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Indépendance choisie, foi, environnement et partage… Quel cap pour A Fano tià ?


Devant une assemblée recomposée par le groupe A Fano Tià, dont les 15 élus siégeaient en blanc ce jeudi, Moetai Brotherson a assuré que la scission dont il a été un des artisans n’était animée « ni par la soif de pouvoir, ni par la cupidité ». Mais plutôt par des divergences profondes avec le Tavini sur l’indépendance, « pas une loi, ni une chimère », mais un « choix » qui ne « peut être ni imposé, ni précipité ». Le président du Pays a présenté une « vision » d’un pays où « nul n’est étranger » ou stigmatisé, porté par la foi, la démocratie, le respect de l’environnement et la culture. Malgré ce manifeste d’un parti politique en formation, et dont Moetai Brotherson pourrait prendre la présidence, il assure que le cap de son exécutif reste « inchangé ».

Après le discours d’Antony Géros en ouverture de la session administrative à l’Assemblée ce jeudi matin, le président du Pays s’est aussi exprimé. On attendait le manifeste du nouveau mouvement politique présenté la veille, A fano tià, et Moetai Brotherson a plutôt parlé de « vision ». Il a d’abord commencé par rappeler qu’il dirigeait le gouvernement « de tous les Polynésiens », avec pour « boussole », « le programme électoral qui a été notre livre de bord ».

Après le vice-président du Tavini qui a reproché aux dissidents du groupe bleu ciel de s’écarter du programme des territoriales de 2023, au tour de Moetai Brotherson de faire le même reproche, mais cette fois aux représentants restés dans le Tavini, et surtout à ses leaders : « Depuis trois ans, d’aucuns ont choisi de diverger de ce programme, arguant très tôt que ce n’était pas leur programme. La responsabilité de ce déni leur incombe. En mai de cette année, nous ferons le bilan de ces trois ans. Et s’il montrera évidemment que l’intégralité de ce programme n’est pas réalisée, il démontrera aussi que le gouvernement a tenu sa parole, dans la limite de ce qu’il est humainement possible de faire dans ce laps de temps. »

Une division animée « ni par la soif de pouvoir, ni par la cupidité »

Le président du Pays a assuré que cette scission, dont il reconnait à demi-mot être un artisan alors qu’il assurait voilà encore quelques jours n’être pas impliqué dans les discussions entre élus de l’assemblée, n’était « animée ni par la soif de pouvoir, ni par la cupidité, mais par des divergences profondes sur des sujets essentiels ». « Le cap du gouvernement demeure inchangé, pas figé, sclérosé, il ouvre la porte à l’écoute. Une bonne idée n’a pas de couleur. » Utilisant la métaphore du va’a, il a donc partagé sa « vision », issue d’une « réflexion collective », parlant d’un peuple polynésien « debout », « libre », rappelant que « lui, contrairement à d’autres », était là le 17 mai 2013 alors que la Polynésie a été réinscrite sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU. « Un rêve de trente-cinq ans, porté par Oscar Temaru », a rappelé le président du Pays qui a appelé à rester ouvert et à ne pas avoir « de rêve fou ou solitaire ».

Les piliers du pays : « foi », « démocratie », « respect de l’environnement » et « culture »

Pour Moetai Brotherson, le pays est porté par plusieurs piliers, dont la foi, « qui nous relie à plus grand que nous-mêmes et nous aide à faire société », et la démocratie, « garante de la souveraineté ».

« Tout peuple a le droit de choisir son destin, mais plutôt que de rester dans une division qui affaiblit, prenons ce destin en main. L’indépendance n’est pas une loi, ni une chimère, c’est un choix. Mais ce choix ne peut être ni imposé, ni précipité. L’indépendance doit se protéger et être choisie par le peuple dans le respect du droit international. » Le troisième pilier, c’est le respect de l’environnement. « La terre, les lagons et l’océan ne sont pas extérieurs à nous, ils sont notre prolongement. Protéger, c’est préserver notre identité, notre dignité et notre avenir commun. Et au-delà, contribuer à protéger l’humanité entière. »

Enfin, le quatrième pilier est l’identité et la culture, qui « rassemblent et n’excluent pas ».

La Polynésie, ce pays où « nul n’est étranger »

Un rassemblement plutôt qu’une « exclusion, une discrimination ou une stigmatisation » pour que la Polynésie soit ce pays où « nul n’est étranger », une maison « qui se construit, se partage, se protège et, surtout, se fait ensemble. C’est à cette œuvre commune que nous choisissons de prendre part ». Le président du Pays parle encore de ce va’a qui « tient par la force de ses liens et la résilience de son équipage. La famille, l’entraide, l’esprit de communauté sont essentiels. Sans cohésion, tout se disloque. »

Voilà donc pour les bases du futur parti A Fano tià, en formation d’après les élus du groupe du même nom. Interrogé, après la séance, sur sa place dans le mouvement, Moetai Brotherson estime que « nombre de personnes qui sont dans ce groupe voudraient que je dirige ce mouvement ». La veille, Tematai Le Gayic avait insisté sur l’idée de ne pas « personnifier » le parti, et expliquer que la question du leadership n’était pas réglé. Ce jeudi, plusieurs de ses collègues estiment au contraire qu’une présidence de l’actuel président du Pays serait une « évidence ».

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