ACTUS LOCALESFAITS DIVERS Emprisonné pour viol de sa fille aînée, il récidive sur sa cadette durant ses permissions Alexandra Perrini 2026-04-07 07 Avr 2026 Alexandra Perrini Image d'illustration. Un homme âgé de 59 ans comparaissait ce mardi matin au tribunal correctionnel pour des agressions sexuelles incestueuses. Les faits se sont déroulés entre 2014 et 2018 alors que sa fille était âgée de 8 à 12 ans. L’homme, qui avait déjà été condamné à quinze ans de réclusion pour un viol sur une autre de ses filles, l’aînée qui était tombée enceinte, profitait de ses permissions pour se rendre au domicile familial malgré l’interdiction. La cadette a expliqué pendant l’enquête que son père la forçait à pratiquer des préliminaires et a également évoqué des tentatives de pénétration. Malgré les faits d’une extrême gravité, la victime, âgée aujourd’hui de 20 ans, a assuré à la barre vouloir donner une seconde chance à son père. Les juges l’ont condamné à douze ans de prison ferme. « Cette audience ne peut susciter que l’effroi et l’étonnement. » Ce mardi, au tribunal correctionnel, un homme âgé de 59 ans comparaissait pour agression sexuelle incestueuse sur l’une de ses filles. Père de onze enfants, l’homme jugé en récidive avait déjà été condamné à quinze ans d’emprisonnement par la Cour d’assises en 2008 pour avoir violé une autre de ses enfants, qui était tombée enceinte. Il avait finalement passé neuf ans derrière les barreaux et c’est lors de ses permissions de sortie en 2014, avant même qu’il ne soit définitivement libre, que le prévenu avait fait la rencontre de sa dernière fille, âgée de 8 ans. « Il faut reconnaître que dans ce dossier, la justice a failli », admet le procureur. Les faits, qui se sont déroulés jusqu’en 2018, relatent des attouchements sexuels tels que des fellations forcées ou des tentatives de pénétration. Dans les déclarations lues par le président, la victime évoquait du « chantage sexuel » de la part de son géniteur. « On n’avait pas de moyens, la vie était dure et il fallait se débrouiller. Papa me faisait du chantage pour que j’aie ce que je voulais », explique la victime âgée de 20 ans aujourd’hui. Pour le prévenu, épaulé par une interprète, tout ceci ne sont « que des mensonges ». Bien que l’homme avait interdiction d’entrer en contact avec la fillette, il explique à la barre qu’il revenait régulièrement au domicile familial lors de ses autorisations. « Papa dormait à côté de maman mais j’étais toujours entre les deux. Il m’a embrassée et j’ai mangé son s*** », détaille le président en citant les déclarations de la jeune victime lorsqu’elle est interrogée par les enquêteurs en 2020. Pendant deux ans, la jeune fille a caché les agressions sexuelles qu’elle subissait, avant de se confier à une amie de l’internat où elle était scolarisée, à Makemo. Lors de l’enquête, l’adolescente a expliqué que les faits se passaient également lorsque sa mère était absente, lors de rendez-vous administratifs notamment. À ses 12 ans, elle avait alors réalisé que « ce n’était pas de l’amour » et avait refusé les avances de son père. Ce dernier l’avait étranglée car elle « ne voulait pas aller sur ses genoux », poursuit le président. Le tribunal questionne alors le prévenu concernant cet épisode de violence. De nouveau, il nie à la barre. « Je ne pense pas que ça va recommencer » À sa sortie définitive en 2017, le père était retourné vivre avec sa famille malgré sa condamnation pour viol incestueux et s’était vu offrir une « deuxième chance », précise le président en lisant désormais les déclarations de la mère. Elle expliquait alors qu’elle aurait dû être plus attentive au comportement du père de famille « mais nous (elle et son mari NDLR) étions trop dans l’alcool », se défendait-elle en ajoutant que le prévenu était alors le seul qui travaillait et pouvait subvenir aux besoins de tous. Un discours identique prononcé aujourd’hui par la jeune victime, mère d’un enfant d’un an. Face aux juges, elle assure vouloir « aller de l’avant » plutôt que de « rester bloquée dans le passé ». Et c’est pour cette raison qu’elle vit toujours au domicile familial, aux côtés de sa mère… et de son père. « Je ne pense pas que ça va recommencer car maintenant, j’ai la mentalité. Je sais ce qu’il faut faire et ne pas faire. Avant, j’étais perdue », indique la jeune fille au micro. Une réponse qui ne manque pas d’étonner le tribunal : « On est dans les mêmes conditions que ce qu’il s’est passé avec ta sœur. Pourquoi ça ne recommencerait pas ? », interroge le président. « Je pense qu’on peut lui laisser une chance », répond alors la victime. Elle explique par ailleurs avoir discuté du procès avec son père, pas plus tard que lundi, veille du procès. « Vous avez eu un échange avec votre fille hier soir. Ce ne serait pas le moment d’arrêter de dire que les faits sont faux et de confirmer ce qu’il s’est passé ? », hausse le procureur. 16 000 enfants victimes d’inceste par an Le procureur rappelle alors l’importance de lutter contre les violences sexuelles intrafamiliales, « bien trop présentes » à Tahiti, note-t-il. D’après ses chiffres, « on estime à 16 000 le nombre d’enfants victimes d’inceste sur le territoire contre 2 000 personnes condamnées pour des infractions sexuelles commises dans la sphère familiale, par an. On va devoir redoubler de prudence », insiste le parquet concernant le dossier de ce mardi. L’avocate de la victime, Me Temanava Bambridge, précise de son côté que sa cliente « attendait ce procès comme une délivrance bien qu’elle n’ait pas entendu les regrets de la part de son père ». « Elle n’a pas le droit au pardon. C’est elle qui doit pardonner », poursuit la pénaliste face au juge qui demande la somme de 3 millions de francs « à titre de dommages et intérêts ». Me Hina Lavoye, l’avocate de la défense, cite de son côté l’expertise gynécologique réalisée deux ans après les faits. D’après le gynécologue, l’hymen était alors intact. Elle explique en parallèle que, lors de ses auditions, le prévenu avait « montré ses émotions en pleurant ». Le comportement de quelqu’un « pas totalement impassible émotionnellement », d’après elle. « Je n’y étais pas, vous n’y étiez pas. Il y a deux versions et pas d’autres plaintes », souligne l’avocate. Conformément aux réquisitions du parquet, le père de famille a été condamné à douze ans d’emprisonnement ainsi qu’à une interdiction de paraître au domicile de la victime et d’entrer en contact avec elle.