ACTUS LOCALESPOLITIQUE La Fraap claque la porte de la présidence, le « mercredi noir » se profile Charlie Réné 2025-07-07 07 Juil 2025 Charlie Réné Le syndicat de Jean-Paul Urima a quitté la présidence après moins d’un quart d’heure de négociations ce lundi soir. Moetai Brotherson avait mis sur la table un système de traitement au cas par cas des situations de détresse dans l’administration, une proposition assimilée à de la « mendicité institutionnalisée » par la Fraap, qui menace toujours de bloquer « 90% des vols » interîles ce mercredi… Et de perturber la tenue du Heiva à la Maison de la Culture, où les représentants du syndicat affichent finalement leur plein soutien au mouvement. « Il faut en finir avec cette crise », soufflait Jean-Paul Urima avant d’entrer à la présidence ce lundi soir. Moins d’un quart d’heure plus tard, l’idée était enterrée, et la Fraap ne tardait pas à poster sur les réseaux sociaux une nouvelle menace de « mercredi noir », avec annulation de « 90% des vols » interîles et un message de défiance au « roitelet » Moetai Brotherson. Une publication rapidement supprimée et remplacée par un communiqué au ton plus calme, dénonçant un « manque de considération » du président, « alors qu’il est si simple d’augmenter le point d’indice pour que chacun puisse faire face à la vie chère ». Les fonctionnaires « mieux payés en moyenne » que dans la communale ou le privé Si simple, et si cher, comme l’a pointé Moetai Brotherson à la sortie de cette rencontre expresse. Le chef du gouvernement, entouré de plusieurs de ses ministres, a expliqué ne pas avoir « changé d’avis », ni d’analyse sur la revendication unique de la fédération. « Il n’y aura pas d’augmentation du point d’indice », pose-t-il, en tout cas pas avant les prochaines négociations annuelles qui se tiendront – comme cela a été « sanctuarisé dans la réglementation » – en avril 2026, à la prochaine clôture des comptes du pays. Et avec l’ensemble des syndicats du secteur. C’est aussi sur le caractère équitable des demandes de la Fraap, qui exige dans son cahier de revendication 10 à 30% d’augmentation du point supplémentaire à la légère revalorisation du mois de mai. « La cherté de la vie aujourd’hui, tout le monde y fait face, détaille-t-il. Les 55 000 personnes qui n’ont pas d’emploi, les 28 000 patentés… Et je rappelle que dans l’administration du Pays, les plus bas salaires se situe 20 000 francs au dessus du Smic. Et quand on compare à la fonction publique communale, quand on compare au privé, on se rend compte que nos fonctionnaires sont mieux payés en moyenne ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/FRAAP-1-Moetai-pas-change-fdavis.wav « En gros à vous d’aller mendier l’aide dont vous avez besoin » Le président ne nie pourtant pas « le poids de l’inflation » dans le niveau de vie des fonctionnaires, ni les « difficultés réelles » des agents les moins bien payés du secteur. Raison pour laquelle, explique-t-il, son gouvernement a mis sur la table une nouvelle proposition ce lundi soir. Le troisième jeudi de chaque mois, la vice-présidente en charge des Solidarités et la ministre de la Fonction publique et leurs équipes se rendront disponibles pour recevoir les agents qui le désirent et discuter des difficultés sociales, professionnelles ou financières qu’ils rencontrent. Des discussions au cas par cas, donc, et qui pourront aboutir à une orientation vers des mécanismes d’aide existants, un accompagnement à l’évolution de carrière, ou entre autres, une assistance dans les démarches d’obtention d’un logement. « On ne peut pas faire plus humain » assure Moetai Brotherson, qui est loin d’avoir convaincu. Pour Jean-Paul Urima, comme pour la plupart de ses lieutenants, l’idée est même insultante : « En gros à vous d’aller mendier l’aide dont vous avez besoin » écrit le syndicat sur sa page Facebook, assurant que tous les fonctionnaires, y compris les catégories A et B « souffrent d’une crise sans précédent ». Raymond Tamaititahio, technicien à la Maison de la Culture et membre de la délégation de la Fraap juge ce contournement des revendications du syndicat « assez difficile à encaisser » : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/FRAAP-2-fraap.wav Mercredi de paralysie ? « On verra bien » La Fraap espère encore une ultime session de négociation mardi soir. Mais la mobilisation est bien maintenue à mercredi 9 juillet. Chez les pompiers d’aérodromes, fidèles à la Fédération avec qui ont été menés tous les derniers mouvements centrés sur les salaires et les conditions de travail à la Dac. Et potentiellement chez tous les autres fonctionnaires territoriaux, puisque le préavis liste 13 des plus importants services et établissements du pays. La Polynésie risque-t-elle la paralysie ? Moetai Brotherson est visiblement prêt à prendre le risque : « Je ne peux pas me prononcer à la place des fonctionnaires qui décideront ou pas de faire grève. J’observe que lors de l’appel à la grève générale qui devait déjà être cataclysmique, il y a eu peut-être 300 grévistes, alors qu’il y a 1000 adhérents à la Fraap, note le président du Pays, qui avait convoqué, le matin même un conseil interministériel pour préparer le pays sur les questions de transport, de santé ou d’éducation. On verra bien. Mais je ne peux pas céder sur des revendications qui ne sont pas pertinentes ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/FRAAP-3-Moetai-greve.wav La Fraap remobilise la Maison de la Culture et menace toujours le Heiva Lundi matin, les représentants du syndicat au sein de TFTN ne se montraient pas enthousiastes à l’idée de mener une grève, en plein Heiva, et alors qu’un protocole d’accord a été signé voilà seulement quelques jours. Les représentants de la Fraap dans l’établissement parlaient de « soutenir » l’éventuel mouvement de mercredi, mais de ne pas arrêter le travail, pour ne pas pénaliser le public et les groupes dans ce rendez-vous primordial du calendrier culturel. Ce lundi soir à la sortie de la présidence, et après des discussions internes à la fédération, les discours s’étaient raffermis. « S’il faut faire grève, on le fera », assure Toarere Avaemai. « C’est certainement la seule opportunité qu’on aura pour nous faire entendre, appuie le représentant de la Fraap à la Maison de la Culture. C’est l’occasion pour nous de faire un appel à tous les agents : c’est le moment de se lever et de se faire entendre ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/FRAAP-4-maison-de-la-cutlure.wav La Fraap entend donc bien maintenir la pression, mais en interne à TFTN, beaucoup ont déjà signifié leur refus de la grève, qui, s’il elle était bien suivie dans l’établissement signifierait une perturbation voire une annulation des trois dernières soirées de compétition du Heiva, jeudi, vendredi et samedi. La Fédération sera-t-elle suivie si elle lance le mouvement à Te Fare Tauhiti Nui ? « À l’heure actuelle, on pense que ceux qui ont fait grève la dernière fois seront encore présent pour la deuxième » reprend le militant. Mais là aussi « on verra bien ».