ACTUS LOCALESJUSTICE Il poignarde son rival le soir du réveillon et crie à la manipulation Pascal Bastianaggi 2026-06-30 30 Juin 2026 Pascal Bastianaggi Quatre ans de prison dont un de sursis, c’est la peine qu’a écopée un jeune trentenaire pour avoir porté un coup de couteau à son rival amoureux, le soir du 31 décembre 2024 à Toahotu. Un accusé qualifié de déficient mental et de fortement influençable, qui affirme consommer 100 joints par jour et ne plus se rappeler des faits. Le premier janvier 2025 à 1h30 les gendarmes de la brigade de Taravao sont appelés à la suite d’une agression à l’arme blanche dans une servitude proche de la mairie de Toahotu. La victime pris en charge par les pompiers souffre d’une plaie à l’abdomen et son foie a été touché. Une blessure qui lui vaudra 14 jours d’ITT. Ce mardi, dans le box des accusés, Reivatua L., 31 ans, a l’air perdu, hagard. Il bute sur les questions les plus simples comme lorsqu’on lui demande son métier. Il est peintre en bâtiment. On n’est pas vraiment surpris quand une expertise psy, le qualifie de « déficient intellectuel léger qui gère mal la frustration et la colère avec une forte dépendance affective. » D’ailleurs, la jalousie semble être à l’origine de son acte. La victime est le nouveau tane de son ex-petite amie. Une ex qui, selon l’accusé qui vivait alors à Bora, lui aurait fait du chantage au suicide pour qu’il revienne à Tahiti. « Je ne voulais pas qu’elle se suicide, alors je suis revenu, mais je ne voulais pas me remettre avec elle. » Entre temps son ex fait la connaissance d’un autre homme -la victime- et selon l’accusé, le soir des faits, le 31 décembre, elle lui dit de venir la retrouver près de la mairie de Toahotu et de se munir d’un couteau. Reivatua se rend au rendez-vous à vélo, voit son ex avec l’homme et le poignarde. « C’est elle qui m’a dit de prendre un couteau. Elle m’a manipulé ! » Une version que démentira la jeune femme, absente à l’audience, la justice n’ayant rien à lui reprocher. Dans sa déposition elle nie lui avoir dit de prendre un couteau. Quant à la victime, absente elle aussi, elle raconte avoir vu un homme passer à vélo plusieurs fois devant eux, s’arrêter, puis alors qu’il lui tendait la main pour le saluer, lui porter un coup de couteau avant de prendre la fuite. Des versions qui ont fait douter les enquêteurs sur le mobile. Acte crapuleux dans lequel l’ex petite amie est impliquée ou bien jalousie ? Interrogé Reivatua se défend : « c’est elle qui m’a dit de prendre un couteau. Elle m’a manipulé ! Je pense qu’elle voulait se venger de moi. Elle a vu sur mon téléphone une photo de ma copine à Bora. » « Et vous, vous étiez jaloux ? » le questionne la magistrate « Non », « La victime vous a agressé ? » « Je ne m’en rappelle plus. » La juge insiste, « Vous savez pourquoi vous lui avez donné un coup de couteau ? » « Je garde le silence », puis « par jalousie un peu. » « 100 joints par jour ! Mais ce n’est pas possible » Interrogé sur sa consommation de paka, il dit fumer « 100 joints par jour, je suis un gros consommeur (sic) » « 100 joints par jour ! Mais ce n’est pas possible » s’exclame la juge se livrant à un rapide calcul mental pour avoir une idée de la cadence à laquelle il enquille les joints. Elle réitère, effarée, « ce n’est pas possible ». Il insiste. Interrogé sur sa vie carcérale – il est en détention provisoire depuis 18 mois – il avoue qu’on le menace et qu’on le frappe, « parce que je joue mal au football. » Son casier judiciaire porte la trace de cinq condamnations. Quatre pour vols et une pour violences. Pour l’accusation, « c’est une pulsion de jalousie ». La procureure détaille les blessures de la victime : « la lame a pénétré la paroi abdominale et a touché le foie. C’est un endroit létal si les secours n’arrivent pas à temps. » Pour conclure, elle le décrit comme un déficient intellectuel dangereux et réclame une peine de quatre ans de prison assortis d’un an de sursis. « N’aurait-t-il pas été manipulé ? Elle savait qu’il était impulsif et très influençable » Pour sa défense, son avocate brosse le portrait d’un homme qui dit n’importe quoi quand il stresse, « la preuve, 100 joints ! » D’influençable, « c’est elle qui lui a dit où elle était et de prendre le couteau. » Elle s’interroge : « n’aurait-il pas été manipulé ? Elle savait qu’il était impulsif et très influençable. » Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Reivatua à une peine de 4 ans de prison dont un an de sursis probatoire avec suivi socio judiciaire pendant deux ans durant lesquels il a obligation de suivre une formation, de travailler, indemniser la victime et se faire suivre par un psychologue. Il a aussi interdiction de rentrer en contact avec la victime et de se présenter à son domicile.