que les ministres de l’Économie et de l’Agriculture vont supprimer la conférence agricole. C’est tout à fait aberrant. Deuxièmement, il y a plusieurs leviers pour protéger la production locale. On pourrait mettre des taux de marge fixe. Il y a aussi des options comme la taxe de développement local. Les agriculteurs sont déjà sous pression avec la loi sur les pesticides. On va encore ajouter la libéralisation totale des importations. L’agriculture va disparaître. Et ça, je ne peux pas accepter. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/SON-QUOTA-AGRICULTURE-KALANI.wav Le ministre de l’Agriculture a diffusé en fin de journée, ce jeudi, une communication précisant « qu’aucun texte relatif à la mise en place de nouveaux quotas d’importation de fruits et légumes n’a été pris en Conseil des ministres » et que « toute évolution éventuelle du cadre réglementaire serait, le cas échéant, conduite dans un esprit de concertation avec les acteurs concernés et dans la plus grande transparence ». Marche arrière ? Pas entièrement. Le ministère de Taivini Teai, « dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes » dit vouloir à la fois « soutenir durablement l’agriculture locale », « développer la souveraineté alimentaire du territoire » et « sécuriser l’approvisionnement alimentaire de la Polynésie française ». Ce qui implique tout de même de travailler sur cette question des quotas d’importations.