ACTUS LOCALESSANTÉSOCIÉTÉ « L’objectif serait d’atteindre une génération sans tabac ni vapotage » Alexandra Perrini 2026-06-30 30 Juin 2026 Alexandra Perrini Interdiction des puffs à usage unique, prohibition des arômes « complexes »… Ce mercredi, entrent en vigueur de nouvelles mesures de la loi Tabac 2 adoptée l’année dernière. Un pas de plus pour le ministère de la Santé dans la lutte contre le tabagisme et ses effets néfastes sur la jeunesse. Et pas le dernier : en janvier ce seront les terrasses de bars et certaines plages – hors espaces dédiés – où cigarettes et vapes seront interdites. S’ajoutent un encadrement renforcé des points de vente, des règles sur la visibilité des produits, un système de licences… Pour Raihei Ansquer ces règles ne sont pas « une finalité », mais des étapes vers une génération sans nicotine. Lire aussi : La vape ne sera finalement pas bannie du fenua D’après les chiffres du Pays, cinq décès liés au tabac sont recensés chaque semaine en Polynésie. Un chiffre que le ministère souhaite faire résonner comme un électrochoc, alors que de nouvelles restrictions entrent en vigueur ce mercredi dans le cadre de la loi du Pays adoptée en août 2025, et promulguée après une censure partielle du Conseil d’État en toute fin d’année. « Est-ce qu’on accepterait de rouler avec une voiture qui provoquerait cinq morts par semaine sur les routes du fenua ? Non », déclare le directeur de la Santé, Francis Spaak, ce mardi, à l’occasion d’un point presse à la présidence sur la lutte contre le tabac. Dès le 1er juillet, les puffs – des cigarettes électroniques jetables – seront totalement interdites à la vente. Les arômes pour les cigarettes électroniques qui contiennent des mélanges tels que « pomme-fraise », « barbe-à-papa » ou « pina colada » sont également prohibés. Seuls les goûts uniques seront autorisés dans les magasins. « Plus il y a d’arômes, plus le risque pulmonaire est important », souligne Romain Bourdoncle, chef du Centre de prévention et de soins en addictologie (CPSA). Produits « marketés pour toucher la jeunesse » » L’addictologue rappelle que les puffs sont des produits « marketés, qui ont été créés et designés pour attirer un public jeune, pour faire une clientèle de l’industrie du tabac ». Les produits sont colorés et fruités « justement pour toucher cette population là ». « Le risque, c’est que plus on consomme tôt une substance addictive, plus on risque de devenir addict », insiste le médecin. Sur trois adolescents qui consomment une première cigarette, il y en a deux « qui vont fumer pendant 10 ans », note Romain Bourdoncle. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/LUTTE-CONTRE-LE-TABAC-aromes-vape.wav Les magasins devront arrêter d’exposer ces produits. Des dérogations sont toutefois prévues pour les enseignes spécialisées. Elles pourront continuer à présenter leurs produits à la vente, à condition d’interdire l’accès aux mineurs et d’occulter entièrement leurs vitrines afin que rien ne soit visible depuis l’extérieur. « Ces commerçants pourront poursuivre leur activité sous ces conditions jusqu’au 31 décembre, mais ils devront déposer une demande de dérogation auprès de la Direction de la santé avant le 31 octobre », précise Catherine Colombet, juriste au ministère de la Santé. « Les pathologies pulmonaires et les cancers pourraient augmenter dans les années à venir » Ces mesures visent à « mieux protéger les jeunes générations, diminuer l’exposition au tabac et aux produits du vapotage ». D’après l’enquête Steps fenua 2025, menée entre mars et juin auprès de 4 000 personnes, 30 % des adultes fument du tabac en Polynésie. Chez les 11-18 ans, 58 % déclarent avoir déjà essayé la cigarette électronique. 66 % ont déjà fumé avant l’âge de 14 ans. « La lutte contre le tabac est un enjeu majeur de santé publique, d’abord par rapport aux chiffres qu’on a, le taux de consommation, mais aussi par rapport à la précocité de la dépendance chez nos jeunes aujourd’hui, qui peuvent laisser penser que les pathologies pulmonaires qui résultent justement de cette consommation, et même les cancers, pourraient augmenter dans les années à venir », indique la ministre de la Santé, Raihei Ansquer. « Il était important de pouvoir mettre un cadre réglementaire plus moderne », poursuit la ministre qui précise qu’il s’agit d’un « outil dans une stratégie globale de lutte contre le tabac », dont « la prévention et l’accompagnement au sevrage sont fondamentaux ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/LUTTE-CONTRE-LE-TABAC-ministre.wav L’exemple néo-zélandais Et cette prévention, elle commence chez le personnel médical. Au CHPF, le pneumologue Éric Parrat plaide pour que les professionnels de santé « montrent l’exemple » en accompagnant la transformation progressive de l’hôpital en établissement sans tabac. La direction du Taaone a déjà interdit de fumer et vapoter dans tous les locaux fermés et mis en place des zones extérieures dédiées et interdites aux mineurs. Le médecin espère à terme la fermeture de ces zones, évoque l’exemple néozéalandais qui pourrait inspirer le Pays sur d’autres mesures côté tabac : la Nouvelle-Zélande a non seulement fait bondir le prix de ses paquets (entre 2000 et 3000 francs l’unité) mais a aussi interdit « à vie » la vente de cigarettes pour toutes les personnes nées après 2008. Il s’agit de réduire sous 10 ans de 50% la consommation, et de devenir le premier pays entièrement « smoke free » de la planète. « Imaginez si nous arrivions à réduire de moitié le tabagisme en Polynésie : ce seraient des économies de santé absolument phénoménales », se réjouit Éric Parrat. En août 2025, le ministère de la Santé évaluait les dépenses de la CPS pour traiter les maladies potentiellement liées au tabac (maladies cardiovasculaires et pulmonaires, tumeurs…) à environ 40 milliards de francs par an. La réforme prévoit également la mise en place d’un système de licences obligatoires pour les importateurs et fabricants existants de tabac et de vapotage à partir du 1er janvier 2027. Ces licences seront délivrées gratuitement. À cette même date, il sera interdit de fumer sur les terrasses, sauf dans des espaces spécialement aménagés. Et certaines plages, désignées par arrêtés après consultation des municipalités, devraient aussi être concernées. Raihei Ansquer et la direction de la Santé rappellent que cette loi du Pays « n’est pas une finalité en soit », mais une « étape structurante », vers un cap plus ambitieux. « L’objectif serait d’atteindre progressivement une génération sans tabac ni vapotage ».