ACTUS LOCALESPACIFIQUEPOLITIQUE Transferts d’État, Calédonie, Onu à Tahiti… Le Tavini et le Pays à l’offensive au C24 Lucie Rabreaud 2025-05-22 22 Mai 2025 Lucie Rabreaud Mareva Kitalong-Lechat, Antony Géros, Menissa Rambally (présidente du C24) et Richard Tuheiava. Le Tavini continue à demander des comptes à l’État au séminaire régional du comité spécial de décolonisation qui se tient ces jours-ci au Timor-Leste. Richard Tuheiava a expliqué avoir interpellé, avec Tony Géros, la France sur la différence de traitement entre la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, sur la « valeur » du fenua du point de vue de l’État ou encore sur les chiffres récemment présentés par le Haut-commissariat au sujet des transferts d’État. Le Tavini applaudit la proposition du Pays d’inviter le C24 à organiser son séminaire de 2027 à Tahiti, un moyen de mettre une « pression diplomatique » sur la France dit-il. En attendant le « dialogue de décolonisation » à Tahiti, c’est à Dili où se déroule depuis deux jours le séminaire régional du comité spécial de décolonisation de l’ONU, que le Tavini s’adresse à la France. Ses représentants du place, Tony Géros et Richard Tuheiava, de même que Mareva Kitalong-Lechat, la déléguée aux affaires internationales qui représente le Pays, ont interrogé l’ambassadrice de France pour le Pacifique, Véronique Roger-Lacan, sur plusieurs sujets hier. Et notamment sur cette différence de traitement entre la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, une question qui intrigue les membres du comité, d’après Richard Tuheiava. Le directeur du cabinet d’Antony Géros et spécialiste des questions juridiques et internationales au Tavini, raconte que « la majeure partie des membres du comité leur en faisait part en privé ou en réunion bilatérale ». Mareva Kitalong-Lechat a donc fini par poser la question à l’ambassadrice de la France. « La réponse de l’ambassadrice a été plutôt évasive, rapporte Richard Tuheiava. Elle a dit que chaque situation et chaque territoire étaient différents et qu’il fallait à un moment donné une forme de cohérence. On ne peut pas réclamer en même temps une différence en tant que Polynésien et demander le même traitement que la Calédonie à l’ONU lorsqu’on est devant les instances onusiennes. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/C24-TUHEIAVA-difference-nouvelle-caledonie-Tahiti.wav Une réponse pas du tout satisfaisante pour le Tavini, précise Richard Tuheiava, qui applaudit au pasasge la proposition de Mareva Kitalong-Lechat d’inviter, au nom du Pays, le comité spécial de décolonisation à organiser le prochain séminaire régional du Pacifique en 2027 à Tahiti. Une « pression diplomatique » sur la France C’est « une très bonne idée », a dit Richard Tuheiava. Il reconnait – et c’était d’ailleurs l’analyse qu’en faisait la représentante autonomiste Tepuaraurii Teriitahi – que cette invitation représente une pression « diplomatique » sur la France : « Tout séminaire et toute mission de visite de l’Onu dans un territoire français nécessite l’accord préalable de la puissance administrante. Et qui dit accord préalable dit reconnaître le rôle de l’Onu dans la relation institutionnelle entre la Polynésie et la France. Et pour l’instant, la ligne politique et diplomatique de la France, c’est de ne pas reconnaître ce rôle-là. La pression est plus sur un plan diplomatique parce que ça nécessiterait que la France change de posture radicalement et elle n’est pas encore prête. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/C24-TUHEIAVA-pression-France-seminaire-tahiti.wav Une « certaine opacité dans la balance financière » Dans sa propre intervention, Richard Tuheiava est revenu sur ces chiffres présentés, comme chaque année par le Haut-commissaire, concernant les transferts de l’État au Pays. Pour lui, le détail n’est pas suffisamment précis, il parle même d’une « certaine opacité dans la balance financière » entre la Polynésie et la France. « Chaque année, on nous annonce 220 ou 223 milliards comme transferts financiers de l’État vers la Polynésie mais, d’une part on n’a pas toujours une vision très claire de ce à quoi ça correspond, et d’autre part, les membres du comité des 24 n’avaient pas conscience que quasiment 80% de ces fonds servent à financer les seules compétences régaliennes de l’État en Polynésie, et que les 20% restants étaient dédiés en partie à l’économie polynésienne et aussi aux communes polynésiennes. » Des calculs qui ne correspondent pas à ce qui a été présenté par l’Etat car selon ses tableaux, les dépenses liées au soutien des compétences du Pays (éducation, DGA, emploi Outre-mer, 3IF, contrats de projets et développement) se montent à 110 milliards (49% du total), celles pour les communes à 15 milliards (7%) et celles liées aux compétences de l’État à 97 milliards. Ce sont donc 44% des transferts de l’État en Polynésie qui sont consacrés à ses dépenses régaliennes, si l’on se base sur les chiffres présentés par le Haut-commissaire. Combien vaut la Polynésie ? Et puis en parallèle de ces dépenses, qu’est-ce que la Polynésie rapporte ? Richard Tuheiava a terminé son propos devant le comité des 24 en dénonçant aussi « le défaut de quantification des ressources polynésiennes, mais aussi de la valeur géostratégique de la zone économique exclusive polynésienne pour la France, dans la région pacifique, notamment dans l’espace indo-pacifique. Ce qui laisse les Polynésiens et le peuple de Maohi Nui dans une forme d’opacité et de confusion ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/C24-TUHEIVA-valeur-polynesie.wav Richard Tuheiava s’est aussi amusé aussi de la présence du Tapura à Dili, trouvant normal que toutes les forces vives d’un pays soient entendues, mais pointant du doigt leurs contradictions. « Le Tapura s’est ému de cette invitation du Pays au comité des 24 à venir à Tahiti mais ils sont d’accord pour une mission de visite de l’Onu sur le territoire. Mais ils ne participent même pas aux travaux de la commission spéciale sur la décolonisation à l’assemblée de la Polynésie française. » Le responsable indépendantiste a dit la satisfaction du Tavini à voir l’ambassadrice de la France siéger au Comité des 24 alors que pendant plusieurs années, l’État refusait même de se présenter à ces séminaires sur les questions polynésiennes. Aujourd’hui il est là et il y a « un début de débat » et donc « un début de progrès ». Même si les lignes politiques « n’ont pas beaucoup bougé ».