ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT « Feeding » de requins : enquête ouverte après la morsure de Tiahura Vaitiare Pereyre 2025-05-27 27 Mai 2025 Vaitiare Pereyre Le parquet a ouvert une enquête pour « blessure involontaire » et « mise en danger de la vie d’autrui » après une morsure de requins sur le banc de sable de Tiahura, à Moorea, voilà une dizaine de jours. La jeune femme, attaquée par deux requins pointes noires et qui s’en est tiré avec 38 points de suture, avait dénoncé le nourrissage effectué à quelques mètres de là par des prestataires touristiques de Moorea. Un « feeding » interdit en Polynésie, mais régulièrement pratiqué sur ce site très fréquenté. Elle avait d’abord tenté de porter plainte auprès de la gendarmerie de l’île sœur, ce qui lui a été, étrangement, refusé, avant de s’adresser à la gendarmerie de Taravao, où elle réside. Lire aussi: 38 points de suture après une attaque de requins à Tiahura Après avoir été mordue par deux requins pointes noires au banc de sable de Tiahura à Moorea, la victime a finalement déposé plainte pour mise en danger d’autrui… à Taravao. La jeune femme a dû insister : à la gendarmerie de Moorea, on l’avait orienté vers une simple main-courante, en lui indiquant – à tort – qu’une plainte était impossible dans ce genre de cas. Pour rappel cette jeune biologiste de 32 ans nageait en famille sur le site très prisé de Tiahura lorsqu’elle a été attaquée par des squales, visiblement excités par la chasse d’un poulpe… mais aussi par la présence, selon elle, d’un prestataire touristique en train de jeter à l’eau une « mixture » composée de restes de poissons, pour faire venir les requins et raies vers ses clients. Résultat : 38 points de suture, et une forte conviction que l’accident aurait pu être évité. « Il n’a pas voulu prendre ma plainte » Le lendemain de cette péripétie elle contacte donc, comme lui avait conseillé l’hôpital de Afareaitu, la gendarmerie de Moorea, pour « connaître la procédure ». Surprise : quand elle a évoqué un éventuel dépôt de plainte, son interlocuteur lui refuse d’emblée : « Le gendarme m’a répondu qu’il ne pouvait pas recevoir ma plainte, parce que ce qui m’était arrivé, étant donné que j’étais dans de l’encre du poulpe, ce n’était pas directement lié au feeding, explique-t-elle. Il m’a dit clairement que si je voulais mettre en cause le feeding, il aurait fallu que ce soit un bout de poisson qui passe et que la morsure ait lieu à ce moment-là. Il n’a pas voulu prendre ma plainte et m’a dit ‘tu peux déposer une main courante’ seulement. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/REQUIN-1.wav À ce moment là le gendarme évoque des nuances entre feeding (nourrissage) et smelling (appâtage), et reconnaît aussi « ne pas bien connaître la réglementation ». La victime, elle, s’informe sur la toile et se rend compte que les deux pratiques sont quoiqu’il arrive interdites. Elle attend donc son retour à la presqu’île de Tahiti, où elle réside, pour porter plainte à la gendarmerie de Taravao ce vendredi. Cette fois, sa plainte est enregistrée. Ce lundi, elle a même reçu un appel des autorités lui confirmant que le parquet a ouvert une enquête pour « blessures involontaires » et « mise en danger d’autrui par violation d’une obligation réglementaire ». En attendant de connaître la suite, Margaux a rendez-vous avec un légiste ce mercredi. Relancer le débat La biologiste marine, qui vit à Tahiti depuis 10 ans, espère que cette affaire relancera le débat sur le respect de l’interdiction du feeding. « Ça me paraît important de noter qu’avec le feeding, le comportement des requins est modifié. C’est certes un concours de circonstances, mais ça aurait pu arriver à n’importe qui et l’idée, c’est de dire que le feeding ou le smelling, peu importe ce que c’est, ça les excite et c’est plus propice aux accidents. Donc si on pouvait arrêter de faire ça, c’est vrai que ça serait beaucoup mieux« . https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/REQUIN-2.wav Pour rappel, le nourrissage des espèces sauvages est bien prohibé depuis la publication de la Loi du Pays n° 2017-25 du 5 octobre 2017 relative au code de l’environnement de la Polynésie française. La loi interdit notamment : « d’attirer à soi de quelques manières que ce soit des espèces sauvages, notamment par des gestes, bruits ou promesses de nourriture, lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour les autres utilisateurs de l’espace ou d’attirer des prédateurs. » Des dispositions claires, mais pourtant très diversement appliquées et très peu sanctionnées, sur le terrain, par la Direction de l’Environnement… Qui a de quoi être interpellée par ce récent accident.