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« Justice pour Théo »: Bobigny sous le choc après les violences, 37 interpellations

Bobigny (AFP) – Entre indignation et questions, Bobigny a tenté dimanche de surmonter le choc des violences de la veille, survenues lors d’une manifestation de « soutien à Théo », après lesquelles 37 personnes ont été interpellées en Seine-Saint-Denis.

« Ça m’énerve. Ils disent qu’ils réclament justice mais qui va faire la justice pour ceux qui ont leur voiture brûlée? » s’agaçait Sandy, une habitante de Bobigny.

« Ça va chiffrer très très fort », a déploré le maire Stéphane De Paoli (UDI), arpentant les rues pour constater les dégâts.

Entre bris de verre et gare de bus saccagée, des employés municipaux et quelques volontaires ont entrepris d’effacer les traces des violences.

La manifestation avait été organisée pour réclamer « justice pour Théo ». Ce jeune homme noir de 22 ans est toujours hospitalisé après avoir été victime d’un viol présumé à la matraque lors de son interpellation le 2 février à Aulnay-sous-Bois. L’affaire a suscité une vague d’indignation, des quartiers sensibles jusqu’à l’exécutif.

Le débat n’a pas tardé à s’engager dimanche sur l’origine des violences survenues à l’occasion du rassemblement de Bobigny.

Si Eric Ciotti (Les Républicains) a réaffirmé son « soutien aux policiers », la candidate du FN à la présidentielle, Marine Le Pen, a jugé que les incidents sont « la conséquence du laxisme qui diffuse dans la société française, qui est la responsabilité des politiques qui nous ont gouvernés pendant des années ».

Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, a estimé que « certains ont l’air de souhaiter des émeutes de banlieue ». « Il y a une volonté de je ne sais qui de multiplier les provocations », a-t-il avancé.

Le conseiller régional d’Ile-de-France Julien Dray (PS) a évoqué « l’instrumentalisation de ces situations (…) sur le terrain, par des groupes qui sont extrêmement radicaux et qui poussent à la confrontation ».

Après un début dans le calme, les quelque 2.000 manifestants avaient rapidement été débordés par des « casseurs », qui ont défoncé des vitrines et incendié quatre voitures, dont un camion technique de la radio RTL. 

Des incidents isolés se sont poursuivis jusqu’à minuit, à Bobigny et dans les communes proches, selon une source policière. Bilan: 37 personnes interpellées. Des scènes de violences urbaines se produisent, chaque nuit, depuis une semaine dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis. 

– Sauvée des flammes –

Au milieu du chaos, samedi à Bobigny, un adolescent a sauvé une petite fille restée, terrorisée, dans une voiture dont le capot prenait feu.

Venu manifester, Emmanuel Toula, 16 ans, s’était éloigné dès les premiers incidents, découvrant cette voiture. Une femme affolée en avait extrait son fils « de deux ans maximum », mais une fillette de cinq ou six ans restait « tétanisée » à l’intérieur, a-t-il raconté au Bondy blog.

Malgré la « peur », la crainte que la voiture puisse « exploser à tout moment », « je ne pouvais pas laisser une petite comme ça », a-t-il expliqué. Surtout qu’autour « personne ne faisait rien ». Il a pris l’enfant dans ses bras avant de la confier à un gendarme.

Ensuite, « la voiture a été retournée par des casseurs et a fini carbonisée », a dit au Bondy blog un policier témoin de la scène.

La préfecture de police (PP) a salué « le courage » du jeune homme, tentant ainsi d’éteindre une polémique sur les réseaux sociaux, où certains s’indignaient que la police s’attribue la gloire d’avoir sauvé l’enfant des flammes.

Dans un communiqué, la PP avait dans un premier temps affirmé que des policiers avaient « dû intervenir pour porter secours à une jeune enfant se trouvant dans un véhicule en feu ». Les forces de l’ordre ont simplement « aidé à chercher ses parents juste après qu’elle a été sauvée », a précisé à l’AFP une source policière.

Les manifestations pour Théo se poursuivent à travers la France. Dimanche, quelque 150 personnes, surtout des jeunes, ont défilé à Bordeaux.

À la suite de l’interpellation du jeune homme, un policier a été mis en examen pour viol, trois autres pour violences.

Un supermarché vandalisé à Bobigny, près de Paris, le 11 février 2017. © AFP

© AFP GEOFFROY VAN DER HASSELT
Un supermarché vandalisé à Bobigny, près de Paris, le 11 février 2017

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