ACTUS LOCALESÉVÉNEMENTSOCIÉTÉ Exercice tsunami : après les évacuations, un déploiement militaire aux Marquises La rédaction 2025-06-04 04 Juin 2025 La rédaction Le Bougainville quitte Papeete ce mercredi, le déploiement aux Marquises est prévu dans une dizaine de jours ©HC Un exercice grandeur nature a été mené mardi par les services d’État dans toutes les communes des Marquises, archipel fortement exposé au risque de tsunami. Sirènes, messages de FR-Alert sur les téléphones, évacuations vers les hauteurs dans certaines zones… Un test grandeur nature du dispositif Orsec qui visait à renforcer « la culture du risque et la réactivité face à ce danger ». Et qui sera complété par un volet militaire : le Bougainville a embarqué ce mercredi une centaine de marins et soldats du Rimap, qui mettent le cap sur Nuku Hiva, Ua Pou et Ua Huka. Objectif : s’entrainer aux missions de soutien aux populations, mais aussi former des pompiers et muto’i locaux. Une hypothèse réaliste, un risque bien connu. Depuis le XIXᵉ siècle, on estime à vingt le nombre de raz-de-marée qui ont causé des dégâts, matériels comme humains au fenua. Et l’archipel des Marquises, de par sa position géographique et son mode de vie tourné vers la mer, est particulièrement exposé au risque de tsunami. D’où le choix des services de l’État d’organiser, ce mardi, un exercice Orsec Tsunami centré sur la Terre des hommes. Un déploiement de A à Z L’exercice repose sur une supposition crédible : un séisme majeur à l’est des îles Tonga, dans une zone connue pour son activité sismique. Un événement de ce type peut générer un tsunami capable d’atteindre la Polynésie en moins de trois heures. À 10h00, donc, le Centre Polynésien de Prévention des Tsunamis (CPPT) détecte l’événement simulé et envoie l’alerte officielle à la Direction de la Protection Civile, conformément au protocole. Le scénario est déroulé dans son intégralité, sans accroc. Les systèmes d’alerte sont testés en conditions réelles : FR-Alert, le système national d’alerte qui permet d’envoyer des notifications instantanées, retentit sur les téléphones des habitants de l’archipel, et les sirènes sont déclenchées en simultané dans les communes concernées. Une mise en situation nécessaire pour vérifier l’efficacité « des dispositifs d’alerte et de coordination, tout en renforçant l’acculturation au risque tsunami », indique Haut-commissariat, dans un communiqué. La population marquisienne aussi s’est prêtée à l’exercice : dans plusieurs communes, des évacuations vers les hauteurs ont eu lieu, en suivant les consignes transmises en amont. Car en cas d’alerte tsunami, la marche à suivre indiquée par les services d’État est claire — et valable pour toute la Polynésie. Une fois le signal d’alerte entendu – un son modulé d’une minute, diffusé trois fois, avec 5 secondes de pause entre chaque – la population est appelée à : Évacuer immédiatement les zones littorales vers les hauteurs : Marquises : au-delà de 20 mètres d’altitude Nord et Est de Tahiti : au-delà de 10 mètres ou 300 mètres de la côte Sous-le-Vent, Moorea, Australes, Gambier : au-delà de 3 mètres ou 300 mètres Tuamotu : rejoindre l’abri de survie ou le point le plus haut Ne pas aller chercher ses enfants à l’école : ils seront pris en charge par le personnel encadrant. Limiter les appels téléphoniques : privilégier les SMS pour éviter de saturer les réseaux. Ne pas redescendre vers la mer avant les consignes officielles. Le Rimap à Nuku Hiva, Ua Pou et Ua Huka L’exercice Orsec Tsunami ouvre la voie à un nouvel entraînement : le déploiement des forces armées sous la conduite du Rimap, dans les îles de Nuku Hiva, Ua Pou et Ua Huka. L’objectif de ce volet militaire : évaluer leur capacité à intervenir rapidement en soutien à la population, en testant la logistique et la coordination interarmées face à une catastrophe naturelle. Pas moins d’une centaine de militaires doivent embarquer ce mercredi sur le bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer Bougainville en direction de Henua Enata pour un débarquement dans une dizaine de jours. Sur place, outre les exercices de déploiement, des actions de sensibilisation de la jeunesse sont au programme, de même que des formations à destination des pompiers et gendarmes de l’archipel. « Cela s’inscrit dans une logique de complémentarité entre les missions de sécurité civiles et les moyens militaires disponibles », précise le Haut-commissariat. Arthur Fitoussi Pourquoi les Marquises sont particulièrement exposées ? Mais pourquoi, plus que pour un autre phénomène naturel, le risque de tsunami nécessite-t-il une préparation particulière ? Qu’est-ce qui le rend si dangereux ? « Car le tsunami est un phénomène qu’il n’est pas possible de prévoir et qui peut arriver à tout moment », répond Stéphane Quéma, responsable du laboratoire de géophysique de Polynésie. À cela s’ajoute un facteur aggravant : la vitesse de propagation. Dans le Pacifique, un tsunami se déplace à 800 km/h, laissant entre 3 heures (si le séisme vient de Tonga ou Samoa) et 10 heures (s’il vient du Chili) avant d’atteindre la Polynésie. Une rapidité qui oblige, comme le souligne Émilie Havez, directrice de cabinet du Haut-commissariat, à être préparé pour réagir efficacement et atténuer les dégâts. En Polynésie française, tous les archipels ne sont pas exposés de la même manière aux risques de tsunami. Les Marquises présentent un risque élevé, les îles de la Société et les Australes un risque modéré, tandis que les Tuamotu et les Gambier sont globalement moins exposés. Pourtant, à première vue, on pourrait croire que les Tuamotu, avec des atolls bas et un faible relief, sont les plus vulnérables. En réalité, c’est tout l’inverse… Mais comment expliquer, par exemple, que les Marquises soient plus à risque que les Tuamotu ? Ce n’est pas à cause de la barrière de corail. « Les îles Marquises disposent d’un plancher océanique (…) avec des pentes très, très douces qui ont tendance à amplifier les tsunamis. Donc, l’impact du tsunami va être plus important aux Marquises, contrairement aux Tuamotu, où les pentes des atolls sont plus abruptes, et donc l’impact sera moindre », explique Stéphane. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/MARQUISES-1-pascal-geophysique.wav En effet, le risque de tsunami varie en « fonction de la pente sous-marine à l’approche des îles. Plus la pente est douce, plus l’amplification du tsunami est forte. C’est pourquoi l’impact d’un tsunami est différent pour chaque archipel, mais également à l’échelle d’une île », comme le résume le Haut-commissariat.