ACTUS LOCALESCULTUREPOLITIQUE

Humiliations, violences, pressions… Le Pays enquête sur « l’envers du décor » du CMA


Plusieurs élèves et agents du Centre des métiers d’art ont signalé ces dernières semaines de
« graves dysfonctionnements » au sein de l’établissement. Inquiet du manque de réaction du Pays, le groupe, qui pointe notamment du doigt le directeur Viri Taimana, a saisi la député Nicole Sanquer, qui a rapporté ce matin à l’assemblée cet « envers du décor » du CMA. « Humiliations, violences physiques, morales et psychologiques »… Des faits déjà au centre d’une enquête administrative, d’après Moetai Brotherson. Le président parle d’une « mise à pied conservatoire » mais regrette que ces accusations soient rendues publiques avant d’être étayées ou prouvées, à des fins d’instrumentalisation politique selon lui.

« Surprise » et « consternation » pour Nicole Sanquer, qui a reçu il y a quelques jours un groupe « d’élèves, d’enseignants et d’administratifs » du Centre des métiers d’art, venus à la rencontre de la députée et représentante à l’assemblée pour signaler de « graves dysfonctionnements » au sein de l’établissement. Des dysfonctionnements qui avaient, d’après la cheffe de file de A Here ia Porinetia, déjà été rapportés à la présidence il y a trois mois, puis au ministère et de la Culture le mois dernier. Sans effet sur l’ambiance au sein du CMA.

« Une situation qui perdurerait depuis des années »

Les faits rapportés sont pourtant graves : « Humiliations, violences physiques, morales et psychologiques, propos insultants et irrespectueux, harcèlement, pendant et hors les cours, pressions multiples, a listé l’ancienne ministre de l’Éducation lors d’une question orale au gouvernement, ce matin à l’assemblée. Une situation qui perdurerait depuis des années, et qui depuis des années aurait entraîné des abandons de formation, des ruptures d’inspiration, et même pour quelques-uns d’entre eux, une envie de mourir. »

L’élue décrit des élèves et agents qui se rendent au centre de Mamao « la peur au ventre », des menaces qui « se concrétiseraient au cours des commissions d’attributions des cartes professionnelles », où l’avis des représentants du CMA est prépondérant, et des témoignages « emplis de désespoir » vu l’inaction des autorités de tutelle. La députée prend soin de ne pas citer de noms, mais c’est notamment le directeur de l’établissement Viri Taimana qui est visé par ces signalements, comme on le confirme du côté de l’administration.

Nicole Sanquer prend aussi soin de préciser que le ministre de l’Éducation et de la Culture Ronny Teriipaia « a pris ses responsabilités » en demandant récemment une mise à pied conservatoire et l’ouverture d’une enquête administrative. Elle s’interroge donc sur le manque de réaction de la présidence face à des « suspicions légitimes ». « L’ensemble des démarches entreprises par le personnel et les élèves du CMA fait état aujourd’hui de la nécessité absolue d’agir afin que toute la lumière sur les dysfonctionnements de cet établissement soit effectuée au plut tôt », conclut-elle, parlant, dans le cas contraire, d’un « acte de négligence » du président du Pays.

Un volet « relationnel » et un volet « gestion »

Ces accusations ont bien été formulées officiellement auprès de l’administration. Mais « au mois de mars » et pas avant, insiste Moetai Brotherson, qui assure vouloir agir avec « rigueur et diligence » sur le sujet. Les faits signalés font « depuis lors » l’objet d’un suivi et d’une instruction par les autorités compétentes, assure-t-il. « La Direction des talents et de l’innovation (DTI), en lien avec les ministères de la Culture et de la Fonction publique, est pleinement mobilisée sur ce sujet, répond le président. Les mesures jugées nécessaires, à savoir la mise à pied à titre conservatoire pour assurer une protection immédiate des agents et des élèves dans l’attente des résultats de l’enquête administrative et des sanctions idoines, sont engagées dans le strict respect des procédures en vigueur et des principes de neutralité, que vous semblez oublier, d’impartialité et de protection des personnes. »

Nicole Sanquer décrit pourtant une Direction des talents et de l’innovation (née récemment de la fusion de la DGRH et de la DMRA) toujours « en attente d’instructions pour agir » à la veille de la séance de l’assemblée. Faux, répond Moetai Brotherson, même si aucune information d’enquête administrative ou de mise à pied conservatoire – de Viri Taimana ou d’aucun autre encadrant – ne semblait avoir fuité au sein du CMA ce jeudi matin.

Le directeur de l’établissement, qui n’a pas souhaité commenter l’échange de Tarahoi ce jeudi, a en revanche bien été reçu au ministère de la Culture dans le courant du mois et a été confronté aux signalements d’élèves et de collaborateurs, ainsi qu’à certains éléments de preuves. Dans sa demande d’ouverture de procédure auprès de la présidence, le ministère a aussi joint un autre « volet », plus ancien : des soupçons de détournement de matériel et de mauvaise gestion des fonds, là encore nés de signalement internes à l’établissement.

Robespierre contre Badinter

« Faire la lumière », « protéger les personnes », « rétablir un cadre de travail serein au CMA », voilà la ligne affichée par Moetai Brotherson, qui n’en est pas resté là dans sa réponse. À l’entendre cette question de l’élue d’opposition révèle des « informations confidentielles », dont la diffusion va l’encontre de la prudence nécessaire sur ces sujets d’une « extrême sensibilité ». Et pourrait « non seulement compromettre la crédibilité des démarches entreprises, celui du bon déroulement de l’enquête administrative, mais également la protection des personnes impliquées », voire « porter atteinte aux droits des personnes concernées, qu’elles soient plaignantes ou mises en cause ».

Il s’interroge aussi sur l’idée que ces faits « perdurent depuis des années » au sein du CMA. « Vous avez été ministre de l’Éducation. Pourquoi ces alertes n’ont pas été relayées plus tôt ? Étiez-vous tous, collectivement, dans l’ignorance ? Ou bien ces faits n’ont-ils émergé que maintenant, comme par magie ? Cette question mérite d’être posée. »

Surtout, il accuse la députée, en creux, de se saisir du sujet pour régler des comptes politiques. « Ce que nous ne ferons pas en revanche, c’est instrumentaliser une situation aussi grave pour alimenter des clivages ou des polémiques politiciennes, lance-t-il avant de quitter des yeux le texte de réponse qu’il lisait jusqu’alors. Si certains élus de la République se sentent plus proche d’un Robespierre et son funeste comité de salut public, pour ma part, je me sens plus proche d’un Robert Badinter qui a insisté de tout temps pour que la justice ne soit pas l’instrument de la vengeance mais soit bien le rempart contre cette vengeance ».

Seul point d’accord entre Nicole Sanquer et Moetai Brotherson : ces accusations, fondées ou pas, risquent de porter atteinte au Centre des métiers d’art de Polynésie. Un établissement qui a développé une certaine renommée à l’international – une œuvre réalisée au CMA, d’ailleurs signée de Viri Taimana est présentée en ce moment à l’exposition universelle d’Osaka -, qui développe de nouvelles formations, et se prépare à une complète réhabilitation de son site de Papeete.

Article précedent

Cancer : Cédric Mercadal dénonce "un procès politique bâti sur des contre-vérités"

Article suivant

Jt Vert 25/04/2025

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Humiliations, violences, pressions… Le Pays enquête sur « l’envers du décor » du CMA