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« Feeding » de requins : enquête ouverte après la morsure de Tiahura

Le parquet a ouvert une enquête pour « blessure involontaire » et « mise en danger de la vie d’autrui » après une morsure de requins sur le banc de sable de Tiahura, à Moorea, voilà une dizaine de jours. La jeune femme, attaquée par deux requins pointes noires et qui s’en est tiré avec 38 points de suture, avait dénoncé le nourrissage effectué à quelques mètres de là par des prestataires touristiques de Moorea. Un « feeding » interdit en Polynésie, mais régulièrement pratiqué sur ce site très fréquenté. Elle avait d’abord tenté de porter plainte auprès de la gendarmerie de l’île sœur, ce qui lui a été, étrangement, refusé, avant de s’adresser à la gendarmerie de Taravao, où elle réside.

Après avoir été mordue par deux requins pointes noires au banc de sable de Tiahura à Moorea, la victime a finalement déposé plainte pour mise en danger d’autrui… à Taravao. La jeune femme a dû insister : à la gendarmerie de Moorea, on l’avait orienté vers une simple main-courante, en lui indiquant – à tort – qu’une plainte était impossible dans ce genre de cas. Pour rappel cette jeune biologiste de 32 ans nageait en famille sur le site très prisé de Tiahura lorsqu’elle a été attaquée par des squales, visiblement excités par la chasse d’un poulpe… mais aussi par la présence, selon elle, d’un prestataire touristique en train de jeter à l’eau une « mixture » composée de restes de poissons, pour faire venir les requins et raies vers ses clients. Résultat : 38 points de suture, et une forte conviction que l’accident aurait pu être évité.

« Il n’a pas voulu prendre ma plainte »

Le lendemain de cette péripétie elle contacte donc, comme lui avait conseillé l’hôpital de Afareaitu, la gendarmerie de Moorea, pour « connaître la procédure ». Surprise : quand elle a évoqué un éventuel dépôt de plainte, son interlocuteur lui refuse d’emblée : « Le gendarme m’a répondu qu’il ne pouvait pas recevoir ma plainte, parce que ce qui m’était arrivé, étant donné que j’étais dans de l’encre du poulpe, ce n’était pas directement lié au feeding, explique-t-elle. Il m’a dit clairement que si je voulais mettre en cause le feeding, il aurait fallu que ce soit un bout de poisson qui passe et que la morsure ait lieu à ce moment-là. Il n’a pas voulu prendre ma plainte et m’a dit ‘tu peux déposer une main courante’ seulement. »

À ce moment là le gendarme évoque des nuances entre feeding (nourrissage) et smelling (appâtage), et reconnaît aussi « ne pas bien connaître la réglementation ». La victime, elle, s’informe sur la toile et se rend compte que les deux pratiques sont quoiqu’il arrive interdites. Elle attend donc son retour à la presqu’île de Tahiti, où elle réside, pour porter plainte à la gendarmerie de Taravao ce vendredi. Cette fois, sa plainte est enregistrée. Ce lundi, elle a même reçu un appel des autorités lui confirmant que le parquet a ouvert une enquête pour « blessures involontaires » et « mise en danger d’autrui par violation d’une obligation réglementaire ». En attendant de connaître la suite, Margaux a rendez-vous avec un légiste ce mercredi.

Relancer le débat

La biologiste marine, qui vit à Tahiti depuis 10 ans, espère que cette affaire relancera le débat sur le respect de l’interdiction du feeding. « Ça me paraît important de noter qu’avec le feeding,  le comportement des requins est modifié. C’est certes un concours de circonstances, mais ça aurait pu arriver à n’importe qui et l’idée, c’est de dire que le feeding ou le smelling, peu importe ce que c’est, ça les excite et c’est plus propice aux accidents. Donc si on pouvait arrêter de faire ça, c’est vrai que ça serait beaucoup mieux« .

Pour rappel, le nourrissage des espèces sauvages est bien prohibé depuis la publication de la Loi du Pays n° 2017-25 du 5 octobre 2017 relative au code de l’environnement de la Polynésie française. La loi interdit notamment : « d’attirer à soi de quelques manières que ce soit des espèces sauvages, notamment par des gestes, bruits ou promesses de nourriture, lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour les autres utilisateurs de l’espace ou d’attirer des prédateurs. » Des dispositions claires, mais pourtant très diversement appliquées et très peu sanctionnées, sur le terrain, par la Direction de l’Environnement… Qui a de quoi être interpellée par ce récent accident.

 

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1 Commentaire

  1. Maui
    28 mai 2025 à 11h26 — Répondre

    Oui, mais, quelle hypocrisie : franchement, qui ne le sait déjà, et ce, depuis longtemps Il suffit de fréquenter le lieu !
    La scène est quotidienne.
    Que le gendarme du  » cru  » (témoignage à confirmer, évidemment, pouvant en tout cas d’ores et déjà relever qu’il vit sur place…), s’efforce de faire accroire que, malgré les blessures et les préjudices d’ordre psychologique, physique et financier, le délit étant par ailleurs flagrant, il lui revient de s’arroger le pouvoir de rejeter le dépôt de plainte (!!!), relève d’une problématique de fond. En Corse, en Bretagne, sur la côte basque ou méditerranéenne, en Australie, en Nouvelle-Zélande… le représentant de la loi renvoie la victime dans ses buts, offrant par la même occasion une porte de sortie aux contrevenants, les incitant donc à poursuivre ? Une blessée (ce n’est pas le premier cas sur le lieu désigné !) : cela ne compte pas ; une ou un mort : éventuellement une réaction des autorités, du  » gendarme  » sur place… encore que (ce pauvre gamin, étranger, dont la vie a été fauchée par un ignoble fou à la barre… vous connaissez le résultat de l’enquête : pas de responsable, pas de coupable, pas de compassion, pas de mesures correctives (coercitives, ce serait fantasmer !), pour imposer un minimum de respect des règles du lagon et de la mer … un pré-ado percuté plein pot au cours d’une innocente et banale baignade. Il n’est pas de chez nous. Ouf ! Cold Case !

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